
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Oui, je reconnais à ce sport quelques vertus, une certaine beauté dans l’esthétique de l’action collective, je me réjouis même que les Bleus aient gagné contre le Brésil…
Mais il y a quelque chose de social qui m’échappe dans cet engouement et la ferveur qu’il engendre. La magie du football n’a jamais eu beaucoup de prise sur moi, autant que je m’en souvienne, et aujourd’hui j’ai l’impression de devoir lutter contre son côté intrusif. Au-delà des relents nationalistes que la compétition met en scène, je m’interroge sur cet évènement sportif et sa couverture médiatique.
N’est-il pas devenu une grande manipulation mentale collective, avec des images en boucles et la convergence de tous les supports d’information sur un même sujet central ? Pas un seul média généraliste qui ne soit épargné, jusqu’au téléphone portable bombardé de sms publicitaires, même la politique devient l’occasion de métaphores footballistiques. Comment mesurer la pression induite sur l’organisation sociale ? Le supporteur l’était il dans l’âme, ou l’est il devenu par mimétisme ?… le Mondial 2006 est une grande (et presque obligatoire) récréation avant les vacances d’été.
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