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Ce blog était né en 2005, en partie d’une volonté de faire entendre une voix pro-européenne, alors que la campagne pour le référendum battait son plein. Les français ont fini par voter « non » au projet de traité constitutionnel européen. Le blog a continué, labouré d’autres sillons avec une rubrique européenne qui est nourrie à l’envie, …

Trois ans après, le plan B de relance des institutions de l’union européenne vient de butter contre le « non » Irlandais. Le traité simplifié devenu incompréhensible et illisible politiquement, vient de sombrer au large de Dublin/Belfast. Pourtant, les irlandais ne sont pas hostiles à l’Europe, loin s’en faut, ils considèrent même l’Union Européenne comme une bonne chose, à 74 %, contre 54 % pour la moyenne européenne. Ils ont juste été contres un texte incompréhensible, qui donnerait un chèque en blanc aux hommes politiques pour aller plus loin, sans savoir où…

Trois ans après, avec le recul des années, je suis un peu moins « euro-béni-oui-iste ». Même si je suis définitivement convaincu que la construction européenne, le faire ensemble au niveau transnational, est le seul chemin possible. On ne peut laisser les pays de l’Europe régresser vers le nationalisme. Toutefois, la directive sur les OGM et le projet de directive « de la honte » sur l’immigration clandestine, démontrent que l’Europe peut avoir des errements.


Quand j’entends la réponse qui est faite à ce « non » par  Jean-Pierre Jouyet, le sherpa aux affaires européennes de Sarkozy, je suis inquiet de la posture populiste que va prendre la prochaine présidence française de l’UE. Clamer que les propositions françaises sur la limitation du coût du pétrole pour les européens doivent être entendues, parce que "l'Europe ne propose pas d'alternative, on ne va pas laisser les pêcheurs et les transporteurs dans la situation où ils sont", c’est faire croire que Sarkozy est Harry Potter. JP Jouyet sait pourtant bien que cette posture française arrogante hérisse nos partenaires. Amortir la crise énergétique (par plus d’efficacité énergétique) est une chose audible, subventionner l’usage du pétrole et du gaz en est une autre rédhibitoire, qui va à l’encontre des mesures du paquet « climat/énergie ». Inacceptable par nos partenaires. C’est typiquement ce genre de posture politique qui fait le jeu des « nonistes », qui joue sur les peurs du peuple en critiquant Bruxelles, « source » du poids des maux de l’air du temps. C’est contre productif pour défendre l’intégration européenne.

La présidence française va bien entendu être impactée (plombée ?) par ce « non » irlandais. Ce coup de canon démocratique dans le ciel institutionnel de l'UE ne peut être ignoré, au risque d’entraîner une image de passage en force. Le vote d’un pays de 4 millions d’habitants (1,5 million d’électeurs), peut remettre en cause une dynamique incomprise d’une Union de presque 500 millions d’habitants. Il faut respecter cet état de fait, en tirer toutes les conséquences.


Ne serait-il pas temps de faire une pause dans l’intégration à 27 qui montre ses limites politiques sur le plus petit dénominateur commun, pour relancer l’idée du noyau dure (core group) ? S’il est impossible de faire avancer une Europe à une seule et même vitesse à 27, pourquoi ne pas imaginer une structure à géométrie variable, qui permette à un groupe de pays (6, 12, 15, …) d’avancer plus vite dans une direction commune, que le reste des 27. N’est-ce pas déjà le cas avec l’Euro, monnaie européenne qui n’est pas en circulation dans tous les pays de l’UE ? L’espace Schengen n’en est-il pas  un autre exemple ? Quand il a une volonté de politiques coordonnées, il y a un chemin. Et c'est précisément de volonté politique, du désir de faire ensemble que nous manquons.


Je suis de l’avis de Daniel Riot : ce n'est pas un « trop d'unité européenne » qui est sanctionné. C'est un « pas assez d'Europe trop mal faite ». Trop technocratique   et trop opaque. Trop mal traitée par les responsables politiques nationaux. Trop coupée des citoyens… Analyse un peu similaire (que je partage totalement), chez Sylvie Goulard : « Nos élites font fausse route. Ce qui fait vivre ensemble un groupe humain, ce sont moins des intérêts partagés que de communs idéaux, des ambitions communes, des rêves sous les mêmes étoiles. En ce moment, en Europe, c'est l'idéal qui fait défaut. C'est la conviction de former, avec nos partenaires, une communauté de destin. C'est la foi dans un projet supérieur qui seule, justifie les concessions mutuelles voire quelques sacrifices. C'est la curiosité de mieux connaître les autres et l'humilité d'apprendre d'eux. »

 

On ne peut laisser aller l’Europe à la dérive des nationalistes, des anti-européens, des partis de la peur. Il faut faire entendre d’autres voix, qui disent que l’Union n’est pas enfantée par la sécheresse des textes, mais par le désir d’une aventure collective et pacifique, à la recherche d’une prospérité responsable.  

Tag(s) : #Europe

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