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CI-couv-68.gifBonne idée de Courrier International, qui pour son double numéro de fin d’année, a commit un dossier sur « que reste-t-il de 68 ? ». La presse internationale s’échauffe pour le 40ème anniversaire à venir, elle essaye de tirer un bilan à l’heure où les soixante-huitards vont prendre massivement le chemin de la retraite. 40 ans de mutation post-hippie, 40 ans que la « révolution » des sixties n’en fini pas d’avorter…

1er constat, n’en déplaise aux nostalgiques du quartier Saint Germain comme à leurs contempteurs, le printemps 68 a été bouillonnant sur toute la planète. Avant la globalisation avancée de la mondialisation libérale, peut être à son origine, une génération s’est levée pour dire NON !

Avec une contre-culture qui demandait paix, justice, amour, nature, liberté… en pleine guerre froide (chaude au Vietnam), le printemps 68 donnait des fruits sucrés aux grands enfants du monde occidental. Qu’est-ce qui fait, qu’à peu près à la même période, à San Francisco, Berlin, Rome, Paris, Chicago, Londres, Prague, et même Tokyo et Beyrouth, une génération a voulu soulever la chape de plomb issue du passé ? A la fin des années soixante, pourquoi la contestation a-t-elle mondialement émergé, pour prétendre remettre en cause l’ordre établi ? Qu’est-ce qui a provoqué cette onde mondiale d’émancipation ?

Bien entendu, les pseudos révolutionnaires de l’ouest n’ont pas tardé à se couper barbe et cheveux, pour entrer dans les firmes et développer le business. Ceux de Prague et Varsovie ont continué leur travail de sape en sourdine jusqu’à 1989/91, avant de rejoindre les mêmes firmes que leurs cousins occidentaux. Le hippie est devenu yuppie, avec la même culture du laisser faire, cette liberté de chacun de faire ce qu’il veut (et surtout des profits après la mutation Hi-Yu). La contre-culture a presque totalement submergé la culture élitiste, donnant naissance à une industrie de l’entertainment qui nivèle tout par le bas pour prospérer. La sociale démocratie tente de faire croire que la lutte des classes a disparu, tandis que de faux privilégiés sont désignés à la vindicte populaire pour mieux mettre dans l’obscurité les vrais privilégiés qui vivent de la misère du monde. L’important est devenu la croissance mondiale du PIB, et toute notre civilisation est en ordre de marche pour atteindre ce seul objectif. Croissance économique, compétitivité et ajustements structurels sont devenus les points cardinaux des politiques…

Si ce numéro de CI revient en détail sur cet héritage de 68, ce qui m’intéresse, c’est d’aller à la source de ce lègue. Car si nous sommes les ayants droit de valeurs qu’ont trahies les soixante-huitards. Force est de constater que ces valeurs sont aujourd’hui d’une cruciale acuité. Paix, justice, amour, nature, liberté… pour résister au statu quo de la tyrannie du pouvoir des marchés et des politiques, ouvrir sa conscience et imaginer d’autres possibles pour vivre ensemble, dans le respect de chacun, de la planète et de ses occupants… est un rêve hippie bigrement contemporain. Un rêve nécessaire pour tenir tel un néo-sisyphe.

2 π R se rencontrent, d’où vient l’étincelle ? D’où pourrait venir que la génération 2008 dise NON ! Pas seulement sur les campus français contre la loi Pécresse, mais comme une traînée de poudre erasmus, dans les universités et centres urbains d’Europe, des USA, d’Amérique Latine, d’Asie et d’Orient. Ces enfants gâtés des soixante-huitards, arriveront-ils à se détacher du confort à crédit et du pouvoir d’achat, pour poser des questions plus fondamentales ? La nécessaire révolution écologique, sera-t-elle une mèche assez longue et robuste pour allumer le feu planétaire d’une remise en cause d’un modèle économique inadapté et dangereux ? La peur de l’autre cèdera-t-elle à ce qui nous relie dans notre humanité, pour réclamer la fin des guerres absurdes, pour dénoncer le choc  artificiel des civilisations ? La spoliation des 100 000 super-riches vis-à-vis des 6 milliards d’humains restants, sera-t-elle très longtemps tolérée ? Les médias que possèdent les marchands de canons et de produits financiers, arriveront-ils à assujettir encore longtemps les peuples de nos continents ? Peut-on à partir d’une culture de l’individualisme consumériste, se rebeller au nom de valeurs que l’industrie de l’entertainment essaye de nous faire oublier ? Quelles sont les lignes de force, d’émulation, pour qu’une génération se lève et dise NON ?

 

Tag(s) : #heloim.sinclair

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