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"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c
'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le
contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l
'autre, l'homme est un pont."

Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

 

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Vendredi 12 octobre 2007

En plein Grenelle de l’environnement, il y en a qui osent encore avancer à contresens de l’histoire. Ainsi, une des mesures phares de la commission Attali pour libérer la croissance économique française, est-t-elle de revenir sur le principe de précaution, introduit par J. Chirac dans la constitution française, avec la « charte de l’environnement » adossée au texte suprême en 2005.

 

Le Figaro m’est tombé des mains ce matin, en lisant les pages saumon. C’est à une « quasi-unanimité », que les membres sont tombés d’accord pour demander à l’omniprésident de retirer ce principe écologique de la constitution. Aller chercher le point de croissance qui manque est à ce prix.

 

Pour libérer la croissance économique, pour que les entreprises fassent toujours plus d’affaires sans tenir compte des dommages à l’environnement, pour les sécuriser juridiquement quels que soient les dangers potentiels pour le biotope, il est urgent pour la commission Attali, de revenir sur l’article 5 de la charte de l’environnement.

 

Jugez par vous-même, que ce petit article 5 est inquiétant et dangereux pour les profits : « lorsque que la réalisation d’un dommage (…) pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par l’application du principe de précaution (..) à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ». 

Vous lisez bien, on parle de potentiel dommage grave et irréversible d’un côté, et de mesures provisoires et proportionnées de l’autre. Sagesse me direz-vous. Pas pour la commission Attali, qui veut déchirer le mince filet juridictionnel susceptible de ne pas recommencer les erreurs d’hier, considérant la protection de l’environnement comme une entrave à la croissance.

 

Ainsi, Attali nous propose de revenir au temps où l’on pouvait lâcher du PCB dans le Rhône et ailleurs, empoisonner les Antilles à coup de chlordecone dans les bananeraies, et pourrir à l’amiante tous bâtiments collectifs publics et privés… Le bon temps quoi ;-) D’autant que pour le PIB, autoriser la pollution sans risque juridique, c’est aussi créer un marché de la dépollution, on y gagne 2 fois. Un vrai accélérateur de croissance qu’ils vous disent !!!

 

Cette proposition pourrait être seulement ridicule, si elle ne cristallisait la pensée des milieux économiques et financiers français. Il serait temps de changer le logiciel de nos élites ! Pour moi, retirer ou modifier l’article 5 de la charte de l’environnement intégrée à la constitution française, irait bien au-delà de la rupture annoncée par l’omniprésident. Ce serait une déchirure d’un pacte de progrès républicain, si difficile à écrire, pour faire fasse aux dangers et enjeux de notre civilisation.

 

Question ridicule, la commission Attali ne ferait pas tâche dans cette manifestation antiécolo. Enjoy :

 

recommander par Héloïm Sinclair publié dans : Environnement
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