
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Pour qui a pris le temps de lire Alain Juppé sur son blog depuis son exil québécois, et depuis son retour - un temps où AJ n’était plus dans l’actualité médiatique franchouillarde - il est incontestable que l’homme a pris de l’épaisseur. Il est redescendu des sphères du pouvoir pour revenir sur la terre pour un tête à tête avec la globalité et le réel. A l’occasion, AJ aura gagné une conscience écologique qui n’est pas feinte, loin s’en faut.
Il est agréable qu’une idée politique chemine, et de voir l’écologie arrivée dans la cours d’honneur de l’Élysée. D’autant qu’elle n’est pas née avec l’actualité politique d’un agenda opportuniste. AJ était sans doute le meilleur à droite, le plus légitime, pour mettre en œuvre ce chantier gigantesque de la révolution écologique.
Je vous livre ci-après, le contenu d’un de ces billets, du jeudi 18 Janvier 2007, alors qu’AJ était loin des sunlights de l’actu : Citoyens de la Terre
« … Oui, une industrie capable de développer de nouvelles techniques de production moins consommatrices
d’énergie et de matières premières est possible ! Une science capable d’inventer de nouvelles énergies, renouvelables et non émettrices de gaz à effet de serre, est possible ! Une agriculture
capable de renoncer à l’utilisation massive de substances chimiques qui polluent nos sols et nos nappes phréatiques, pour généraliser des méthodes biologiques est possible ! Un urbanisme capable
de concevoir des quartiers où tout concourre à préserver notre environnement, et des habitations à énergie positive, c’est-à-dire qui restituent autant ou plus d’énergie qu’elles n’en consomment,
est possible…
Suis-je en train de tomber à mon tour dans l’Utopie ? Je ne le pense pas. J’ai simplement confiance dans les capacités créatrices de l’espèce humaine.
Et puis, après tout, si la révolution écologique était notre nouvelle Utopie ? Il y a parfois, dans les visions utopiques de l’avenir, une force de progrès et de mobilisation qui peut
changer le cours des choses.
A condition de s’appuyer sur un solide plan d’actions.
Il nous faut maintenant agir, et à tous les niveaux. Il nous faut créer une grande chaîne d’initiatives, du local au global, …
Tout commence dans nos vies quotidiennes, là où nous vivons, dans nos campagnes et principalement dans nos
villes. Les villes sont en première ligne dans le déclenchement et le développement de la révolution écologique. … L’énumération des responsabilités locales n’est pas exhaustive. C’est en
particulier à l’échelon local qu’il faut amplifier les campagnes de sensibilisation et de pédagogie concrètes qui feront évoluer les comportements
individuels.
La chaîne se prolonge au niveau national. Les gouvernements ont un rôle éminent et multiforme à jouer ; je ne donnerai que quelques exemples : mettre en
œuvre le principe « pollueur payeur », taxer la production de carbone, utiliser le levier fiscal pour encourager l’utilisation des biocarburants, la progression du fret ferroviaire ou les
économies d’énergie. »
J’adhère complètement au billet d’AJ. Mais que restera-t-il de ses pensées bloguèstes, alors que la réalité du gouvernement va battre son plein ? Que restera-t-il dans les conflits d'intérêts ? Gageons que la feuille de route ne manque pas d’ambition. Et que pour la moitié en 5 ans, je signe des deux mains. C’est un véritable changement de logiciel politique et sociétal qu’implique ce programme…
J’aime assez cette évolution de notre système politique, où de vieux briscards (Chirac en chef de rang), prennent conscience et se
mobilisent pour organiser le changement écologique… Cela ne rachète pas le bilan du passif, loin s’en faut, mais ce sont des forces nouvelles pour des enjeux essentiels.
J'attire l'attention des lecteurs sur la question de la chaîne de local au global. L'essentiel, ne serait il pas dans la qualité du local, à mettre en oeuvre l'adaptation à la problématique
globale au niveau local ? (sujet d'un prochain billet).
Let’s see …
Sauf le nucléaire : pas question d’un moratoire sur l’EPR.
Sauf les OGM : pas question d’arrêter les essais en plein champ.
Sauf les autoroutes : pas question de cesser d’en mettre partout.
Les ONG : “- Si vous continuez le nucléaire, les OGM et les autoroutes, on parle de quoi ?”
Juppé : “- De l’ours des Pyrénées, si vous voulez”