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Au-delà de ce que j’ai pu écrire dans la chronique de la semaine, Sarkozy n’a pas fait que jouer à l’antilibéral à Toulon. Il a aussi en fin de discours, endossé la veste verte de l’omniprésident écolo. Un écolo vert très pâle. Voir un peu mité, la veste est bigrement élimée.

Si vous entendez son discours d’une oreille distraite, vous pourriez vous faire avoir :

« Utiliser la fiscalité pour relever le défi écologique, c’est indispensable si l’on veut inciter à un changement profond des comportements.

Si dans la situation actuelle où tant de Français se trouvent confrontés à une baisse de leur pouvoir d’achat, il est exclu de renchérir les produits de grande consommation, je veux dire à quel point je crois que le système du bonus-malus est un bon système. L’expérience sur l’automobile a été particulièrement concluante avec 500 000 bonus distribués en 8 mois, déplaçant massivement la demande vers des véhicules plus écologiques. Ce système extrêmement incitatif du bonus-malus qui permet de gagner des années dans le changement des modes de consommation sera étendu à d’autres produits. Cette extension se fera dans la concertation. Elle se fera progressivement. Mais elle se fera. J’en prends l’engagement. Comme je prends l’engagement solennel que toutes les conclusions du Grenelle de l’environnement seront mises en œuvre ».

 

Traduction : le bonus-malus est une chose bonne et nécessaire, dont l’efficacité a été démontrée avec l’automobile. Toutefois, on va attendre que les français retrouvent du pouvoir d’achat pour étendre le dispositif. Le Grenelle a été une grande concertation, certes, mais il faut prolonger la concertation pour appliquer ses conclusions.

C’est la majorité de l’omniprésident qui fait de la résistance au Grenelle et à la fiscalité environnementale. Elle ne croit pas à la croissance verte. Du gouvernement (Fillon, Woertz, …), au MEDEF, en passant par les députés, ils ont été nombreux à flinguer les mesures de Borloo-NKM qui traduisaient des engagements du Grenelle. Les fusils de droite à tirer dans les coins ont fumé, jusqu’à enterrer l’extension du bonus-malus, qui est une chose bonne et nécessaire... balblabla ! Pour 2009, l’extension attendra si j’en crois le PLF09. « L’engagement solennel » vaut-il pour 2010, 2011 ?

 

La 1ère Loi du Grenelle va bientôt être à l’ordre du jour de l’Assemblée. On va voir ce qui va ressortir du jeu des lobbyistes de « l’ancien monde » sur une majorité de moins en moins docile. Déjà échauffés par le financement du RSA, les députés UMP ne goûtent plus que très modérément les oukases sarkoziens, fussent-ils pavés de vertes bonnes intentions. Et ce ne sera qu’un entraînement, car la vraie loi du Grenelle (paquet n’2), la plus importante, n’arrivera pas à l’Assemblée avant le printemps. D’ici là, l’esprit du Grenelle n’a pas fini de se dissiper.

 

Mais revenons au discours de Toulon, à la parole omniprésidentielle attendue comme un oracle, pour nous éclairer sur ce que devrait être sa politique environnementale :

« La mise en œuvre du Grenelle de l’environnement c’est la multiplication par 4 de nos capacités de transports en commun en sites propres, la construction de 2000 kilomètres de lignes à grande vitesse supplémentaires, les autoroutes ferroviaires, les autoroutes maritimes, un milliard d’euros dans la recherche en matière de développement durable à l’horizon 2012, la rénovation de tout le parc des logements sociaux et des bâtiments publics pour les adapter aux exigences d’économie d’énergie. Toutes ces dépenses nouvelles seront gagées sur les futures économies d’énergie et elles exerceront sur notre activité un formidable effet d’entraînement ».

 

Traduction : une liste à la Prévert de projets nécessaires, mais dont nous n’avons pas le sou pour les financer. Avec des « caisses vides » et des investissements massifs gigantesques à réaliser, l’équation est quasi insoluble. Même avec un recours massif au PPP (partenariat public privé), pour financer les travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments publics et parapublics, cela ne suffira pas. Même en mariant l’Etat et les collectivités avec les entreprises, pour que les PPP deviennent la règle financière des investissements du Grenelle.

 

Sur l’énergie, c’est la grosse déception dans le milieu des énergies renouvelables :

Nous allons développer massivement les programmes de recherche dans les nouvelles sources d’énergie, les technologies propres, les nouveaux systèmes de transport comme la voiture électrique. Le remplacement de nos centrales nucléaires par les centrales de la nouvelle génération sera accéléré.

 

Si l’on attendait une annonce sur les tarifs d’achat de l’électricité solaire qui doivent évolués en 2009, l’on a eu une nouvelle ode à l’énergie nucléaire. Sans que l’on sache pourquoi il faille accélérer le renouvellement de nos centrales nucléaires, l’omniprésident nous annonce encore des programmes de recherche sur les énergies renouvelables alors qu’il faut développer massivement leur marché en France. Gager les capacités d’investissement de l’Etat dans le développement de nouvelles unités nucléaires, sans débat démocratique, alors que la priorité doit être au développement massif des énergies renouvelables, n’est pas un bon signal. D’autant qu’en qualité de président en exercice de l’UE, qui doit faire aboutir d’ici la fin de son mandat la Directive sur les énergies renouvelables (3*20 %), c’est aussi un geste diplomatique européen manqué. Un de plus, …

 

Tag(s) : #Politique

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