
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Ça y est, les grandes manœuvres pour les municipales de mars 08 ont commencé. Après Paris en Bertrand Delanoë s’est dévoilé cette semaine pour obtenir un second mandat, Jean-Noël Guérini s’est officiellement lancé ce 8 septembre, dans le chaudron de la bataille pour la mairie de Marseille. Ce jour d’ovalie pour la cité phocéenne retiendra-t-il la déclaration de candidature de JNG ?
Si l’actuel maire (JC Gaudin, 68 ans) est bien connu sur la scène médiaticopolitique nationale, son prétendant qui est aussi son cadet (JN Guérini, 56 ans), accuse un déficit de notoriété. Qui
est le patron du PS des Bouches du Rhône et du CG 13 ? A quel(s) courant(s) s’abreuve-t-il ? Comme président d’un des départements les plus riches de France, il confesse que les
socialistes ne peuvent plus « rester crispés sur des vieilles analyses, prisonniers d’idées sclérosées et d’accords dépassés ». J’ai trouvé cette déclaration sur
son blog, dans un billet d’été où JNG dresse le bilan et les perspectives, après les deux défaites de
2007.
Au vu de la politique du CG13, gauchosocialiste bon teint, j’ai été agréablement surpris de la justesse d’analyse : « les socialistes ne savent pas s’adresser à la classe
moyenne ». Hors de ses bastions (fonction publique, une partie des citées et des niches boboïsantes), les propositions collectivistes ne prospèrent plus pas. Ainsi, JNG a
appréhendé à la mi juillet, le décalage entre le logiciel politique du PS et l’évolution sociologique des français.
Ce 8 septembre, alors que l’université d’été de La Rochelle n’aura pas reprogrammé le logiciel PS, Guérini en a tiré quelques enseignements : la victoire à Marseille se jouera au centre. Sa déclaration de candidature est truffée « d’ouverture » et de « changements », ce qui est dans l’ordre des choses pour une candidature. Mais alors que la fédé départementale est plutôt ancrée bien à gauche, JNG se place sur le terrain économique, du développement des investissements et des entreprises.
Pour Guérini, le bon logiciel est catalan, et Marseille doit pouvoir « dépasser Barcelone » d’ici à 10 ans. Je savoure particulièrement cet exemple où l’héroïne de
L’auberge espagnole, nous est présentée comme un Eden possible pour les marseillais. Car pour arriver à ce résultat, JNG devra livrer des combats contre une partie de la gauche
locale (son camp ;-), pour désidéologiser le Port Autonome. Ce sont les jusqu’auboutistes du grand soir et du tout public qui sont responsables (en partie) de la sclérose
actuelle. La seule comparaison des chiffres de croissance du PAM et du Port de Barcelone depuis 10 ans est édifiante. D’aucuns y voient une cause dans l’étatisation et la gestion clanique
syndicale du PAM, pendant qu’ailleurs (à Barcelone ou Gènes) on s’adaptait pour faire face aux flux de la mondialisation…
Revenons à la déclaration de candidature de JNG. Sur l’état des lieux de la gestion de JC Gaudin, je suis globalement d’accord avec lui. Il y a des marges de progrès phénoménales sur de nombreux
dossiers. Analysons les prescriptions du bon docteur Guérini pour Marseille.
Développer des zones d’entreprises, car pour JNG « c’est l’investissement qui créé la richesse ». Un bon point de lucidité, mais ce n’est pas ce qui le distinguera de JCG. C’est sans doute une offensive vers la classe moyenne dont toutes les voix compteront pour gagner. Mais cela ne nous dit pas comment JNG articulera et gèrera sa politique des transports et du logement, pour accompagner cette politique de développement économique. D’accord pour créer un « conseil économique et industriel » (marseillais, au niveau de la CUM, à la place de la CCI, … ?) et de la réunir tous les mois. Mais comment et en quoi ce nouveau comité théodule orientera-t-il la ligne politique municipale ?
D’autres propositions me laissent avec tout autant de questions. Quid du financement de la politique municipale en projet. Les synergies nouvelles entre « Région, Département et Marseille » ne sont pas à la hauteur d’un tour d’Harry Potter. Outre que je regrette qu’il faille une unicité politique pour qu’existent de telles synergies - la fin du copinage et du clientélisme institutionnel entre les échelons du territoire est une urgence - elles n’auront aucun effet sur la dette de la ville (+ de 3000 € / hab, 2 fois plus que Lyon ou Bordeaux). Surtout, je suis inquiet qu’en fin de déclaration de candidature, JNG promette d’augmenter l’investissement public de la communauté urbaine et de la ville, pour passer de 600 à 700 M€.
Inquiet parce que lucide sur les résultats que dégageraient « une gestion attentive des budgets municipaux », avec une réorganisation des services pour gagner en productivité. Quand on sait que la droite et la gauche locale sont compères et complices depuis des décennies, pour une gestion clanique avec retours d’ascenseur et emplois de complaisance … J’entends déjà la CGT défiler sur le vieux port, pour dénoncer ce vent de productivité, plus fort que le mistral, qui soufflerait sur la mairie ;-)
Je vous épargne la proposition de JNG d’une candidature de Marseille pour les JO de 2020 ou 2024. Restons un peu sérieux, un projet virtuel et aléatoire pour dans 15 ans n’est pas un matériel
politique utile pour l’échéance de 2008 !
Sur ces galéjades, je m’en vais attendre que la campagne municipale prenne un peu de consistance ;-)
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