
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
A Latran, Nicolas Sarkozy, président d’une République laïque héritière des Lumières et récipiendaire d’un humanisme universaliste a dit : « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».
Maintenant, entendez Rachida Dati et Xavier Bertrand soutenir que ça n’a jamais été dit face à Bayrou ! Dati et Bertrand, petits soldats du sarkozisme et du déni de réalité, fracassent ici les canons de probité politique, pour défendre l’indéfendable. Heureusement que Bayrou est entré en résistance, ça fait du bien d’entendre une opposition politique (qui plus est de quelqu’un qui s’avoue catholique pratiquant) qui siffle la fin de la partie sur la remise en cause de la laïcité française. Que font les députés Ump progressistes et rationnels ? Comment se positionnent les élus de la majorité qui sont athées, agnostiques, ou encore franc-maçon ? Et même encore les parlementaires croyants qui seraient d’avis qu’une loi qui a plus de cent ans et qui concoure à la concorde nationale, ne doit pas être remise en cause, que font-ils ceux là ? Vont-ils donner dans le béni oui-oui de Dati et Bertrand, ou ramener le chef de la République à la raison ?
Ce que je lis sur Médiapart, après l’interview d’Emmanuelle Mignon à VSD, m’inquiète au plus haut point. Celle qui est Directrice
du cabinet du président de la République – ce qui n’est pas rien dans la Sarkosie triomphante - n’a pas seulement mis le feu au débat public sur les sectes, elle
annonce une remise en cause de la laïcité pour ne plus « dissimuler les vrais sujets». C’est pour ça que ce billet inaugure une nouvelle rubrique du
blog, « la laïcité qui démange », car l’assaut risque de durer encore quatre ans et trois mois.
La France est un des rares pays en Europe et dans le monde à avoir inscrit la laïcité dans son corpus législatif. Elle devrait se battre pour développer, promouvoir, la laïcité comme source de
paix, de stabilité et de possible prospérité.
Je me battrais pour que la laïcité française ne soit pas remise en cause pas le locataire
temporaire de l’Elysée. Son mandat ne va pas jusqu’à ramener du spirituel dans les affaires du temporel, c’est même complètement prohibé !!! Sarkozy a une nouvelle fois créé un problème là où il
n’y en avait pas. En ce 21ème siècle, jusqu’à l’arrivé de l’omniprésident, aucuns laïques français n’auraient pensé aller remanger du cureton et du calotin, à partir en lutte
pour défendre la liberté de croyance et d’incroyance. C’était une affaire réglée et satisfaisante pour tous. Contrairement à ce que croie l’omniprésident, la laïcité ne coupe la France d’aucune
racine, elle permet au contraire que toutes s’y ramifient. La laïcité n’ignore aucuns héritages, bien au contraire, elle laisse chacun libre de les
explorer tous, même ceux féconds des Lumières et des humanistes français du 19 et du 20ème siècle...
Pour conclure ce billet, je reprends en forme d’interrogation, un commentaire posté par jpef sur l’article de Médiapart concernant la remise en cause de la loi de 1905. Celle-ci ne ferait-elle pas partie prenante d'un processus plus large de reféodalisation de notre société ? Avec :
En d'autres termes, il s'agit de confier le désarroi du peuple à Dieu et les affaires temporelles au monarque.
Je vous laisse à votre réflexion, mais ma nouvelle rubrique « la laïcité qui démange », risque malheureusement d’être nourrie…
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