
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

La manifestation éponyme de l’association « printemps des poètes », a lieu du 4 au 12 mars 2006. C’est le 8ème festival des mots et des vers, avec la complicité active de dix poètes contemporains (Tahar Ben Jelloum, Andrée Chédid, Michel Butor, André Velter, …) comme d’illustres inconnus amoureux des rimes. Cette année, le répertoire est moderne, citadin et insolite, la collection est une évasion urbaine. Le Printemps des Poètes va faire entendre dans une vaste polyphonie, le chant des villes. Lieux de perpétuelles métamorphoses, lieux de fêtes et de révoltes, lieux de passage autant que d'enracinement, sites privilégiés de l'inconnu, du vertige, du côtoiement des contraires, la ville comme une matière première de l'imaginaire.
Bien entendu, la poésie du printemps est téléchargeable sur le net toute l’année. Surtout, elle s’incarne au travers de 15 000 manifestations un peu partout en France. Qu’elles sont opportunes ces rencontres où l’on partage une poésie vivante. Quel délice d’entendre des cartes postales poétiques dans certaines gares de l’hexagone, ... Si la poésie pouvait être un virus comme un rhume de printemps, qui nous contaminerait tous jusqu’au prochain hiver, avec partout des mots échappés de la prose des jours pour retapisser le gris des murs…

Courir le monde
d’André Velter :
Par la seule magie de leurs noms
il est des villes perdues ou non
d’Aden à Zanzibar
qui chantent dans nos mémoires.
Ô cette rumeur de l’inconnu
au coin des rues de la terre
à Samarkand comme à Shanghaï
avant même que d’y être…
Le refrain qui a ouvert la route
parle au cœur et aux songes
de Tombouctou, de Bénarès, de Louxor
et d’Antioche-sur-Oronte :
c’est à l’oreille aussi
qu’il faut courir le monde.
Le Chant des villes
d’Andrée Chédid
Je m’attache aux pulsations des villes
A leur existence mouvementée
Je respire dans leurs espaces verts
Je me glisse dans leurs ruelles
J’écoute leurs peuples de partout
J’ai aimé les cités Le Caire ou bien Paris
Elles retentissent dans mes veines
Me collent à la peau
Je ne pourrai me passer
D’être foncièrement :
Urbaine.
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