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"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c
'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le
contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l
'autre, l'homme est un pont."

Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

 

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Ce n’est que depuis le 17ème siècle que les vœux sont devenus les souhaits que l’on adresse à quelqu’un, spécialement au commencement de la nouvelle année. A son origine de sa racine latine, le vœu était au 12ème siècle une promesse faite aux dieux en échange d’une faveur demandée ou accordée.   Vous excuserez ce détour par le Robert historique de la langue française, mais il fait parti de mes résolutions pour 2006 : m’attacher à mieux comprendre et faire partager le sens et l’histoire des mots. Ce qui n’ôte rien à l’intention de ce billet : vous souhaitez le meilleur de la vie pour un futur millésimé.   Et du meilleur de la vie, nous allons en avoir besoin, tant 2006 pourrait ressembler à 2005 si l’on n’y prend garde. Une année où l’on regarderait presque tous les jours défiler le pire sur les écrans de TV, une année d’hyper-prose qui nous imposerait ses rapports monétarisés, chronométrés, liés au déferlement économico-techno-bureaucratique.   Donc, une année de résistance par la poésie sous toute ses formes : l’esthétique, l’amour, la jouissance, le plaisir, la participation, l’amitié, la création, le partage, les voyages, … de quoi emplir l’année de satisfactions.   Pour contrer la frustration et les déceptions, il y a plusieurs stratagèmes. Une possibilité est de considérer que la vie est une maladie mortelle qui s’attrape à la naissance : l’on échappe ainsi au vain. Une autre possibilité complémentaire est de toujours préférer la [...]


Sujet marronnier du moment : bilan de l’année 2005. C’est ainsi, immuable écoulement temporel qui nous oblige à changer d’agenda chaque année. Prendre justement le temps de considérer les 12 mois écoulés, avant d’aborder comme une page blanche ceux encore vierges de présent, des mois d’avenir en devenir.   S’attarder sur le bilan, pas sur les sujets qui débordent mais sur le mot. Bilan traduit une volonté comptable de dresser la liste de l’actif et du passif. Venu du 16ème siècle, emprunté de l'italien bilancio, « balance », puis « état des comptes », le bilan vise à peser et mettre en équilibre.   C’est important l’équilibre, même si l’on est ivre à la Saint Sylvestre, avoir posé devant soi satisfactions, frustrations, déceptions, enchantements… Des mots d’être pour faire son bilan plutôt que des chiffres qui ne disent pas grand-chose, à peine esquissent-ils de l’avoir. Avoir son compte à découvert, avoir pris trois kilos, avoir de bonnes statistiques, avoir pris de bonnes résolutions, … En fin de comptes, c’est toujours d’être qu’il s’agit. Avant et après le 31 décembre, cette lancinante question d’être au monde et d’opérer les choix en conséquence, d’être ouvert aux rencontres et au partage, d’être dans le faire, d’être vivant, conscient, aimant tant qu’il est possible ...   Donc, un bilan 2005 sans solde de tout compte, parce que j’aime l’équilibre instable et que les questions d’être ne tiennent pas dans les colonnes d’un plan comptable. C’est ainsi, comme tout à [...]

La vie c’est de l’arithmétique Ça commence avec le temps, les années D’abord les jours s’additionnent Ensuite, ils sont comptés.   Qu’il est beau et précieux ce cadeau de Noël, qui m’offre la vie de Claude Nougaro au travers de ses manuscrits, de ses dessins, de ses paroles ciselées d’alexandrins. Un troubadour pour qui la vie aura été une poésie, du son qui fait sens, signification des sensations… Avec jusqu’à son dernier souffle, l’envie d’écrire même si le tempo est compté.   Bonheur, Bonheur, Heure du beau.   « Les Manuscrits de Claude Nougaro », par Laurent Balandras aux éditions Textuel


Il me revient en mémoire une bride d’un très beau libre de Calvino Italo : « les villes invisibles ». Un livre où chaque ville de l’empire a un nom de femme, où Marco Polo les raconte a l’empereur Kublai Khan descendant de Gengis Khan. Le vénitien ce fait ambassadeur de notre imaginaire à 5 clés : les villes et la mémoire, le désir, les signes, les échanges, le regard … villes effilées, continues ou encore cachées.   « On atteint Despina de deux manières, par bateau ou à dos de chameau. La ville se présente alors différemment selon qu’on y vient par la terre ou par la mer. [ … ]. Toute ville reçoit sa forme du désert auquel elle s’oppose ; et c’est ainsi que le chamelier et le marin voient Despina, la ville des confins entre deux déserts ».   Allez savoir pourquoi cette page me trouble, pourquoi je m’identifie à ce chamelier. Marseille comme Despina ? Tout ça alors que je suis dans le tgv. Ça a commencé tout à l’heure à Saint Charles, dans la clarté de la lumière d’hiver, où tous les trains vous emportent vers, ou vous ramènent du Nord. Saint Charles, porte vers le Nord des nords, d’où l’on domine toute la ville qui s’étale vers le Sud. Là, aucun train en partance pour l’Algérie, la Corse ou la Tunisie. Pour ça, rendez-vous au Pam, ou mieux encore au J4, pour rêver devant le ballet des navires. Mon point de vue est bien celui du chamelier, je vois Marseille comme un bateau. Un voilier qui serait toujours sur le point de lever l’ancre, mais où des amarres toujours le retiendrait pour attendre les derniers passagers. Qu’importe que mon [...]


L’Europe est sauvée à court terme, pour le moins le problème budgétaire n’est pas venu s’ajouter au problème constitutionnel. Merci Tony Blair, merci pour ce courage politique qui a préféré l’intérêt européen à celui de la Grande Bretagne, pour boucler un budget à minima (1 % du PIB des 25). Espérons que cet effort, encore plus remarquable de la part d’un anglais, fasse naître une dynamique qui aille au-delà des intérêts nationaux.   Chirac ferait bien de s’en inspirer, lui qui n’a rien lâché sur la PAC. Il s’est comporté en conservateur égoïste pour préserver les acquis des agriculteurs franchouillards, pour ne pas ajouter de photos de préfectures assiégées après celles des banlieues enflammées. La France a relancé la diplomatie de grand-papa (alliance franco-germano-polonaise) pour l’emporter et pouvoir prendre une posture pro-européenne.   Chirac a beau dire : "J'aurai l'occasion de faire des propositions ambitieuses pour l'Europe de demain que je souhaite à la fois politique et sociale et solidaire" et pour que "l'Europe progresse pour qu'elle s'affirme comme l'un des acteurs majeurs du monde de demain". Mais sur le fond, la France plombée par son immobilisme, fait obstacle (un de plus après le 29 mai) à ce que l’Europe s’invente à avenir politique, social et solidaire à 25. Sanctuariser le budget de la PAC, c’est réserver une portion congrue aux politiques internes (recherche, transport, éducation, culture, …). C’est préférer le passé et son « intérêt » national, contre des politiques internes qui sont [...]

Je recommande chaudement la lecture du blog : « europe us, chroniques d’une Europe entre mars et vénus » dont trois articles récents : Europe, Viagra et Système vieux,  Jospin, Chirac, Dassault : le système « vieux »,  et Quand les jeunes se vengeront   Qu'il est bon de retrouver sur ce blog un espace de démocratie européenne, où la pertinence de l'analyse renvoie au grand silence des médias traditionnels. Sans doute parce que tout système est conservateur par essence, pour se préserver.   Ces articles font échos à une même préoccupation : le fossé générationnel (un gouffre !) aux niveaux politiques et décisionnels de l’Union Européenne comme des Etats membres. Sur les photos de Gouvernements, de Conseils comme de Commissions et des Assemblées, cherchez bien entre le peu de poivre et le beaucoup de sel : pas de jeunes et encore moins de jeunes femmes !!! Alors, cette lancinante question : peut on faire du neuf (un nouveau projet de société) avec du vieux, des quinqa, des sexta et plus, qui s’accrochent aux manettes depuis les trente glorieuses ?   « La société actuelle est bien triste. Elle est à l’image de ces sexagénaires qui se persuadent qu’une simple pilule de viagra suffira à leur redonner leur ardeur passée. L’Europe n’a pas besoin de viagra ou de Cyalis. Juste de tourner une page. De passer le témoin, à ses quadras et à ses trentenaires par exemple. »   A nous de prendre le pouvoir, par le leadership et la mise en place de nouveaux réseaux. Notre classe d'age, des trenta aux quinqa en passant par les quadra, possède un avantage [...]

Pris dans la tourmente de mon agenda, j’ai manqué d’un jour, l’anniversaire de la loi de « séparation des églises et de l’Etat » du 9 décembre 1905. Cette loi fondamentale à mes yeux, énonce dans son article 1er : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public ». Par la même, elle mettait fin à plus d'un siècle de concordat, en allant jusqu'au bout de l'œuvre de sécularisation initiée par la Révolution française.  Jean Jaurès pouvait ainsi dire : « La loi de séparation, c'est la marche délibérée de l'esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l'entière raison ». Et Ferdinand Buisson, président de la Commission parlementaire chargé d'élaborer la loi rajoutera : « « La séparation n'est pas le dernier mot de la révolution sociale,  mais elle en constitue indéniablement le premier ».     J’ai déjà beaucoup voyagé de part le monde et plus particulièrement en Europe. Cette loi singulière m’a fait constater combien elle participe à la construction de l’identité française. La démocratie politique impose que la République ne connaisse que des citoyens et non des communautés. C'est la condition fondamentale pour assurer une véritable liberté de conscience, un trait que cultive l’esprit français. Je suis infiniment reconnaissant à mes aïeux de 1905, qui m’ont permis qu’entre l'homme ou dieu, je puisse choisir l'humanité. Un choix en forme de proposition philosophique, soumise au débat, qui s’offre à chacun tout en ne s’imposant à personne.       Alors, même si je ne suis pas un aficionado des célébrations et des anniversaires, je salue tous les travaux, conférences, articles et réflexions engendrés par le centenaire de cette loi de [...]

J’avais déjà parlé des pelleteux de nuages, ces utopistes qui ont rencontré la conscience sans avoir abandonné leurs rêves.   J’ai eu la chance d’en rencontrer quelques dizaines cette semaine, aux fonctions fort diverses mais animés de la même conviction : qu’un monde meilleur est possible. Ou pour le moins, que nous devons ensemble et séparément, faire ce qu’il faut pour le rendre possible.   Que ce soit des députés ou des industriels européens, des collègues dont certains sont des amis, ou encore des professionnels de la construction ancrés dans leur terroir aquitain, ce sont des femmes et des hommes soucieux que le présent engendre l’avenir, que nos choix d’aujourd’hui le conditionne et peuvent même le condamner au pire.   C’est sans doute à cause d’eux, même après 20 heures de train dans la semaine, même si je rentre très tard ce jeudi soir, que je suis effervescent d’idées et de projets à monter. Pour relier encore et encore d’autres pelleteux de nuages à la cause humaniste du développement durable. Cette bonne humeur ne m'empèche pas d'avoir une pensée émue pour Jean-Paul, compagnon du route emporté par le crabe cette semaine.

222, c’est le nombre de lois qui n’ont pas encore vu leurs textes d’application publiés intégralement depuis juin 1981, sur plus d’un millier de textes, selon le service des commissions du Sénat. J’ai lu cela dans une lettre de l’administration électronique. Je ne suis pas constitutionnaliste, je me contente de suivre parfois les affres de nos députés dans l’hémicycle, et je sais d’expérience qu’ils sont la cible de tous les lobbyistes de l’hexagone.   Mais tout de même, ça sert à quoi de nous donner un si triste spectacle sur LCP, pour en arriver à plus de 20 % de lois orphelines d’application au bout de 25 ans !!! Sans compter que nous sommes en retard pour transcrire dans notre droit national bon nombre de directives européennes (votées par le Parlement européen).   Faudrait vraiment que nos parlementaires arrêtent d’urgence le cumul des mandats, pour se consacrer dardar et à plein temps à leur fonction : écrire la législation et vérifier son application. Faut pas seulement chercher les causes de l’éloignement politique des citoyens les soirs de 21 avril ou de 29 mai, il faut reconnaître les constats qui s’imposent : 222. C'en est terminé de mon post d'éducation civique ;-(((

J’ai reçu hier par courriel, ces quelques lignes, avec le conseil avisé de les méditer : « Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les  enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs  paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et  préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce  qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien et de personnes, alors c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie. » PLATON - La  République (400 ans avant J.-C.)   Merci Sophie, pour ces quelques lignes de Platon qui illustrent à 2400 années d'intervalles, le problème contemporain de nos banlieues. Qui illustrent mais qui n'expliquent pas cette chute de l'autorité à rien, cette déliquescence que nous avons peu à peu occulté, et qui nous a sauté à la figure. Un début de tyrannie et des solutions autoritaires qu'incarnent le liquidateur des ZEP ... Et si du 21 avril 2002, certains avaient tiré la leçon qu'il serait plus facile de prendre le pouvoir par la droite, de stigmatiser plutôt que d'échanger, que le racisme assumé d'une partie des français, bourgeois et populaire à la fois, pouvait faire gagner les élections s'il était toiletté. Il est plus aisé de pourfendre, de patauger dans le populisme, ... que d'analyser et d'expliquer la complexité, pour s'écarter des impasses et chercher de nouvelles voies. En attendant, on glose à l'Assemblée Nationale sur l'estimation des mariages mixtes forcément blancs, on se plaint que les "you-you" résonnent en mairie lors d'une cérémonie sur deux... Le you-you [...]


Près de 10 000 personnes ont participé samedi à une grande manifestation contre le réchauffement climatique à Montréal, où se tient jusqu'au vendredi 9 décembre la conférence de l'ONU sur ce thème. Esthétique symbolique et pratique de nos amis québécois, beaucoup arboraient au revers de leur veste une pince à linge, objet conceptuel de la nécessité de recourir davantage à une énergie propre. ;-))) D'autres marches étaient programmées dans 32 pays, dont le Japon, le Bangladesh, le Brésil, l'Australie, les États-Unis, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. À Londres, ils étaient presque autant qu’à Montréal pour défiler jusqu'à l'ambassade des Etats-Unis en passant par le 10 Downing Street, pour demander au gouvernement de réaffirmer son engagement en faveur d'un traité international fixant des objectifs juridiquement contraignants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.   A Paris, capitale du nombrilisme franchouillard, il n’était même pas une petite centaine de personnes. Le changement climatique n’a pas l’attrait de la sauvegarde des avantages acquis et des combats d’arrière garde … Et puis, c’est la faute à pas de chance, cette marche mondiale contre un réel problème stratégique et crucial pour l’humanité, tombait pile entre la mise en scène de la pitié collective du Téléton, et le consumérisme festoyant  du1er week-end de shopping à 3 semaines de Noël. ;-(((   Information à glisser dans l’oreille des politiciens, intellectuels médiatiques et syndicalistes de tout poil résidants dans [...]

C’est une grande messe importante qui se tient à Montréal en ce moment, il en va de l’avenir de la planète pour essayer d’endiguer le réchauffement climatique en limitant les émissions de gaz à effet de serre.   Le Canada n’est pas exemplaire en la matière, il s’était donné comme objectif de réduire ses émissions de 6 % par rapport à 1990, il en est à +24 %. Il en va ainsi de beaucoup de pays, pour ne pas dire tous : face aux enjeux de la croissance économique, la problématique climatique pèse peu dans les choix des gouvernements (phénomène NINTO, not in my term que le peut traduire par « pas pendant mon mandat »). Il ne sert à rien de fustiger GW Bush, même s’il le mérite. Si L’Europe fait bonne figure en plaçant le protocole de Kyoto comme pierre angulaire de sa diplomatie environnementale, elle ne peut malheureusement pas se poser en modèle planétaire. Nos émissions progressent et le Conseil de l’Europe (les gouvernements nationaux) se refuse à s’imposer des objectifs chiffrés et contraignants. Il y a loin de la coupe aux lèvres entre la posture et la réalité.   Bref la situation est désastreuse et il est temps de sonner le tocsin mondial. Lord Robert May, Président de la Royal Society (l’académie des sciences du Royaume Uni), a voulu alerter l’opinion et les décideurs, avec toute l’aura que lui confère son statut et l’histoire de la vénérable institution qu’il préside. Il a publié un discours, le 28 novembre, consacré au réchauffement global : « les conséquences des évènements extrêmes tels [...]

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