
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Il faut se méfier des acronymes. Sous les mêmes lettres, peuvent se cacher des sens de l’histoire bien différents. Ainsi, dans les années 80, le CAS symbolisait le Comité d’Action Solaire, rassemblement de pelleteux de nuages du public comme du privé, visionnaires avant l’heure d’une technologie propre maintenant en plein boom au niveau mondial. Aujourd’hui, le CAS est le Conseil d’Analyse Stratégique (ancien commissariat au plan) et il est plutôt killer de solaire. Du moins, si l’on lit le rapport sur les perspectives énergétiques françaises aux horizons 2020/2050, remis au 1er ministre le 10 octobre. Un document qui pourrait orienter la politique énergétique française, au moment de conclure le Grenelle.
C’est bien entendu une ode à l’énergie nucléaire, mais c’est dans l’ordre des choses, quand tous nos présidents successifs sont des vrp d’AREVA et du CEA. Et avec notre omniprésident, pas de rupture en la matière, plutôt une escalade au profit de Bouygues, mais nous dérivons ;-) …
Là, dans ce rapport, écrit par une escouade d’énarques, de hauts fonctionnaires et d’experts, on dézingue en bonne compagnie et à mots à peine couverts, l’électricité solaire. Pas tant dans le corps du rapport et son ppt de présentation – très bien fait sur la problématique énergétique et climatique actuelle et future – que dans l’annexe.
C’est bien connu, le diable est dans le « détail » ;-) Là, il est dans l’annexe du rapport du CAS. Soit je ne comprends plus le français, soit ce que j’ai lu est un tissu de mensonges qui vise clairement à discréditer le développement de l’électricité solaire en France, pour les 40 prochaines années. Ainsi, au détour de la page 22/97 de l’annexe, on apprend de source belge (mais que fait JL Bal de l’ADEME ?, ;-) que les émissions de CO2 indirectes du photovoltaïque (0,1 t de CO2/MWh) seraient supérieures aux émissions de CO2 du mix électrique français (0,07 tCO2/MWh). Ainsi, l’atomcratie française se cacherait derrière l’Université de Louvain pour attaquer fallacieusement le solaire. Car sur cette base, l’escouade du CAS en déduit page 25/97 que « dans les hypothèses de substitution des équipements solaires photovoltaïques à l’électricité produite en base ou par le « mix » énergétique, la valeur négative des ratios signifie que les émissions indirectes de CO2 engendrées par la fabrication des panneaux photovoltaïques ne sont jamais annulées par les émissions de CO2 évitées lors du fonctionnement des installations sur toute leur durée de vie.
On pourra regretter dans les tableaux page 25 et suivantes de l’annexe, qu’il n’y ait pas de tableau détaillé ou de note de calcul, sur le CO2 évité par le photovoltaïque lors de son exploitation. De toute façon, pour le CAS, l’équation est négative. Développer le photovoltaïque en France, c’est augmenter l’effet de serre et jeter l’argent des contribuables et des consommateurs d’électricité (CSPE) par la fenêtre.
Heureusement que le ridicule ne tue pas, car, là, on frôlerait l’hécatombe franchouillarde. Car il y a une faille énorme dans cette argumentation à charge contre le solaire, qu’ouvrent et remplissent les nombreux travaux scientifiques internationaux. Tous sont unanimes pour l’analyse du cycle de vie (ACV) du photovoltaïque : le temps de retour énergétique (quantité d’énergie => CO2 nécessaire à la fabrication / quantité d’énergie sans CO2 produite pendant les 25 ou 30 ans de durée de vie des modules solaires) est de 2 à 6 ans. Selon les travaux de l’école des mines de Paris (étude Armines 2003), un système photovoltaïque produit entre 4 et 7 fois plus d'énergie primaire que la quantité consommée sur le cycle de vie. Donc, il devrait économiser 4 à 7 fois plus de CO2 que sa fabrication a nécessité. Ces travaux sont corroborés par un autre rapport de l’Agence Internationale de l’Energie, groupe de travail PV-PS : « Compared assessment of selected environmental indicators of photovoltaic electricity in OECD cities » (2006) qui indique pour la France un temps de retour énergétique entre moins de 2 ans (modules en toiture à Nice) et un peu plus de 4 ans (modules en façade à Paris).
Si Fillon suit les conseils du CAS pour empêcher le développement de l’électricité en France, il va passer pour un rigolo au niveau européen, voir mondial… Fraudait peut être dire à l’omniprésident, que le CAS raconte n’importe quoi sur le solaire, et que 85 % des français sont pour son développement. Car les préconisations du CAS sont claires (rapport, partie 6, page 130/161 Conditions de mise en œuvre d’une politique énergétique), il préconise d’arrêter de soutenir le photovoltaïque en France. « Réévaluer les politiques en cours : à partir de quel coût de la tonne de carbone évitée peut-on financer une politique de soutien ? Faut-il maintenir des obligations d’achat révélant des prix de cette tonne sans aucun rapport avec les prix évoqués généralement par les experts ?(..). Quand faut-il arrêter une politique de soutien ? … »
Je propose une porte de sortie honorable à l’omniprésident, qui fera plaisir aux français et remettra le CAS de Fillon à sa place. Comme l’électricité française est la moins carbonée d’Europe, autant en profiter pour développer massivement l’industrie solaire en France. Elle aura la meilleure note d’ACV au monde, nous serons les champions pour les panneaux solaires à la plus faible charge de carbone (moins de CO2 pour la fabrication, cqfd ;-) De là être les champion des bâtiments à énergie positive, il y a un bout de chemin, que l’on ne fera pas en tuant dans l’œuf l’industrie solaire en France !
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