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Je ne suis pas politologue, mais je voudrais par ce billet, mettre en perspective trois faits politiques. Les rapprocher pour essayer de saisir ce qui arrive à notre démocratie, pour interroger le présent et savoir si elle ne s’abime pas.

 

1er fait en trois mots : Désacralisation de la fonction présidentielle. Le gouffre qui s’est établi entre l’espoir suscité en mai, et la quotte de confiance plombée d’aujourd’hui, n’a sans doute pas qu’à voir avec la pipolisation de l’omniprésident. Le 8 janvier marque un tournant dans l’état de grâce sarkozien. La 1ère rupture de 2008, ce fameux « s’agissant d’ailleurs du pouvoir d’achat, qu’est-ce que vous attendez de moi, que je vide des caisses qui sont déjà vides, ou que je donne des ordres à des entreprises à qui je n’ai pas à donner d’ordres ? » était une rupture de confiance entre le président et le peuple français, un volte face avec la parole donnée clamée. Ces mots ont sonné comme un aveu d’échec qui liquidaient l’espoir des plus modestes, ceux qui avait cru en la parole présidentielle. Après le « ensemble, tout devient possible » placarder sur les murs du pays et matraquer dans les médias partisans, ce « je ne peux … » résonnait comme rien n’est plus possible. Le héros porté par les urnes, celui qui devait repousser les contraintes ployait finalement dessous. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient me direz-vous. Soit, mais depuis l’escroquerie de la réduction de la fracture sociale en 95, suivi du hold-up d’un Le Pen au 2ème tour en 2002, la politique française avait semblé retrouver sens et ferveur en 2007. Cette nouvelle rupture de confiance ne sera sans doute pas sans effet sur la démocratie, après un taux d’abstention historiquement bas pour cette présidentielle. Le divorce entre l’oligarchie gouvernementale - de droite comme de gauche, administrative et politique - et le peuple, n’a pas fini d’être consommé.  Faudra que les spin doctors soient vraiment très très forts, pour que ceux qui étaient revenus des extrêmes n’y repartent pas, pour que les français « modérés » croient encore dans la parole du politique… Le timide renouveau démocratique du printemps 2007 se retrouve déjà frustré et trompé.

 

2ème fait, l’Europe en catimini pour un transfert de compétence supranational. Que la France relance sans référendum la construction européenne, dans un quasi silence médiatique (où est passée la fougue éditoriale de 2005 ?) et presque dans le dos des français, ne fera pas plus aimer et comprendre l’Europe aux français. Surtout qu’elle demeure le bouc émissaire pratique (BCE, quotas pour la pêche, rigueur budgétaire, immigration,…) pour tout politique un soupçon nationalo-populiste, dont notre omniprésident. Ce manque de cohérence politique au plus haut niveau du pays n’est pas bon. Relance et critique dans un même élan brouille la compréhension positive de l’UE. Avec le sentiment de viol ressenti par les souverainistes de tous poils, parce que l’on transfèrerait d’avantage de compétences vers le niveau transnational, parce que notre droit ne sera quasiment plus que subsidiaire d’application des textes de Bruxelles, … la pilule de la ratification du traité de Lisbonne risque de laisser un goût amer à pas mal de français. Si pour ma part, je suis gré à Sarkozy d’avoir relancé la construction européenne par voix parlementaire, il est probable que beaucoup de français ne l’entendent pas de cette oreille. L’impression d’un manque démocratique risque d’être cruelle, en l’absence de pédagogie, d’explication, d’intérêt ? pour la chose européenne...

 

3ème fait, le transfert de compétences vers le niveau supra-communal. Que la France développe l’intercommunalité est sans nul doute une bonne chose. On ne peut gérer efficacement certains enjeux, qu’en dépassant l’échelon des 36 351 communes. Toutefois, l’intercommunalité se fait et fonctionne de façon obscure et sans transparence, en l’absence de toute démocratie directe. Alors que l’on va voter en mars pour élire nos maires, il faut savoir que beaucoup - et de plus en plus - de sujets essentiels (ordures, logement, urbanisme, dvt économique, eau, énergie, …) ne s(er)ont plus gérés au niveau de la commune/ville, mais de la communauté d’agglomération. Bref, on croie innocemment élire quelqu’un pour agir et rendre compte, et l’on ne fait qu’envoyer un représentant parmi d’autres représentants qui s’arrangeront entre eux. Les élections municipales ne sont-elles pas un jeu de dupes, si l’on n’aborde pas un projet d’agglomération (objectifs ET gouvernance) en même temps qu’un projet municipal ? Et vous en avez entendu beaucoup, vous, des candidats qui parlent d’autre chose que de leur ville ? Sont-ils nombreux, ceux qui avouent ne rien pouvoir faire seuls, mais qui ont une stratégie cohérente pour le niveau supra-communal ? Jusqu’à quand le maire restera-t-il l’élu le plus crédible aux yeux des français, si ses compétences s’évaporent sans que le citoyen puisse lui donner un vrai mandat et exercer son devoir de contrôle ? Pourrait-on imaginer un système de démocratie directe (même partiel), pour élire des conseillers d’agglomération ?

 

Ces trois faits mis en perspective dressent peut être un sombre tableau pour réconcilier les français avec la démocratie. Aux trois niveaux de l’intervention politique (supranational / national / local), la dynamique des forces en puissance éloigne le citoyen de la gestion du vivre ensemble. Y aura-t-il une inversion de tendance à l’un ou l’autre de ces niveaux, pour que la démocratie ne s’abime pas trop ?

Tag(s) : #Politique

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