
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Billet sur une semaine sans revenir sur l’allocution présidentielle, un autre a déjà ponctué sa piètre prestation. Toutefois, j’invite à lire ça et ça, ou encore ça, pour se faire une opinion…
L’Espagne féministe, pour braver les épreuves économiques
L’Espagne, si proche, de plus en plus proche à mesure que le temps des vacances arrive, est un pays habitué au changement. Depuis la fin de Franco et l’intégration européenne, le pays a beaucoup changé, s’est renouvelé, a épuisé la movida sans renoncer à s’inventer de nouveaux modèles socioculturels. Zapatero a été reconduit à la tête de ce pays monarchique et républicain, pour cultiver la laïcité et continuer de le moderniser. Ainsi, son nouveau gouvernement compte plus de femmes que d’hommes, quelque chose qui reste inenvisageable en France et qui rapproche l’Espagne des pays du Nord de l’Europe. C’est tout un symbole pour une société espagnole qui essaye de conjuguer une égalité réelle au présent, sans l’avoir gravé sur tous ses frontons. La France des quotas et des amendes ferait bien de s’inspirer du courage politique d’outre Pyrénées sur le paritarisme, de cette place nouvelle et rafraîchissante des femmes en politique. La société réelle est faite d’hommes et de femmes, c’est une anomalie de l’histoire qu’elles soient si peu aux responsabilités politiques (et économiques) en France. Se regarder dans le miroir hispanique devrait nous faire grandir en civilisation, eux qui ont la chance de ne pas avoir un président toqué de politique de civilisation, incarnent leur par de modèle.
L’Espagne est un pays ancestral et neuf, dont la croissance économique récente était assise sur l’immobilier
et le tourisme. Elle en a profité pour régulariser massivement des immigrés, et revenir à l’équilibre l’excédent des comptes publics. Maintenant que le crack immobilier américain a gagné
l’Angleterre et l’Espagne, son économie va atterrir non sans dommages. Moins de constructions, moins de cessions, plus de chômeurs (+1% en un
trimestre), moins de pouvoir d’achat pour des ménages étranglés par leur prêt immobilier à taux variable,… Néanmoins, le gouvernement espagnol semble confiant dans le rebond économique pour
2009. L’excédent budgétaire public espagnol est mis à contribution pour soutenir la consommation, alors que la France vit à crédit pour n’entretenir que des rentes de
situation. Une Espagne à gauche, avec un roi relativement écolo, c’est un attelage quasi iconoclaste qui évite le bling-bling, pour conduire le pays. Serons-nous puiser dans sa
modernité pour braver les épreuves, en confraternité européenne ?
Le pétrole à 120 $, nous avançons en terra incognita
Il y a 4 mois, un trader entrait dans l’histoire, avec le 1er ordre pour un baril de pétrole à plus de 100 $. A 120 $ cette semaine, + 20 % en un tiers d’année, à combien va-t-on finir 2008, quel sera celui de le prix du pétrole en 2010 ? Qui peut aujourd’hui imaginer le coût de l’énergie d’ici 5 à 10 ans ? La prospective est l’art de se tromper. Et nos élites ont été particulièrement brillantes dans cet art, en matière de politique énergétique depuis 30 ans. Elles ont été brillamment incapables d’intégrer la finitude des ressources fossiles et fissiles, incapables de penser un système où la sève devient rare et chère. On a sacrifié pendant trois décennies sur l’autel de la rentabilité (temps de retour sur investissement) et de la croissance dopée à l’énergie bon marché, les énergies alternatives et l’efficacité énergétique. Le temps de l’or noir qui coulait à flot presque gratuitement est derrière nous, et ne reviendra pas.
Aujourd’hui, c’est le temps où les fous des énergies vertes sont devenus les prophètes d’une sobriété indispensable. A plus de 100 $ le baril, sans pouvoir imaginer les prochaines échéances des prochains paliers (130, 150, 175, 200 $ le baril et plus …), c’est notre modèle de développement qui est mis en cause. Au bon moment, alors que nous devons lutter contre le changement climatique. Nous ne pouvons imaginer ni les échéances, ni les plafonds (500, 1000 $ ?). Ces prophètes non pas fini de faire des émules … Un enfant qui nait aujourd’hui, n’imaginera pas acheter une maison qui ne produit pas plus d’énergie qu’elle n’en consomme, alors que le parc immobilier moyen en consomme aujourd’hui 500 kWh/an/m². 2020, c’est demain, c’est l’échéance des bâtiments à énergie positive comme standard. C’est une révolution en marche encore silencieuse, que je me plais à fomenter ;-).
Je vous ai déjà dit que l’Espagne voulait être une championne des énergies vertes ?
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