
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Le baril de "light sweet crude" a crevé le plafond des 108 dollars à NewYork ce lundi, tandis que le baril de Brent a franchi la barre des 104 $ à Londres. Mars 2008, nouvelle flambée de l’or noir, alors que la semaine dernière avait déjà enregistrée un pic de 106,54 $ à New York, et de 103,98 $ à Londres. Un article des Echos fait le point sur les principales raisons de cette envolée. Stocks US relativement bas, production de l’OPEP non augmentée, tension politique en Amérique du sud, … dont les effets additionnels sont décuplés par la spéculation et la dégringolade du billet vert.

Jusqu’à présent, l’économie mondiale avait été relativement robuste vis-à-vis de l’augmentation du prix de l’énergie. De 15 à 100 $ le baril en quelques années, elle a montré une
exceptionnelle réelle capacité de résilience. Sauf qu’au tournant de 2007, l’inflation a surgit sur la scène internationale et la récession frappe à la porte des USA. Ceux-ci sont
embourbés dans une économie de guerre au budget militaire abyssal et un consumérisme d’importation effréné, tous deux financés à crédit. Après la crise des sub-primes, on attend
la prochaine carte branlante qui tombera du château financier américain. L’augmentation durable du prix de l’énergie fossile, devrait précipiter la chute de cartes, tout en confortant les fonds
souverains des rentiers de la ressource (pétrole, gaz, uranium).
On a changé de paradigme politique. Je ne sais pas si le logiciel de nos décideurs a été mis à jour, mais les prévisions institutionnelles passées d’un pétrole à 50 $ en 2015 sont battues en
brèches. Les prévisions et prospectives macroéconomiques dressées à l’heure d’une énergie à 15 ou 20 $ le baril (années 90), sont obsolètes quand tous les jours le cours du pétrole crève de
nouveau plafonds. Pour les écologistes, c’est une satisfaction que cette tendance haussière s’accélère. Il ne fallait pas trop compter sur la bonne conscience et l’altruisme des décideurs
politiques, pour lutter concrètement contre l’effet de serre. Le coût du CO2 résultant avant tout d’un pétrole (et d’un gaz) cher, accélèrera les conversions à l’efficacité énergétique et aux
énergies renouvelables…
Je me demande, si compte tenu du coût de la guerre d’Irak, 3 trillions de dolllars – 3 mille milliards - d’après les estimations révélées par le New York Times, dans quelle mesure
l’administration Bush avait-elle anticipé la valeur de l’or noir pour provoquer la 1ère guerre de l’énergie du 21ème siècle ? L’estimation du coût de cette guerre n’est
pas un rêve fou de journaliste propagandiste, mais le fruit d’une étude de Joseph Stiglitz, Prix Nobel
d’économie, et de l’économiste Linda Bilmes. Etude confirmée par Robert Hormats, vice président de Goldman Sachs International. Bob Herbert du NYTimes en fait des cauchemars,
c’est 50 à 60 fois plus que les estimations avancées par l’administration Bush. « The Three Trillion Dollar War, it’s a new era...», une nouvelle ère en effet, un Himalaya de fric
que personne n’arrive à matérialiser sur une échelle humaine de la valeur de l’argent. N’allez pas me dire que les Bush et consorts se sont laissés emporter par l’addition. On ne dépense pas
autant d’argent, pour des armes de destructions massives fictives qui ont servi d’alibi…
En attendant le grand cirque des présidentielles américaines de novembre, que l’on se distraie de Caucus en primaires Démocrates, le monde change sous nos yeux. Bien plus fort que le duel
Clinton/Obama, que la vaguelette rose des municipales françaises, les ajustements économiques et géopolitiques vont être majeurs. Il n’y a aucun mode d’emploi (et de compréhension) d’un pétrole
qui crève tous les jours des plafonds. Nous sommes entrés en terra incognita du coût de l’énergie. Une époque où les vieux paradigmes économiques sont à laisser au vestiaire.
Bien malin qui pourrait prédire l’avenir, quand les références du passé sont périmées.
Commentaires