
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Le régime de retraite très spécial des députés et sénateurs n’est pas concerné pas la réforme du gouvernement. Que les marins et les mineurs échappent aux fourches caudines du ministre du Travail paraît concevable, tant leur espérance de vie est plus faible que les autres salariés. Mais nos parlementaires, qui sont chouchoutés et vieillissent assez bien sous les lambris de la république, peuvent ils prétendent à une pénibilité quelconque pour justifier un tel régime de faveur ? Lire le très bon article à lire sur Rue89
Je ne voudrais pas que l’on se méprenne, je ne souhaite pas faire de l’antiparlementarisme ou du populisme de base. Bien entendu, comme le souligne Manuel Valls (PS), « ce ne sont pas les 800 parlementaires qui mettent en danger le régime général des retraites. Soit, mais en politique tout est affaire de symbole, et on ne demande pas des sacrifices à tous les français pour continuer de se gaver aux frais du citoyen à quelques uns. On ne peut demander un réajustement aux fonctionnaires et assimilés, après avoir réformé le régime privé, et continuer de s’octroyer des retraites parlementaires tout à fait confortables : 1500 euros pour un mandat, 3000 euros pour deux mandats. Que le vice-président de l'Assemblée nationale, le député PS Jean-Marie Le Guen avoue "ne pas connaître le dossier", c’est de l’hypocrisie taillée en barre. Un double scandale parce qu’il est socialiste le bougre, chantre de l’équité sociale !!! Ne seront-ils pas crédibles, ces messieurs du PS qui jouerons les vierges effarouchées dans l’hémicycle, quand viendra le temps qu’ils s’opposent (mollement) à des réformes socio-économiques (par ailleurs nécessaires) ?
Les grandes élections passées, nos élus ont abandonné « la rupture » et rangé les
promesses de campagne à la remise. Au rayon démocratie et citoyenneté, toujours le même spectacle d’une sphère politicienne déconnectée du plus grand nombre. Les guignols professionnels de
la politique reviendront avant le printemps pour les municipales, avec de nouvelles promesses de démocratisation et renouvellement de la vie politique, pour mieux s’en retourner pantoufler au
croisement des réseaux d’influence après… Il va devoir qu’il se défonce, Hortefeux, s’il veut que l’OPA virtuelle de l’omniprésident sur les électeurs du FN, ne se dissolve pas au café du
commerce.
Prenez Jean François COPE, déjà président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, maire de Meaux (50 000 habitants) et président de la communauté d'agglomération du Pays de Meaux. L'ex-ministre du budget a encore du temps libre pour cumuler un emploi (2 jours / semaine) au prestigieux cabinet d’avocat Gide Loyrette et Nouel. Et pas pour faire du trafic d’influence, jure-t-il sur le cœur avec son sourire aux dents longues… Traviller plus pour gagner plus, qu'il disait ;-)
Du côté de la rénovation de la gouvernance politique, ce n’est donc pas prêt de changer : le cumul des mandats ne sera pas remis en question, et la proportionnelle va vite être enterrée… On ne change rien en gardant les mêmes, pensez, ça marche tellement bien …
Autre front de gouvernance en faillite, celui des malversations et d’un scandale couvert par l’état. Le Figaro décidément très en forme quand il s’agit de sortir un scandale sur le rival Lagardère, a sorti ce matin un scoop : le délit d’initié des dirigeants d’EADS, qui ont massivement vendus leur titres et stock option, avant que le cours de bourse ne s’effondre, à l’annonce des retards d’Airbus. C’est tout l’état major du groupe qui est soupçonné par le gendarme de la bourse, l’AMF. 1200 lampistes de haut vol concernés, ils ne seront finalement que 21 (les plus gros poissons) inquiétés par la justice : hauts dirigeants d'EADS et d'Airbus et les actionnaires du premier, soit vingt et une personnes au total. Il est a précisé que ce délit d’initié a été couvert par l’état, et de hauts fonctionnaires à Bercy. Arnaud Lagardère, « le frère » de l’omniprésident est en première ligne. Est-ce en pensant à ce frère que Sarkozy voulait dépénaliser le droit des affaires à la rentrée de septembre ? Pas assez vite toutefois, pour que le scandale maintenant étalé au grand jour, ne permette une telle réforme.
A moins que dans un cynisme absolu, l’omniprésident qui a fait voté un train de mesures fiscales en faveur de ce monde d’initiés (voir l’article du monde sur ces HNWI, pour High Net Worth Individuals), pour un « choc de confiance » jamais advenu, ne veuille aller jusqu’à protéger ces amis HNWI et ultra-HNWI français, de la justice…
L'affaire du listing clearstream ressemble à un leurre pour le bon peuple, tandis que l'ombre était complète sur un vrai scandale d'état, qui trahit la morale, le petit actionnaire, les salariés
et tous ceux qui croyaient au rêve européen d'airbus.
En conclusion, je me pose les mêmes questions que serge Faubert : Que pèse, à l’aune de ce scandale, la réhabilitation de la valeur travail, de l’effort, du mérite, du talent ? Comment continuer à croire en ces valeurs quand elles sont piétinées, décennies après décennies, par l’argent fou, les abus de bien sociaux, les malversations et la corruption ?
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