
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
JC Gaudin n’est pas encore le « magicien » des médias qu’est notre omniprésident, mais il utilise les mêmes ficelles, celles de l’amitié avec les patrons de presse et les renvois d’ascenseur. Un article du Canard Enchainé du 30 janvier nous apprend que Gaudin joue déjà à la belote avec Hersant.
Petit retour en arrière pour comprendre pourquoi JCG est si à l’aise avec la PQR locale. « La Provence », notre petite pravda locale du fait divers et des humeurs de
l’OM, était la propriété de Lagardère (le « frère » de l’omniprésident) jusqu’il y a peu, comme « Nice Matin » et « Corse Matin ». Pour convaincre Lagardère de ne
pas vendre ces fleurons de l’information locale à « l’estranger », JC Gaudin le marseillais et Estrosi le niçois ont fait du lobbying pour que le groupe de Philippe Hersant remporte ces
titres de PQR sudiste, au nez et à la barbe des anglais. Et donc, M. Hersant sait gré à JC Gaudin de son aimable trafic d’influence. Ce que le Canard résume
ainsi : le groupe Hersant vient d’embaucher un lieutenant de Gaudin, Bruno Genzana, pour développer des partenariats avec les collectivités locales. L’ex monsieur communication de JCG, Guy
Philip, est placé à la tête du Groupe Hersant Média Sud qui chapote l’information locale de Marseille à Nice en passant par Ajaccio, et le banquier de l’équipe municipale sortante (Charles
Milhaud, pdg de la Caisse d’Epargne Paca et sur la liste de Gaudin) est dans le tour de table de GHM Sud.
Si avec ça « La Provence » taclait JC Gaudin, ce serait à ne rien y comprendre. Je comprends mieux, pourquoi le journal a refusé du publier une publicité de Marianne pour son récent numéro 561 et son dossier « Pourquoi Marseille mérite mieux que Gaudin ». Cela aurait irrité l’hôte de la mairie du vieux port, et chambouler la tête de marseillais avec des lectures parisiennes ;-) La publicité aura tout simplement été trappée. La Provence est une pieuse lecture, que les marseillais se le disent…
Partant du constat qu’à Marseille et alentours, La Provence a quasiment le monopole sur le marché de la presse quotidienne régionale (La Marseillaise, journal d’obédience communiste étant loin derrière), on peut s’inquiéter de la couverture éditoriale des prochaines municipales. Si les journalistes de PQR sont rarement des foudres de guerre pour l’information critique et mettre en perspective les décisions politiques locales, l’autocensure devrait aller bon train avec Philippe Hersant comme patron. Quelle influence aura La Provence dans ces municipales ?
Au-delà des ces échéances printanières, l’enjeu de l’information locale semble crucial alors que les grandes manœuvres pour privatiser - au moins partiellement - France 3 s’exercent en coulisse. L’objectif est la convergence des supports (PQR, télé locale et internet) pour donner des relais de croissance aux grands groupes de médias (Lagardère, Bolloré, Hersant, Bouygues et consorts …). Egalement, convergence d’intérêts des hommes politiques en copinage avec les patrons de ces faiseurs d’opinion, qui y voient matière à contrôle. La question de la concentration des médias et de leurs relations au monde politique, ne se pose pas qu’au niveau national. La dynamique omniprésidentielle enclenche un cycle de décentralisation de ce problème au niveau régional et local. Un problème parfaitement illustré par le cas Gaudin / Hersant à Marseille !
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