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Le chef de l'Etat a publié une tribune dans 25 quotidiens européens « Force et solidarité : répondre aux attentes des européens », et développé son point du vue au sommet d'Hampton Court (27/10/05) devant les dirigeants des Etats membres de l’Union. Pour essayer d’en sortir par le haut après le vote moribond de mai, Chirac pose sur la table les défis stratégiques qui s’imposent à l'Europe : croissance, emploi, démographie, immigration, environnement, engagement extérieur. Le consensus du constat est relativement simple à partager à 25, même si les situations et les appréciations diffèrent. Cela permet à Jacques Chirac de rassembler. Bien.

Pour les pistes et propositions françaises, il ne sera pas aisé d’aboutir sur tous les sujets, loin s’en faut. Certaines sont des plus pertinente et ont déjà reçues l’avale de la Commission. Mais au moins cela permettra d’échanger, de voir naître des contre-propositions, … bref, de renouer le débat sur la construction d’un projet européen autour de propositions concrètes.

Surtout que la position française dans cette tribune est assez subtile pour ne pas aborder de front les sujets qui fâchent (PAC, ristourne anglaise, budget, …). Cette stratégie d’évitement des conflits communautaires, il la partage avec Blair. Cela a été le fil de la rencontre d'Hampton Court.


Sur l'environnement et les conséquences du changement climatique, tropisme chiraquien, le Président de la République s'est efforcé d'être «concret» : il a promis pour le début de l'an prochain un mémorandum sur la sécurisation et la diversification des approvisionnements énergétiques, la définition de nouveaux objectifs internationaux en matière de réduction des gaz à effet de serre après 2012...

L'ère qui s'ouvre est celle du pétrole cher et demain de l'après-pétrole. C'est aussi celle du combat contre le réchauffement de la planète. Au-delà de la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, il faut que l'Union se rassemble pour concevoir la nécessaire révolution de nos modes de vie et de production. Cela suppose de diversifier, sécuriser et moderniser nos approvisionnements énergétiques. Cela suppose une mutation dans les transports, la production industrielle, l'habitat et l'urbanisme. C'est un grand projet mobilisateur pour l'Europe auquel nous devons donner la priorité par notre effort de recherche, nos politiques d'équipement ou nos pratiques fiscales. La France présentera à ses partenaires un mémorandum sur ces enjeux au début de l'année prochaine. …

L'Europe est la meilleure réponse à la mondialisation», a souligné Jacques Chirac.


Cela implique une politique énergétique communautaire que nous n'avons pas vraiment, même si des éléments existent déjà : Directive sur l’électricité renouvelable, un Directive sur l’Efficacité énergétique des bâtiments, projet de Directive sur la chaleur renouvelable, ... Il est clair car il y a encore beaucoup de progrès à faire, alors pourquoi pas.


Mais la France peut elle donner des leçons en la matière ? Est-on crédible pour rédiger un mémorandum européen sur la politique énergétique, alors qu’on ne respecte déjà pas la Directive sur l’électricité renouvelable. En effet, alors que la France devrait produire 21 % de sa consommation d’électricité à partir d’énergie renouvelable en 2010, la part d’électricité renouvelable en France ne cesse de décroître (passée de 18 % en 1990 à 14 % en 2003). Et rien n’indique actuellement, bien au contraire, que nous serons en mesure de respecter la Directive en 2010. La Programmation Pluriannelle d’Investissements (PPI) électrique (document d’orientation du gouvernement) continue de maltraiter l’éolien et le photovoltaïque. La technocratie française, nourrit au biberon du nucléaire, considère ces filières comme négligeables, et les objectifs sont sans cesse revus à la baisse. Monter un parc éolien en France relève toujours du parcours du combattant, long et fastidieux avec force de chausse-trappes administratives... Et pour l’électricité solaire, la situation est encore pire, c’est quasiment impossible : l’Etat refuse tout simplement d’adopter la seule mesure qui permettrait son développement (augmentation du tarif d’achat, parmi les plus bas d’Europe) et réduit en même temps la ligne budgétaire de l’Ademe !!! Sa politique en la matière, c’est trois fois moins de moyens que ce que nous consacrons annuellement aux charges de service public de l’électricité à Mayotte ! C’est dire l’ambition que nous cultivons face aux enjeux !!!


Je ne crois pas qu’on n’ait jamais demandé au français s’ils préféraient qu’on investisse 3 milliards d’euros dans l’EPR, tout en consacrant guère plus d’1 million d’euros/an pour le rachat de l’électricité solaire. Et si vous comptiez sur votre député pour intervenir, ne rêvez pas, il n’y aura qu’une seule présentation à l’Assemblée de la PPI électrique pour information et questions, mais sans pouvoir d’en modifier un seul chiffre… l’atom’cratie France, c‘est tout un programme.

 

Alors que la France rédige un mémorandum européen sur la politique énergétique, ça peut paraître grotesque, mais je dis chiche. Oui, ça va nécessairement ouvrir l’esprit de notre techno-structure ministérielle. En rencontrant leurs homologues espagnols, italiens, allemands, norvégiens, hollandais, danois, luxembourgeois, autrichiens, … les décideurs français devraient prendre conscience que les énergies renouvelables ont déjà changé de division chez nos voisins. L’exercice de rédaction de ce mémorandum va diluer le pouvoir d’influence de l’atome, aux profits de choix que l’on se refuse encore à faire en France. En devenant réellement européen, le rédacteur français devrait être moins nucléarisé, et accorder la place qu’il se doit aux énergies renouvelables (celle qu'elle a déjà chez les autres membres).

Un peu moins français et un peu plus européen, c'est peut être un début de solution. 

 

Tag(s) : #heloim.sinclair

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