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Amazon ne tuera pas les libraires indépendants

Amazon a perdu le procès que lui avait intenté le syndicat des libraires de France (SLF). Le port de ses livres ne pourra plus être gratuit, le commerce électronique du livre est soumis à l’esprit et à la lettre de la loi du prix unique. Ça date de la semaine dernière, mais je n’avais pas remarqué l’information qu’Amazon ne pouvait plus offrir en ristourne la livraison gracieuse. Cette décision de justice a suscité un peu d’indignation libérale ici et , même que le site Amazon essaye de mobiliser ses clients en se faisant passer pour une victime de l’économie administrée. M. Attali n’a pas du être content ;-) J’ai lu avec plaisir une tribune d’Antoine Gallimard, comme éditeur et acteur en amont de la chaîne du livre, défendant les libraires. Je partage son avis, la justice a été juste. Il ne s’agit pas d’une position réactionnaire, pour défendre l’artisan libraire contre le Goliath de la distribution électronique, un refus d’adaptation à la modernité libérale. Libraire n’est tout simplement pas un commerce comme les autres. On ne peut laisser ce secteur d’activité dédié aux humanités, aux mains libres du marché libre.  

Quelques rappels sur l’équation économique et réglementaire de la chaîne du livre. La marge d'un libraire sur un livre varie entre 30 et 40% du prix de vente. La loi Lang impose que le prix d’un livre soit décidé par l'éditeur. Aucun libraire - grand comme petit, boutiquier ayant pignon sur rue comme magasin virtuel sur internet - n'a le droit de vendre ce livre moins cher que ce prix (à 5 % près). Cette loi protège ainsi les libraires indépendants, en empêchant les gros distributeurs (Virgin, Fnac, Amazon, …) de vendre à prix cassés. Pour condamner Amazon, la justice a considéré que le fait de livrer gratuitement contournait la loi Lang. En effet, la livraison n’est bien entendu pas gratuite, elle a un coût qu’Amazon absorbait en finançant ce service sur la vente de livres (et donc en les vendant moins chers qu’au prix unique).  Laisser se développer le port gratuit, c’était favoriser des commerçants qui vendent à ceux qui commandent des livres sans bouger de chez eux pour pas un rond de plus, et à terme, c’était la mort de la librairie indépendante.

Je ne sais pas quel est votre rapport aux livres et aux libraires. Pour ma part, j’entretiens un commerce émotionnel, un lien d’humanité qui m’est essentiel. J’ai une cartographie de bonnes adresses, où l’on peut boire le thé en cheminant entre les tables et rayons chargés de papiers encrés, échanger sur ce qui vient de sortir et découvrir une perle sur un conseil éclairé, … Et je ne veux pas que ces adresses disparaissent, sous peine que notre urbanité dérive un peu plus vers la barbarie. J’encourage bien entendu, à ne pas signer la pétition d’Amazon, qui a fait appel de sa condamnation.

 

Semaine de l’énergie soutenable en Europe

EUSEW.jpgLa Commission a donné le coup d’envoi de la semaine de l’énergie soutenable en Europe, le 28 janvier à Bruxelles. Des conférences, expositions et réunions publiques, pour donner du corps au projet de Directive 20 % EnR 2020. A l’espace Charlemagne, bâtiment à côté de celui de la Commission, se sont trois étages occupés de stands et de lobbyistes. « L’Europe » reçoit des participants de tous les états membres. Pro (nombreux), observateurs, contres, les intérêts ne sont pas identiques mais tous commentent le projet de Directive du 23 janvier. Le continent est en train de jouer son avenir énergétique, l’industrie et les décideurs politiques sont attentifs à cette décision qui engage un changement d’échelle.

Comme français, on est un peu pris à partie. Alors que le jacobinisme est à la mode à la cour de Paris, nos amis européens doutent. Quel sera la position de la France lors de sa présidence de l’Union ? Va-t-on ou non, faire aboutir cette directive pendant notre mandat ? Au-delà du positionnement ultra-pro-atomique, la France a-t-elle une ambition à la hauteur du texte ? Quelle initiative consensuelle sur l’énergie et l’environnement est-on prêt à assumer ? Va-t-on défendre bec et ongles l’énergie atomique au nom du bilan carbone, pour passer par perte et profit les énergies renouvelables ? Si l’atome fait débat et divise les états membres, il relève des politiques nationales. La France permettra-t-elle qu’une politique européenne qui rassemble, pour une énergie propre et sans carbone, pacifique et décentralisée, soit décidée d’ici la fin de l’année ?

De retour de Bruxelles, je lisais un article du Monde daté du 31 janvier, sur Le changement climatique, une chance pour M. Barroso. José Manuel Barroso, président de la Commission Européenne, a qualifié « d'historique » le plan d'action contre le réchauffement climatique adopté il y a une semaine (Directive). Le terme « historique » a sans doute été utilisé à bon escient. Dans la brève histoire de l'Union européenne, cet événement restera sans doute comme un moment important, comparable à certains épisodes mémorables de l'époque Delors, tels que la mise en place du grand marché ou la création de la monnaie unique, qui ont représenté des étapes décisives sur la voie de l'intégration. Mon avis que ce n’est pas tant une chance pour Barroso devenue « vert » opportunément, que pour l’Europe tout entière.

C'est bon de mettre ses pas dans le sens de l'histoire ;-)

Tag(s) : #chronique de la semaine

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