
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
J’ai passé une excellente semaine avec Patrick Viveret. Enfin, pas lui directement mais ses idées, développées dans un livre salutaire et brillant : « Pourquoi ça ne va pas plus mal ? ». Coïncidences non fortuites, ces mots poursuivaient et entraient en résonance avec les récents posts, de père truc d’Allemagne, des rencontres d’Averroès, du siècle des vanités à celui de l’humilité…
Avec intelligence, Viveret propose un diagnostic inhabituel et pertinent des véritables maux de l’humanité, où l’histoire à la croisée des chemins pourrait voir l’homme précipité dans un monde du pire. A condition de sortir des dogmes hérités du 19ème siècle, Viveret, trace un chemin de possibles pour faire sortir l’humanité de son stade infantile, pour éviter qu’elle ne sorte de la route de l’évolution.
Loin du fatalisme ambiant, Viveret nous montre que l’humanité peut se sauver par la lucidité et la prise de conscience des manipulations dont elle fait l’objet. Nous pouvons, individuellement et collectivement, inventer une autre vision du politique, pleinement écologique, citoyenne et planétaire, qui placerait le désir d’humanité au cœur de sa perspective. Nous pouvons grandir en humanité et devenir pleinement sapiens.
L’essentiel des problèmes de l’humanité ne résulte pas d’absence de ressources monétaires ou techniques. Ce n’est pas une question « d’avoir » mais « d’être ». Les deux idéologies des 19ème et 20ème siècles (libéralisme et socialisme) ignorent le désir et l’angoisse, alors que ce sont des paramètres cruciaux qui régissent les sociétés autant que les individus. Leur point aveugle commun, c’est précisément que l’homme n’a pas que des besoins. Cet aveuglement est essentiel pour éclairer ce que cache le couple symétrique de la guerre économique et de la guerre de civilisation. Retenons l’hypothèse qui en résulte : la dépression nerveuse collective dans les sociétés d’abondance. Inadaptées parce que les corps sociaux sont encore organisés autour de la question de la subsistance et du travail, alors que le véritable problème (et la véritable alternative) est celui du pourquoi vivre et du savoir être.
Il est temps de sortir des logiques de peur pour chercher un mieux vivre planétaire. Le grand problème qui nous fait face, c’est de savoir que faire de notre désir et de notre conscience de la mort pour construire un voyage de vie passionnant, sur les plans tant individuel que collectif ?
ça fait du bien un peu de réaction aux articles, surtout si cela entraîne un débat. Pour ce qui est "d'héloïm", on en discute quand tu veux autour d'une bierre ou d'une bonne bouteille de vin.
Petit éclaircissement, je ne suis pas dans le fatalisme (ambiant ou pas), et je pense au contraire qu'il y a des pistes pour en sortir. Pour le moins, c'est ce que propose l'article.
C'est peut être facile de dire que l'homme n'est pas que besoins parce que je suis né dans le bon émisphère. Mais en attendant, la société occidentale continue d'être basée sur le paradigme des besoins. Je veux bien accepter que pour 1/3 de la planète il n'est pas question de société d'abondance. Mais pour les 2/3 qui restent on fait quoi ? On accepte que ces 2/3 façonnent une société "d'enculés" par fatalisme, égoïsme et facilité ? N'est il pas possible de dire qu'à occulter le désir et l'angoisse, on fabrique une société anxiogène (guerre économique et de civilisation)avec pour conséquence de plonger un peu plus encore dans le besoin le 1/3 et le 1/4 monde ?
Enfin, l'indignation est peut être le xanax de la bonne conscience, j'en conviens. Mais faudrait il ne jamais s'indigner au prétexte que l'on est un consommateur lambda qui appartient à une société d'enculés ? Et si chemin passait par l'indignation pour gagner la prise de conscience et le changement comportementale ? Sachant que c'est un long chemin qui passe de proche en proche par tout à chacun.
Pour conclure, je ne juge personne et ne suis pas dans la dénonciation facile du "c'est vous qui faites n'importe quoi ...". L'objet de mon article qui se termine par cette question : que faire de notre désir et de notre conscience de la mort pour construire un voyage de vie passionnant ?
Bien à toi, avec toute l'humilité de ma condition ;-)