
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Ainsi, la lecture croisée de Courrier International, du Herald Tribune et de Libération, me conduit elle à réfléchir à la compatibilité d’une politique de droite avec l’écologie. Pas parce que le « meilleur d’entre nous » rend ce jour et droit dans ses bottes, les armes du combat national du développement durable à Nicolas 1er. Pas parce que Mme Merkel, chancelière conservatrice à la tête de la coalition allemande, a fait de la lutte contre l’effet de serre la pierre angulaire de la présidence de l’UE et du G8. Pas parce que même les Tory anglais s’y mettent, faisant de David Cameron conservateur bon teint, un apôtre d’une économie flexible et verte. Et ce n’est pas le siège supplémentaire des Verts français à l’Assemblée, ces gardiens du temple, qui motive d’avantage ce billet.
Simplement, si je ne puis définitivement statuer sur la fin de l’histoire de Fukuyama, avec l’avènement du capitalisme de marché et la démocratie libérale. Il s’agit d’épuiser les possibles du présent, et de faire le meilleur usage des forces en présence (majoritairement de droite en occident).
Je ne suis pas naïf, et je sais que la surface des choses (les engagements pro-environnement de la droite) ne doit pas nous induire en erreur sur les éléments de fond du changement nécessaire. On peut en saisir les limites, quand on touche aux symboles et aux moteurs de l’économique carbonée. Ainsi, gagner plus pour consommer plus sonne faux, si c’est pour épuiser plus vite les ressources de la terre en accélérant l’effet de serre. Les beaux quartiers (là où résident les leaders d’opinion) ont des flottes de voitures (4x4, berlines, sportives, …) majoritairement en catégorie G, qui dégagent plus de 250 grammes de CO2 par kilomètre parcouru. Le salon du Bourget étale ses ambitions aériennes pour un marché qui voudrait doubler, sans regarder ni prendre en compte une grave constante : la raréfaction du pétrole et son renchérissement…
On ne compte plus les sujets où il y a loin de la coupe aux lèvres, entre postures, décisions impactantes de façon positive (sur les ressources, la biodiversité, l’effet de serre, …) et les actions concrètes à grande échelle.
Néanmoins, on remarquera que cette semaine à Cannes, pour le somment mondial de la publicité, c’est Al Gore l’invité d’honneur, la vedette qui vient dire une messe verte pour le gratin mondial des spin doctors. « Green is hot », et le marketing est en train de dépasser les annonceurs obligés (compagnies énergétiques, aériennes, automobiles, de services aux collectivités, …) pour faire émerger des consom’acteurs. Nouvelle caste de clients, au pouvoir d’achat non négligeable, en quête de conscience et de respect de l’environnement pour ses actes d’achat. MTV s’est verdi, et à dévoilé une nouvelle campagne pro-environnement : Switch, où comment l’écologie va devenir un courant dominant …
Ainsi, le message des spin doctors, qu’entonnent les partis de droite, c’est : le consommateur doit continuer de consommer, mais il doit consommer mieux ! Ce show mondial de la publicité est peut être annonciateur du changement à venir. L’environnement devrait progressivement dépasser l’image de marque, pour s’imprégner dans les business modèles de l’économie mondiale (Green is a source of business value !!!).
Pour revenir au questionnement sur la compatibilité de la protection de l’environnement et d’une politique de droite, c’est possible dans certaines limites (de temps, de courage politique, et de la décroissance des besoins qui est incompatible avec l’économie capitaliste sur le long terme). Par contre, dans une phase préalable à la décroissance de nos besoins matériels, la performance de l’outil économique et libéral peut être redoutable. Pour accélérer et massifier la diffusion des technologiques nécessaires (efficacité énergétique, énergies renouvelables, …), et ouvrir de nouveaux marchés (ecodesign, agrobio, recyclage, …), la réconciliation de l’économie et de l‘écologie, est un formidable outil de réforme. Surtout si que le marketing favorise le changement comportemental…
Pour agir à grande échelle, nous avons deux outils massifs et puissants : la réglementation et la fiscalité. Comme la fiscalité est ultra compatible avec le logiciel de droite, et dans l’air du temps, pour conclure ce billet, je ferai deux propositions qui me paraissent frappé du coin du bon sens :
1/ moduler les niveaux de défiscalisation dans l’immobilier locatif (type De Robien) en fonction de la performance énergétique du logement (HPE, THPE, THPEEnr, Basse Conso)
2/ établir un crédit ou une réduction d’impôt sur les revenus locatifs des bailleurs pour l’amélioration énergétique des logements loués.
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