
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Retour en France et bain d’actualité. Ça fait du bien de décrocher, d’aller voir ailleurs en Europe, en Allemagne où l’on cultive le consensus constructif avec humilité politique… Revenir dans le marigot français, parmi les déclinologues et les libér’optimistes.
En ce moment, la gauche et la droite se déchirent sur le CPE, contrat de première embauche. Qu’est-ce que j’en pense : on a la gauche la plus bête du monde !
Franchement, pourquoi ne pas tenter un peu de flexibilité ? Vaut il mieux enchaîner stages et CDD que de relever un défi d’opportunité professionnelle ? Qu’est-ce qui est le plus précaire dans la vraie vie des gens, dégager de la rhétorique dogmatique ? Accepter de prendre un risque limité en entrant pour une mission et un projet, et peut-être faire sa place dans l’entreprise. Ou vivre à la petite semaine, en attendant qu’une entreprise ait plus besoin que peur, pour proposer un poste en CDI façon papa. Le vrai combat politique, constructif j’entends, c’est de se battre à l’assemblée pour protéger le salarié et lui assurer ses droits (formation, chômage, protection sociale, …).
La gauche en son temps, n’avait elle pas elle aussi innové sur le plan de droit du travail avec les emplois jeunes (une excellente idée par ailleurs), parfois au prix de la précarité ? Cette mesure que l’UMP a dégommée par idéologie, avait créé un CDD de 5 ans pour le secteur associatif et les collectivités. L’idée : donner le temps au temps de pérenniser les postes au travers de leur utilité sociale et économique. Je ne crois pas que l’on ait vu à l’époque beaucoup de députés vent debout, unis contre la précarité que pourtant ce contrat instituait.
Avec un gouvernement de droite, c’est le même genre de pari mais pour le secteur privé et sur une période de 2 ans. Accessoirement, le CPE coûtera moins cher que les emplois jeunes, mais c’est un autre débat. Sur le fond, c’est de l’innovation sociale pour faire bouger la ligne du taux de chômage des jeunes. L’objectif, abaisser le risque de l’employeur pour qu’il engage, introduire de la « flexibilité gérée » plutôt que de laisser perdurer de la « flexibilité subie ».
En tant qu’employeur, à ma petite échelle de PME qui est passée par le stade de la TPE, j’utilise déjà le Contrat Nouvelle Embauche. Alors, le CPE pourquoi pas. Une baisse de charges au début pour initier de nouveaux projets, et en confiance construire une trajectoire professionnelle pour un jeune dans le développement de l’entreprise.
Et puis, tout ça c’est du débat pour rien, car dans la vie des jeunes, il s’en passe des choses. Le collaborateur(trice) recruté(e) aura le temps de démissionner ou d’évoluer dans ses fonctions, au gré des opportunités que va offrir « l’effet papy-boom ».
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