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"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c
'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le
contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l
'autre, l'homme est un pont."

Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

 

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Plus d’Europe, vivre le rêve des pères fondateurs Semaine à vivre comme un européen actif. Düsseldorf, Paris, Bruxelles, Séville, il est loin le temps où je reviendrai me recharger au soleil phocéen. En attendant, ces séquences consacrées à la construction communautaire vont me ressourcer au contact du rêve tangible des pères fondateurs de l’Europe, que l’on a fêté ce 9 mai. 51 ans que ce rêve grandit ;-) … Voyages qui vont m’éloigner de la dépression sarkoziste qui s’est abattue sur la France en ce temps d’anniversaire amer. Regarder l’horizon du monde au-delà de l’hexagone, voir le pays d’ailleurs, écouter mes confrères et amis européens pour savoir ce qu’ils attendent de notre présidence de l’Union… Ils n’en attendent pas/plus grand-chose, eux aussi dubitatifs et circonspects face au manque de clairvoyance et de stature de notre omniprésident. Les préoccupations sont plus globales que le commentaire du show sarkosiste, qu’ils peinent à déchiffrer. Elles portent sur la résilience de l’économie européenne, sur le marché de l’immobilier espagnol et anglais qui pourraient s’effondrer d’un jour à l’autre alors que la dégringolade à commencer, sur la parité €/$ qui va obliger les européens à produire en zone dollar pour conquérir le marché américain, sur l’Italie frappée d’immobilisme malgré/à cause des alternances qui se succèdent sans renouveler la classe politique… Que veut dire un rebond économique hypothétique, alors que les crises s’ajoutent les unes aux autres. Crise monétaire, énergétique, alimentaire, du capitalisme financier, des écosystèmes menacés et du changement climatique, y aura-t-il un collapse global ? Que peut faire l’Europe, qu’elle politique doit-elle mener alors que les cartes de la géopolitique mondiale sont en passe d’être redistribuées ? Le changement institutionnel de l’Union (traité de Lisbonne) sera-t-il capable de faire émerger une nouvelle génération politique qui laisse au placard [...]


L’énergie durablement chère, vers un pétrole à 200 $ ?   Il y a quelques semaines, un billet sur cette terra incognita du coût de l’énergie était illustré par un dessin humoristique russe, sur des occidentaux effrayés par un prix du baril à 200 $. Et bien l’humour caustique pourrait devenir réalité, si l’on en croit Chakib Khélil, le président de l’OPEP (cartel des producteurs de pétrole), n’écarte pas l’idée d’un baril à 200 $. Plus le dollar baisse, et plus le pétrole libellé en dollar US va monter, car les producteurs ne veulent pas voir leurs marges rognées par un billet vert qui dégringole. Faudrait sans doute afficher le baril en € et proposer aux pays producteurs de choisir l’euro comme monnaie de référence pour leur or noir, pour que l’on appréhende mieux le véritable impact économique et que le prix de l’énergie mondial arrête d’être impacté par l’état économique des USA.   La Barbe, féminisme impertinent et ironique Le dans une colonne du Monde daté du 29 avril, un petit article sur La Barbe, en lutte contre la suprématie masculine. Qui a dit que le féminisme était mort ? Il faut juste reformater le logiciel pour être des combats de son temps, tant la guerre contre la phallocratie est loin d’être gagnée. La Barbe, bandes de postiches en jupon, qui manie l’humour et la stratégie de communication avec brio, sait être là où il faut, qui il le faut. " Pour exprimer leur raz le bol haut et fort, ces femmes ont décidé d’investir barbues tous les hémicycles, toutes les antichambres, tous les lieux du pouvoir des hommes." Pour le prix d’un paquet d’actions, on peut devenir actionnaire du CAC 40, de ces entreprises florissantes qui ont moins de 8 % de femmes dans leur conseil d’administration. Ainsi, La Barbe s’est payé le Conseil National des Centre Commerciaux, pour prendre la parole et discourir parmi les [...]

Les 40 ans de mai 68 sonneront d’ici quelques jours. La presse et les médias qui s’y préparent depuis des mois, vont battre au rythme de la commémoration « révolutionnaire », sans pouvoir liquider l’héritage qui s’est mué en conservatisme individualiste. Y-a même les jeunes conservateurs UMP des Grandes Ecoles, qui essayent de faire un hold-up sur les valeurs progressistes de 68. Un comble ! D’un autre côté, on commence à voir fleurir une allergie à Mai 68. Un refus des faux parallèles et des raccourcis biaisés, au nom d’un revival adouci à la gloire des papys boomers. Une génération qui impose un magistère moral dans les sphères du pouvoir économique, politique et médiatique depuis 30 ans, et qui de surplus nous impose aujourd’hui sa jeunesse évanouie/retrouvée par la magie de la commémoration, c’est lourd !   1968 et 2008 n’ont sans doute pas grand-chose en commun, si ce n’est le besoin de changement qui émerge « naturellement » sur les 5 continents. Cette fois, ce n’est plus la guerre froide, c’est l’effondrement du faux vainqueur de 1989, qui se répand de la crise des subprimes à la flambée des prix des matières premières, alimentaires et énergétiques. 2008, fin de l’arrogance du capitalisme financier, un nouveau système est à inventer. Ce n’est plus le temps d’envoyer le 1er homme sur la lune pour entamer une « guerre froide » des étoiles. C’est l’urgence de mobiliser nos énergies politiques, scientifiques, industrielles et financières, pour lutter contre le changement climatique et préserver l’environnement. Un basculement complet de notre complexe industriel et tertiaire doit nécessairement s’opérer, pour s’orienter vers les bio-industries et l’intelligence environnementale…   Le monde contemporain vit dans une crise systémique qu’il entretien et alimente, et qui commande le changement. Si le Club de Rome fondé en 68 a [...]


    Illustration d’Ann Elliott Cutting, qui collabore avec le journal Time. J’ai craqué sur cette image, elle dit beaucoup tout sans un mot. Elle est issue du Time daté du 28 avril, n°17/2008, pour illustrer le dossier spécial sur l’environnement « How to win the war on global warming ». La lutte contre le changement climatique pourrait être le prochain sursaut patriotique outre atlantique, après les élections de novembre… Voilà, ma patrie c’est la terre, et Ann Elliott Cutting l’illustre parfaitement.

C’est au détour du Télérama n°3040 de la semaine dernière, avec une récidive publicitaire dans le n°3041, que je suis tombé sur cette campagne de Volkswagen qui  vante la nouvelle motorisation de la Passat TDI. Celle-ci ne consomme que 5,1 l / 100 km, avec des émissions de 136 g de CO2/km. Et donc, comme cette voiture se voudrait « écologique » (sic !), l’agence de pub associe l’énergie solaire comme signe extérieur écolo. Association d’idée peut être évidente, mais qui abîme l’image du solaire. C’est une caricature technologique. De quoi effrayer le bobo qui voudrait s’équiper d’une micro centrale photovoltaïque. Non, on n’est pas obligé de saccager son mas provençal, pour passer à l’énergie verte. Le bel ouvrage n’est pas un vain mot, et l’agence de communication du constructeur allemand ferait bien de s’en inspirer. Déjà qu’elle nous fait prendre des vessies pour des lanternes, en flagrant délit de blanchiment écolo d’un produit qui ne l’est pas. Au moins qu’elle n’abîme pas les valeurs et l’image de l’énergie du soleil.   P.S. on peut garder le tracker solaire sur la niche du chien, pour l’humour ;-)

Billet sur une semaine sans revenir sur l’allocution présidentielle, un autre a déjà ponctué sa piètre prestation. Toutefois, j’invite à lire ça et ça, ou encore ça, pour se faire une opinion…     L’Espagne féministe, pour braver les épreuves économiques   L’Espagne, si proche, de plus en plus proche à mesure que le temps des vacances arrive, est un pays habitué au changement. Depuis la fin de Franco et l’intégration européenne, le pays a beaucoup changé, s’est renouvelé, a épuisé la movida sans renoncer à s’inventer de nouveaux modèles socioculturels. Zapatero a été reconduit à la tête de ce pays monarchique et républicain, pour cultiver la laïcité et continuer de le moderniser. Ainsi, son nouveau gouvernement compte plus de femmes que d’hommes, quelque chose qui reste inenvisageable en France et qui rapproche l’Espagne des pays du Nord de l’Europe. C’est tout un symbole pour une société espagnole qui essaye de conjuguer une égalité réelle au présent, sans l’avoir gravé sur tous ses frontons. La France des quotas et des amendes ferait bien de s’inspirer du courage politique d’outre Pyrénées sur le paritarisme, de cette place nouvelle et rafraîchissante des femmes en politique. La société réelle est faite d’hommes et de femmes, c’est une anomalie de l’histoire qu’elles soient si peu aux responsabilités politiques (et économiques) en France. Se regarder dans le miroir hispanique devrait nous faire grandir en civilisation, eux qui ont la chance de ne pas avoir un président toqué de politique de civilisation, incarnent leur par de modèle.   L’Espagne est un pays ancestral et neuf, dont la croissance économique récente était assise sur l’immobilier et le tourisme. Elle en a profité pour régulariser massivement des immigrés, et revenir à l’équilibre l’excédent des comptes publics. Maintenant que le crack immobilier américain a gagné [...]

Sarkozy repart en campagne, un peu comme Chirac dont il est un digne héritier plutôt qu’un fils en rupture, son interview bilan après un an de mandat, est dans le ton d’un candidat (sous calmants) plus que d’un homme en situation de pleins pouvoirs depuis 1 an. S’il s’est fait étriller par l’édito du Monde du jour, il est chez lui à TF1, France 2, LCI, pour essayer reprendre la main de la communication.   Il nous refait le coup de la faute aux 35 heures des socialistes, maux parmi les maux de l’économie française, la France ne travaille pas assez… Plus de dix ans que la droite use du même argument, plus de 10 ans qu’elle est au pouvoir, incarnée par notre grand figurant brasseur de vent depuis 2007,et toujours la même rengaine.   1 an après, difficile de justifier qu’il ait dilapidé la confiance suscitée par ses promesses, ses postures, … S’il se contorsionne pour avouer que  "sans doute  je n'ai pas assez expliqué, sans doute moi même j'ai fait des erreurs", le bougre demande un crédit de 5 ans pour être jugé par les français. Encore 4 (c’est long !), où il demande à être affranchi de l’impatience de la réalisation de ses promesses. Que l’on mette de côté son côté bling-bling, son omniprésence qui a lassé, … Il va s’atteler à la réforme. Ça va faire mal à la France d’en bas, mais avec lui le pays devrait sortir de ses archaïsmes, se remettre dans le chemin de l’histoire. L’ambitieux l’a joué humble, il a estimé avoir « une part de responsabilité » alors qu’on lui faisait observer que les Français étaient « déconcertés », parce qu’il « bouscule les immobilismes, les conservatismes,… ».   Le napoléon  de Neuilly croit encore en son vouloir (à défaut de pouvoir), même si les français ont cessé de se laisser berner. Ses 90 minutes pédagogiques sont un peu comme un journal de campagne, le [...]

Un article de la Provence, m’interroge après la gifle électorale de Muselier. Et si la droite Umpiste marseillaise jouait le blocage de la communauté urbaine de Marseille MPM ? Marseille, ville centre, ville monde, ne peut pas grand-chose sans l’appui financier de sa métropole, qui gère les infrastructures de transport, la propreté urbaine, le logement, le développement économique, …  Les rapports de forces politiques ont été modifiés lors de l’élection de Caselli (PS), contre Muselier (UMP) à la tête de MPM. La victoire du vieux port ne vaut plus grand-chose, si l’on ne maîtrise pas l’outil macro-municipale. La droite conteste un vote légal, qu’elle juge "illégitime". Mais est-ce qu’un blocage de toutes les décisions de MPM serait au profit des marseillais de la métropole urbaine (cassidens, ciotadens, marignanais, plan-de-cuquois, …, marseillais) ? Alors que l’institution communautaire a été ralentie pendant la campagne et en arrêt depuis l'élection municipale, allons accepter une contrainte post-électorale de plusieurs mois, pour aller jusqu’à dissolution par le Préfet ? N’a-t-on pas perdu assez de temps ? Faire capoter systématiquement tous les projets portés par MPM est-il responsable ? Ce serait un démenti flagrant de la politique de la main tendue de Gaudin, lors du 1er conseil municipal. Marseille vaut bien le sacrifice de Muselier… Même si Caselli ne va pas jusqu’au bout du mandat des maires, au moins laissons le essayer d’orchestrer une politique de l’intérêt général. On ne bloque pas impunément une institution communautaire qui gère un budget de 1,5 milliard d'euros pour 2008 dont 355,8 millions pour des les investissements.  

C’est le printemps depuis le 21 mars, vous ne vous en étiez pas aperçu avec le froid qu’il fait, mais le Parti Socialiste français vient de sortir d’hibernation. Un scoop hors saison pour un parti qui n’avait pas fait un pas sur le chemin de l’aggiornamento depuis 18 ans. Enfin, après la défaite de 2007, la victoire des « malgré nous, faut tacler sarko » aux municipales 2008, le PS a sorti enfin cette semaine sa « déclaration de principes ». Du nouveau au PS ? ;-) Ce n’est pas rien, cet exercice politique au PS d’une déclaration de principes. C’est un accouchement douloureux qui arrive 5 fois par siècle. Le temps de remettre un logiciel de gauche à jour de la réalité sociale. Cette fois, c’est une vraie rénovation, presque sans langue de bois. Ainsi le PS nouveau (labellisation démocratique en juin) abandonne la « révolution » pour devenir un « socialisme démocratique ». Ils sont même en faveur de l’Europe et se son Union, la crise de 2005 est dépassée. Je ne sais pas si le PS compte chasser sur les terres en jachère du MoDem, mais il flotte un parfum de réformisme dans cette déclaration de principes, avec une forte tendance verte parce que le développement durable est incontournable, vive la fin du productivisme ! Une vraie révolution de doctrine, qu’un social démocrate écolo voit d’un bon œil … A croire que les éléphants sont partis au cimetière, il ne manque plus que les guerres égotiques déclarent l’armistice pour que l’on croie en une alternative au sarkozisme déclinant. Quatre ans, c’est long, mais c’est en même temps tellement court pour bâtir une opposition d’alternative, qui a tué ses vieux fantômes et liquider le rêve d’un grand soir, pour  se confronter au réel, aux rêves contemporains d’une société qui s’abîme...   Si « être socialiste, c'est ne pas se satisfaire du monde tel qu'il est », ils risquent de [...]

Célébrer les humanistes qui s’en vont   Ainsi, Aimé Césaire et Geneviève Tillion s’en sont allés. Une semaine qui entretient le deuil pour de grands porteurs contemporains des idées humanistes. Geneviève Tillion avait passé cent ans, et traversée un siècle d’horreurs. Elle était de ces vigies qui réconcilient l’homme avec son essence, un désir de connaissance, de paix et de résistance inextinguible. Aimé Césaire, homme politique progressiste, antillais, plus connu comme homme de lettres, était aussi doux qu’irrémédiablement engagé en résistance contre l’injustice. Ses seules armes étaient des mots reliés de toute son humanité…   Ce n’est pas un billet nécrologique. Je veux ici célébrer leur résistance, leur combat pour des valeurs humanistes et leur refus de les abandonner quel que soit l’air du temps. Célébrer pour mieux interroger. Après la gauche caviar et la droite bling-bling, que sont nos intellectuels devenus ? Font-ils, comme Geneviève ou Aimé, bien leur métier d’homme ? En ce cas, pourquoi ne sont-ils pas plus audibles ? Alors que le savoir s’accroît, le relativisme est-il tellement puissant pour que tout vaille tout, jusqu’à une dévalorisation des valeurs ? Les intellectuels peuvent-ils avoir une influence sur la société, autrement que délavés/délayés sur les plateaux télé ? Si l’on enterre les vigies, quelles sont les nouvelles flammes  qui vont éveiller les consciences ? Public, Voici, Match, politique people, Relay, blockbuster, best-seller, … camisole de la pensée occidentale où l’absence d’idée doit être rentable, accaparer toujours d’avantage de temps de cerveau disponible pour la pub, soft contrôle par la télé. On n’entend plus les voix dissonantes, elles sont étouffées par le flux du futile et du macabre que charrie le main stream.       Des [...]

Le gouvernement de l’omniprésident va de couac en couac. A peine la suppression du financement étatique de la carte Sncf famille nombreuse est annoncée, que déjà il est rétabli. Illico presto, avec 10 millions d’euros en plus des 70 millions qui ne seront finalement pas économisés, pour faire bonne figure … Le redéploiement des allocations familiales est annoncé à budget constant, tant qu’on se demande à quoi sert la réforme... On supprime plus de postes de profs dans les zones d’éducation prioritaire, que dans les beaux quartiers, ... En connivence Fillon et Borloo ont fait piétiner le Grenelle sur les OGM par le Parlement. NKM avale des couleuvres transgéniques et 78 % des français la soutiennent dans son combat sur les OGM. L’omniprésident a cédé à Monsanto. Quel sera le prochain lobby qui gagnera sur les promesses ?   Avec une réforme de l’état dont le dessein et les grandes lignes restent obscures et incompréhensibles au 1er anniversaire de l’élection de Sarkozy, les français ont sans doute l’impression de s’être fait gruger. L’ancien « ensemble, tout devient possible », se transforme jour après jour par une perte de crédit politique sur des peccadilles, et tout devient moins possible. Le gouvernement et la majorité ne trébuchent pas sur l’essentiel - réformer le pays et mettre fin au déficit chronique de 50 milliards d’euros - mais sur chaque pas, où des mesurettes d’économie provoquent des vagues dans l’opinion publique.   De perte de crédit politique en perte de crédibilité, sans projet de justice sociétale comme horizon politique (fut-il de droite), le gouvernement godille à l’oreille sondagière sous l’influence des lobbys, de couac en couac… Un an après ou presque de son accession au pouvoir, la droite bling-bling est une esbroufe.   La conjoncture économique s’est retournée, le pouvoir d’achat va être sérieusement attaqué [...]

La société occidentale n’a pas connu de crise alimentaire depuis des siècles. Il y a bien eût le rationnement en temps de guerre, il y a bien des poches de pauvreté où des estomacs crissent de vide. Mais globalement, notre société est plus occupée à perdre ses kilos superflus qu’à se préoccuper de la résurgence de la famine. Les restos du cœur font le restent, pour repousser la faim au rang des souvenirs enfouis du corps social…   Est-ce cette absence de vécu collectif qui nous empêche de prendre la mesure des enjeux de cette nouvelle violence globale? Les émeutes alimentaires en Haïti sont une nouvelle sorte de violence qui n’en finira pas de tourner sur nos écrans de télé. Là-bas, ailleurs, 33 pays listés par la Banque Mondiale sont menacés d’émeutes alimentaires. Les agrocarburants ne font qu’accentuer la pression sur l’allocation des ressources agraires. L’on inaugure un cycle sinistre…   La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, tirait déjà le signal d’alarme en janvier dernier. Avec l’augmentation du prix des matières agricoles et un budget libellé en dollar US qui fond à mesure que le billet vert dégringole, le fonds mondial d’aide alimentaire ne pourrait aider à survivre tous les affamés de la terre. Ou bien ces gredins devront s’arrêter de manger avant la fin de l’été pour que les survivants reçoivent de nouvelles rations en 2009, à l’ouverture du prochain budget de la FAO. La crise des émeutes alimentaires était donc écrite dans l’histoire à venir, et les élites des gouvernements du monde n’ont rien fait.   Un mal pour un bien, l’on pourrait puiser dans les finances militaires pour nourrir ces ventres vides. Car si les émeutes alimentaires sont appelées à se reproduire un peu partout sur la planète, il n’est pas illégitime de gager le budget sécurité. Le budget de la FAO est de 929.8 [...]

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