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Plus d’Europe, vivre le rêve des pères fondateurs

Semaine à vivre comme un européen actif. Düsseldorf, Paris, Bruxelles, Séville, il est loin le temps où je reviendrai me recharger au soleil phocéen. En attendant, ces séquences consacrées à la construction communautaire vont me ressourcer au contact du rêve tangible des pères fondateurs de l’Europe, que l’on a fêté ce 9 mai. 51 ans que ce rêve grandit ;-) … Voyages qui vont m’éloigner de la dépression sarkoziste qui s’est abattue sur la France en ce temps d’anniversaire amer. Regarder l’horizon du monde au-delà de l’hexagone, voir le pays d’ailleurs, écouter mes confrères et amis européens pour savoir ce qu’ils attendent de notre présidence de l’Union… Ils n’en attendent pas/plus grand-chose, eux aussi dubitatifs et circonspects face au manque de clairvoyance et de stature de notre omniprésident.
Les préoccupations sont plus globales que le commentaire du show sarkosiste, qu’ils peinent à déchiffrer. Elles portent sur la résilience de l’économie européenne, sur le marché de l’immobilier espagnol et anglais qui pourraient s’effondrer d’un jour à l’autre alors que la dégringolade à commencer, sur la parité €/$ qui va obliger les européens à produire en zone dollar pour conquérir le marché américain, sur l’Italie frappée d’immobilisme malgré/à cause des alternances qui se succèdent sans renouveler la classe politique… Que veut dire un rebond économique hypothétique, alors que les crises s’ajoutent les unes aux autres. Crise monétaire, énergétique, alimentaire, du capitalisme financier, des écosystèmes menacés et du changement climatique, y aura-t-il un collapse global ? Que peut faire l’Europe, qu’elle politique doit-elle mener alors que les cartes de la géopolitique mondiale sont en passe d’être redistribuées ? Le changement institutionnel de l’Union (traité de Lisbonne) sera-t-il capable de faire émerger une nouvelle génération politique qui laisse au placard les habits de l’égoïsme national ?


Le monde post-américain

Dans le Newsweek daté du 1é mai, je retiens un article de Fareed Zakaria, qui fait une synthèse en quelques feuillets de son dernier livre « The post-American world ». M. Zakaria est de la même trempe qu’Emmanuel Todd, un lucide qui ne se laisse pas submerger par l’émotion de l’air du temps. Sa pensée s’appuie sur les fondamentaux de l’analyse statistique, pour prendre le recul nécessaire qui permet d’embrasser la réalité. La raison plus que le fantasme et les manipulations, chez Zakaria. Ce dernier, en quatre pages et quatre parties, développe l’idée de la fin de la domination américaine sur le monde. « The end of pax americana », fin du magistère américain exclusif dans les domaines industriel, financier, social, culturel est patente. Il n’y a guère que la suprématie militaire qui ne soit contestée par un challenger, mais à quel prix ? Quoi que cette avance technologique guerrière touche ses limites sur le terrain (Afghanistan et Irak).

Le parallèle entre Zakaria et Todd est flagrant sur l’optimiste constat du monde, qui n’a jamais été aussi pacifique et prospère. Si l’information mondialisée H24 de l’émotion peut induire un effet anxiogène, (conflits armés, attentats, catastrophes naturelles, …), la réalité statistique est que l’on meurt moins de violences et de maladies, en vivant mieux et plus longtemps. La pauvreté a reculé partout, l’alphabétisation a elle aussi progressée partout. C’est donc un monde meilleur que nous avons pour vivre, tandis que le formatage au spectacle morose fait la richesse de l’industrie pharmaceutique et sécuritaire. Plutôt que le déclin de l’empire américain, il faut y voir l’émergence du reste du monde. C’est une nouvelle ère qui a commencé, la 3ème de la période moderne. Du 15ème à la fin du 19ème siècle, c’est le vieux monde, l’Europe émiettée d’alors, qui dominait une mondialisation naissante. Le leadership a ensuite traversé l’atlantique au 2ème siècle, jusqu’à devenir incontesté avec la chute du communisme. La nouvelle ère qui s’est ouverte au tournant du 21ème, c’est le rééquilibrage planétaire, une multi polarisation de la puissance économique, sociale, culturelle et politique. Le réveil de la Chine, du Brésil, de l’Inde, ces géants longtemps endormis, est une formidable opportunité pour qui sait se départir de l’occidentalo-centrisme.


L’Italie, à droite droite, jusqu’au nationalisme ?

Pour me « consoler » du triste spectacle de la gouvernance sarkosiste, je me dits que j’aurai pu être italien, et ce serait pire ... Que le Cavalière ait repris la tête du gouvernement italien est une chose. Mais que la Ligue du Nord, parti politique xénophobe et europhobe conduit par Umberto Bossi (8,3 % aux dernières élections) remporte quatre ministères (dont l’Intérieur), c’est quasiment le FN place Beauveau. Gianni Alemanno qui gagne la mairie de Rome, c’est comme si un sbire de Le Pen avait ravit la place à Delanoë à Paris.

Le populisme n’a pas fini de prospérer en Italie, ce qui ne va pas faciliter les réformes d’un pays en panne. Le début du gouvernement l’illustre parfaitement. Neuf lignes dans Le Monde daté du 12 mai, où Roberto Maroni (Ligue du Nord) a annoncé ce dimanche 11 mai, qu’il voulait rétablir le contrôle aux frontières italiennes, y compris pour les voyageurs en provenance de l’espace Schengen, l’espace européen ouvert à la libre circulation des personnes. Et le comparse de Maroni au Ministère des Affaires Etrangères n’est pas en reste. Franco Frattini veut carrément conditionner les conditions de séjours et d’installation des non italiens (y.c. les citoyens européens) à un revenu minimal. Ces mesures sont un triste symbole des priorités italiennes, alors que Berlusconi a été investi le 8 mai, veille de la journée de l’Europe. Qu’un état membre, qui plus est fondateur de l’Europe, en vienne à fermer ses frontières au nom de la souveraineté nationale, c’est un peu du rêve des pères fondateurs que l’on assassine. Que ces mesures contreviennent aux lois et règles européennes (liberté de circulation et d’installation pour les citoyens de l’UE), fait que l’Italie ne pourra du jour au lendemain, devenir un pays gangréné par le nationalisme. Mais avec la Ligue du Nord en aiguillon xénophobe et europhobe du pays, on n’a pas fini de désespérer de ce pays frère. A-t-on les hommes politiques que l’on mérite ? En ce cas, de quoi les italiens sont ils coupables pour être abonnés au populisme ?
Tag(s) : #chronique de la semaine

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