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"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c
'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le
contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l
'autre, l'homme est un pont."

Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

 

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J’en ai pris conscience alors que je venais de passer vingt neuf ans. Quel age devrais je fêter à mon prochain anniversaire ? Question imbécile me direz vous, car après vingt neuf, c’est simple et mathématique, irréfutable : trente. J’y souscris volontiers, c’est vrai. Mais la vérité est souvent plus complexe. On est toujours le fils ou la fille de quelqu’uns, et ce, depuis la nuit des temps. C’est l’histoire de l’humanité, du vivant, depuis les premières bactéries, les cellules qui ont évoluées, avant et après que l’hominien ne se relève, invente des langages et des religions, se transcende dans et par l’art, l’amour, … Et si je connais et j’aime mes parents biologiques immédiats, je sais aussi que je suis le fils d’Abel et Lucy, et que j’ai plus de trois cent cinquante mille ans. C’est fou ça, on se réveille un jour comme les autres, on réfléchit en prenant un café, et la peur de l’age vous submerge. Pas de vieillir, non, pensez, un, trois, ou sept ans de plus ne comptent guère, quand on a trois cent cinquante mille ans et tout juste trente ans.   Avoir trente ans et trois cent cinquante mille ans, ça change quoi ? Rien ou presque. On a les problèmes et les joies d’un trentenaire qui se cherche souvent, et se trouve quelques fois. Et puis les autres, les plus anciens, les éternels. Vivre oui, mais pour quoi faire ? Qui est l’autre, et que faire ensemble ? Naître pour mourir, et dans l’intervalle ? …  Ce qui change, c’est d’avoir trente ans aujourd’hui, dans une civilisation contemporaine qui se développe en dimensions virtuelles de plus en plus prégnantes, et qui se saccage [...]

Avoir trente ans, Il y a quelques semaines, j’ai eu trente ans. Même si au fond cela n’a pas d’importance, il n’y a pas eu de bouleversement entre le 1er et le 2 mars, je suis quasi identique… c’est un seuil, une frontière entre les décennies, qui m’oblige à réfléchir. J’ai déjà traversé trois ages de la vie, trois grands cycles pour une auto construction, d’abord instinctive puis consciente. Des centaines de séquences, d’évènements, de rencontres, et de temps pour « rien », qui s’imbriquent, s’engrangent pour faire ce que je suis : une somme et quelques soustractions, un tout complexe. Je crois avoir conservé une part de cette curiosité enfantine, celle de mes interrogations incessantes qui trouvaient toujours des « poils sur les œufs » aux explications fournies. Je n’ai pas sacrifié toutes mes aspirations juvéniles, qui réclamaient plus de liberté et de communauté, même si j’ai appris depuis le compromis et le sacrifice, et si j’apprécie la solitude, état "indépassable". Et j’ai réussi à endosser ma responsabilité d’adulte. Même si je trouve parfois le costume trop grand pour moi, je fais face, j’assume, et j’en redemande aussi. Au jeu de l’erreur et de la vérité, la posture d’éthique de responsabilité est la seule qui ne soit pas fausse.  C’est peut être cela, « bien vieillir » : conserver vivante la plus grande partie de chaque age, les faire fusionner, y intégrer le discernement de la maturité, et l’expérience d’une vie qui sera toujours trop courte.  Trente ans, c’est aussi des jours sombres. Des jours où je suis resté livré à ma barbarie intérieure, disjoint, complètement déconnecté d’une quelconque quête de sens. Eloigné de l’homme qu’il me plaît à penser et à représenter… La liberté entraîne l’angoisse, et n’endigue pas toutes les pulsions et l’atavisme. C’est comme ça, il faut faire avec...  Aujourd’hui, je puis dire : « je me connais, je me reconnais », y [...]

L’Europe est partout dans notre quotidien. C’est un projet singulier avec la paix pour ciment, l’intégration économique et politique comme moteurs, et le rêve d’une communauté de destin, capable de générer un nouveau paradigme social et culturel.   Sans doute parce que trentenaire, je baigne ans l’Europe depuis toujours, ou presque. Nourrit au biberon des comités de jumelage et des échanges scolaires, j’ai par la suite eu la chance d’être impliqué directement dans plusieurs projets européens, de profiter du tourisme paneuropéen, et cultiver l’amitié transfrontalière.   Il n’y a pas besoin d’être un fin stratège pour savoir qu’à l’heure de la mondialisation, il n’y a point de salut dans le nationalisme. Cette insularité nous confinerait à la marginalité, incapable d’influer sur les problèmes planétaires et continentaux. Le double mouvement, abandon d’une part de souveraineté nationale et subsidiarité d’application, est le seul qui nous permette d’avoir une prise « politique » sur des problèmes que nous ne pouvons définitivement pas gérer au niveau national.    Les questions environnementales par exemple, en seraient restées en France à la part décisionnelle congrue, au Ministère 100 % alibi, … si la sagesse communautaire ne nous avait imposé des règlements et des directives pour nous aiguillonner dans des réformes indispensables, et dépasser les clivages archaïques.   D’aucun critique toujours les critères du pacte de stabilité, dits de Maastricht, cachant derrière cette excuse leur incurie à gouverner, ou à reformer. [...]

Etre écologiste aujourd’hui est plus que jamais, une question de bon sens. Le progrès n’est pas nécessairement destructeur, il a généré et s’est construit sur des montagnes de connaissances. Jamais la civilisation humaine n’aura été autant « savante » ni « sachante ». La frontière de l’inconnu, dans tous les domaines, a été repoussée à des confins inimaginables…   Et pourtant, tous les signaux sont au rouge, nous détruisons tous les jours un peu plus notre milieu. La terre unique et singulière est malade des pollutions de l’homme. Les informations ont beau être de plus en plus alarmantes et concordantes, les compagnies, les institutions et les politiques avoir recycler le concept de développement durable en discours marketing et postures de façade, la réalité demeure cruelle. Inéluctablement réelle, en dépit des jeux d’apparences, comme celui de notre confort, de notre profit, ... La prédation de notre civilisation, dans son « apogée » contemporaine, menace l’équilibre climatique, le si fragile substrat au développement séculaire de l’espèce humaine. Notre modèle actuel n’est pas tenable, tout le monde le sait, c’est une autoroute qui conduit à l’impasse, une nouvelle barbarie du monde occidentale à laquelle presque tous collaborent, sans penser à la remettre en cause.   Alors, comment surmonter ce paradoxe : une civilisation qui fait culminer la connaissance, le savoir, et qui dans le même temps reste incapable de ré-orienter son développement pour éviter le crash total ?   « A force de sacrifier l’essentiel pour [...]

Tel Aviv, territoire de la régression, comme partout ailleurs où la doctrine religieuse (et masculine) prospère, renouveau de la croyance, implosion de la liberté et de l’émancipation féminine.   Plus qu’ailleurs (plus qu’ici mais pour combien de temps ?), de manière insidieuse, récurrente, le « fanatisme » religieux soude et régit un peu plus la communauté, tandis qu’il dissout l’autonomie, le libre arbitre, la conscience.   Avanim, c’est une parabole sur le danger de la religion devenue intolérante, qui commande un présent en devenir au mépris de la liberté individuelle. Une fervente croyance qui dépasse ce vieux rabbin. Un sage qui a connu bien d’autres barbaries, qui sait que l’homme est capable du pire quand pour la fin, il justifie de vils moyens. C’est toujours du côté de ceux qui croient détenir le monopole de la vérité et du bien, que vient le danger, la première pierre…   Elle est belle cette femme, Asi Lévi, fragile et forte à la fois, entière. Elle va entrer en résistance, après qu’une explosion l’ait fait sourdement imploser. Et même si la voie est douloureuse, c’est le seul chemin possible. Entrer en résistance pour son intégrité d’être, de femme, de mère. Contre l’archaïsme de plus en plus étouffant, du père, du mari, de la communauté.   C’est à Tel Aviv, mais ce pourrait être partout ailleurs où la religion interfère, avec une lecture « exclusive » du monde, pour dicter le sens commun. La religion ou l’archaïsme tribale, machiste, qui nie la femme comme être émancipé. [...]

Commencer un blog, pourquoi faire ? L'écriture m'est déjà un exercice de bien être, une vieille habitude, salutaire, nécessaire ...Alors, c'est quoi cette vanité de vouloir être lu ? Ce chemin de traverse qui contourne et anéanti l'obstacle de l'édition, transgresse la règle de l'écrit pour soi ? Ecrire pour être lu, soit, mais pour qui, et pour dire quoi ?Le "pour qui " importe peu, c'est n'importe qui, l'abandon de sa solitude à la multitude, ceux qui traverseront le maquis blogonumérique ...L'important, c'est le "quoi dire". Je pressens la difficulté de rentrer dans des catégories. En suivant le fil de la vie, ça va nécessairement déborder, de l'actualité à la politique, tentation de vouloir avancer dans la philosophie, et ce glissement inéluctable dans l'intime ... La vie embrasse large, et comme j'ai un penchant pour le complexe et le décloisonnement permanent, ça va perturber l'arborescence ...Bloguer, est-ce vraiment nécessaire, dans le monde post moderne où l'individualisme cherche ses prolongements numériques pour fabriquer son image virtuelle ? C'est l'égo qui ne se contente plus de la proximité du réel, mais se donne à voir au monde dans une quasi permanence, avec une visibilité aléatoire ...

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