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"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
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Entre les rives du même et l
'autre, l'homme est un pont."

Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

 

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Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /Nov /2007 23:06

Je ne suis pas un fanatique des anniversaires, toutefois, il en est certains qui valent d’être fêtés pour leur charge symbolique. Le 9 novembre 1989, il y a 18 ans, tombait le mur de Berlin. Ce qui paraissait alors impossible arrivait enfin. Le socialisme réel s’écroulait sur son front ouest, précipitant un bouleversement des équilibres géopolitiques.

 

Les tenants de certitudes d’aujourd’hui feraient bien d’en prendre bonne note. Il n’y a pas de vérité proclamée éternelle, et si "le socialisme s'est effondré pour ne pas avoir autorisé le marché à dire la vérité économique. Le capitalisme pourrait s'effondrer faute d'avoir permis au marché de dire la vérité écologique". Je voudrais ici faire écho à un billet lu sur « ecolo du jour », Et nous, quel mur avons nous à faire tomber?

 

 

 

18 ans, qu’un mur est tombé, mais beaucoup d’autres murs restent à faire tomber. D’autant que notre époque n’oublie pas d’en construire. Il y a celui qui balafre la Palestine et Israël. Celui des discours nationalistes. Celui des préjugés. Cet autre des clivages sociaux de l’entre soi. Celui des insiders et des outsiders au banquet de la mondialisation libérale et financière, fractalisation sociale de notre société contemporaine… Le mur de notre dépendance carbonique. Des murs partout qui sont à déconstruire pour bâtir une mondialisation humaniste et soutenable.

 

 

 

Ayant un peu réorganisé le blog avec l’introduction de catégories pour classer mes billets (exercice difficile), je suis tombé sur un quelques mots où George Steiner nous invite à regarder le présent, en proie au fondamentalisme renaissant. Il y voit une injonction pour l’Europe, à élaborer et promulguer un humanisme laïque, où la dignité de l’homme serait réinventée à la source de son passé : découverte de la sagesse, savoir désintéressé, création de beauté. Ce serait pour l’Europe une occasion de faire naître une contre révolution industrielle, dans un contexte de décroissance matérielle pour notre survivance écologique. Un vieux rêve dégradé, évanoui avec l’écroulement du mur en 89 a laissé la place à un système unipolaire, qui devient une autre forme de tyrannie barbare. C’est en Europe seulement, que nous pourrions revenir à la conviction qu’une vie qui n’est pas soumise à l’examen ne vaut pas la peine d’être vécue. C’est en Europe, que nous devons à nouveau rêver.

 

Peut être que l’Europe pourra produire un nouveau paradigme, pour le moins, y voir naître les hommes qui l’inventeront. Un peuple de dé-constructeurs de murs ;-) J’espère que nous allons rencontrer bientôt le temps de l’audace et de la lucidité, pour abattre les murs du dogmatisme qui contrôlent le système, pour le reprogrammer sur la base d’un diagnostic partagé : nous allons dans le mur ! Pour muer de la régression du statu quo et des profits, vers un projet de société qui s’inscrive dans le développement durable.

 

 

 

Peut être que dans ce nouveau temps, faire de la politique sera dessiner un chemin entre désir et volonté, sur le marbre de l’intérêt général et des libertés individuelles. Le chemin doit avoir un sens, et celui que notre société emprunte actuellement n’en a plus, même s’il reste les vestiges vivants des murs. A nous de les abattre au plus vite.

 

Le temps de cathédrale est éteint en Europe. Celui des idéologies a fait long feu depuis qu’un des adversaires s’est écroulé avec son mur, tandis que l’autre se délite dans la virtualisation de la finance. La désagrégation des « cathédrales », combinée à la fin des idéologies, pose un problème crucial à la politique, auquel il est urgent de répondre. Quel chemin pour aller vers où ? Notre société de la connaissance a pourtant le potentiel de créer des représentations d’un idéal accessible qui lui donne sens. Ce ne sont pas les défis qui manquent dans un agenda humaniste, il y a tant de murs à déconstruire pour imaginer un monde possible.

 

 

Par Héloïm Sinclair - Publié dans : heloim.sinclair
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