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« L’Europe frigide » est un livre d’Elie Barnavi qui aurait pu ne pas être publié suite à la victoire du « non » en Irlande ; « à quoi bon défendre le projet européen contre ceux-là mêmes qui en sont bénéficiaires et devraient en être les porteurs » ?

Heureusement, Elie Barnavi a poursuivi dans son œuvre, et nous livre un ouvrage que je recommande très chaudement aux promoteurs et aux septiques de l’Europe. Le titre « frigide » pourra paraître repoussant, mais n’est-ce pas une part de vraie à propos de cette Europe qui ne jouit pas assez de ses succès, pas assez de ce que nous partageons de valeurs communes, pas assez de ses ambitions, … Commencer par la fin du livre, pour vous donner envie de le lire :

« Européens, ne désespérez pas de l’Europe. Même si vous ne vous en rendez pas toujours compte, vous avez accompli de grandes choses, que le monde entier vous envie. Vous vous êtes dotés de lois communes, vous élisez au suffrage universel le premier parlement supranational de l’histoire, vous avez tué plus d’une prérogative régalienne, votre monnaie unique est forte, votre passeport rouge est unanimement respecté. Vous avez su chasser la guerre de votre horizon de vision et ouvert un espace de paix et de prospérité sans précédent dans l’histoire des hommes. Et vous avez fait cela sans empiéter sur la cascade d’identités collectives qui se partagent votre maison commune. … Vous ne voulez pas le voir, mais malgré vos faiblesses et vos continuelles pleurnicheries, vous êtes un modèle et un espoir pour tant de peuples de par le vaste monde qui se trouvent être moins fortunés que vous.

Mais européens, si vous avez beaucoup accompli, il vous reste beaucoup à accomplir. Pour cela, il vous faut un peu de chance, beaucoup d’ambition, des chefs à la mesure de cette ambition, et énormément de volonté. «  Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve ! ». Faites votre ce beau défi, et rien ne vous résistera.

Encore un effort, citoyens de l’Europe, et vous serez européens ! »

 

Elie Barnavi n’est pas européen, enfin, par appartenance géographique de la diplomatie s’entend, même s’il est roumain de naissance. Pour la culture en partage, c’est un fin connaisseur de ce qui a fondé l’Europe. Lui le juif, m’a même convaincu des racines chrétiennes de l’Europe, moi le laïc que cette référence hérissait ! L’Europe héritière de la Grèce, de Rome, des Barbares et de l’Eglise, histoire d’une Europe médiévale qui est le creuset de notre civilisation commune. Jusqu’à quand va-t-on vivre amnésique d’une histoire, où culture et politique ont joué de toute leur polarité pour faire ce que l’Europe est devenue ? Jusqu’à quand va-t-on vivre aveugle de ce qui fait l’unité profonde de notre civilisation, ignorants ? Au fil du temps, l’Europe est devenu le pays de la révolte, de la critique et de l’action. Il faut s’en souvenir autant que de l’Europe colonialiste et  mère de deux guerres mondiales. Il nous faut accepter toutes les faces de notre histoire, cette capacité inouïe de porter le pire et le meilleur dans le monde entier.

Elie Barnavi ne nous parle pas que de culture commune, il dresse les tables de la loi de l’Europe : la liberté, la rationalité, la laïcité et la solidarité. L’ordre ayant peu d’importance tant ces valeurs s’imbriquent et s’emboîtent, pour faire notre trame civilisationelle commune, notre « religion civique paneuropéenne ».

 

Pour Elie Barnavi, l’Europe n’a d’autre choix que de devenir un acteur politique important, pour avoir un premier rôle sur les tréteaux du monde bien entendu, mais aussi pour influencer son voisinage, alors qu’une partie de l’équilibre du monde se jouera en méditerranée. L’Europe doit au-delà de la peur et de la culpabilité, au-delà de ses crises, blocages, et frustrations, devenir un acteur politique pour peser dans une géopolitique mondiale à la recherche de repères.

 

Pour réveiller l’Europe endormie ou réfugié dans l’impasse du nationalisme, EB ne propose pas une potion magique mais sept principes d’action, pour faire enfin l’Europe :

-       Accepter le monde tel qu’il est, pour le faire évoluer

-       Comprendre l’Europe telle qu’elle est, pour mieux l’unifier

-       Admettre que l’Europe telle qu’elle est ne saurait avancer d’un seul pas, pour la faire progresser

-       Cesser de faire de l’Europe une créature courtelinesque, pour lui faire enfin franchir la porte sacrée du politique

-       Donner à l’Europe une âme, pour lui gagner l’âme de ses citoyens

-      Définir des règles de bonne conduite européenne, pour assurer que la maison Europe ne tombe pas en quenouille

-       Refaire de l’Europe une grande ambition, pour que l’Europe soit, tout simplement.

 

D’aucuns penseront et diront que je suis un européiste idéaliste. Je confesse, je suis idéaliste. Mais, pour reprendre EB, un idéal, ce n’est pas un outil purement fonctionnel. Un idéal est là non pour être atteint, mais pour offrir un horizon de sens... Il faut donc offrir à l’Europe son aura d’idéal…

 

PS : on devrait pouvoir regarder la vidéo d’Elie Barvani sur ce livre, depuis le site de son éditeur : http://www.andreversailleediteur.com/index.php?mediaid=722

 

Tag(s) : #Europe

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