

"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser
d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

Les résultats ne sont pas encore officiels, à 21h, il n’y a que la vague d’abstention qui soit certaine, plus de 60%. Les français, comme beaucoup d’européens, ont voté avec les pieds loin des isoloirs. Inquiétude de voir près de deux français sur trois, refuser l’exercice démocratique européen. Quelle est la valeur d’une élection qui se fait sans le peuple ?
Pour les votants, le résultat de leurs voix recompose le paysage politique français :
Aux alentours de 28%, la victoire est maigre pour l’UMP. Même si le parti de la majorité ressort en tête du scrutin, l’addition des voix de d’opposition de gauche dépasse largement les 50%. L’étiage du parti de Sarkozy est en basses eaux, rien qui ne rassure l’Elysée pour les Régionales de 2010 et le grand rendez-vous de 2012.
A moins de 17%, c’est une véritable claque pour le PS et Martine Aubry va sans doute devoir faire sa valise de la rue de Solferino. Le PS n’est pas sorti de sa crise de légitimité, les urnes le revoient à une mue pour gagner en crédibilité. Sans doute beaucoup de ses électeurs ont-ils sanctionné ce manque de cohérence et d’unité, pour se reporter sur un vote « vert ».
A plus de 16%, c’est une poussée « inespérée » pour Europe Ecologie, qui dans certains cas, dépasse les socialistes. Changement climatique et dégradation de l’environnement sont des enjeux fondamentaux, furieusement dans l’air du temps. De quoi attirer des voix sur un programme où l’Europe était lisible, et le projet politique cohérent pour répondre aux enjeux. Avec les 4 % d’Alliance écologiste, le poids du vote écolo à près de 20% est la grande surprise, c’est la 2nde force politique devant le PS !
A moins de 9% pour le Modem, le parti de Bayrou boit la tasse. Le brave François a fait une sortie de route dans sa campagne électorale, trop préoccupé de sa trajectoire présidentielle. Héritier d’un mouvement politique qui avait l’Europe dans son projet (UDF), Bayrou a trahi, n’a parlé que de lui et de son rêve pour 2012. Quand on se trompe d’élection, on se prend une veste. Bien mérité !
Front de Gauche et NPA totalisent près de 13%, cela montre que l’extrême gauche se porte plutôt bien en France. Elle pèse deux fois l’extrême droite. Au total, le vote « extrême » est à 20%. La désespérance se porte bien…
Voilà pour les chiffres. En bref c’est une victoire de l’abstention, avec des bleus qui ne perdent pas trop de plumes, une poussée verte remarquable, un PS décrédibilisé avec une extrême gauche en embuscade, et un bateau Modem qui sombre.
Il n’y aura pas eu de prime au vote contre, et ceux qui voulaient transformer ce scrutin européen en référendum contre Sarkozy ont perdu la partie. Toutefois, au delà des éléments de langage des cadres de l’UMP, la majorité devra faire œuvre d’humilité car elle est largement minoritaire.
La vague verte, où le vote écologiste est la 2nde force politique française, recompose le paysage politique français. Les Verts vont se retrouver en arbitre. Le PS va leur proposer une alliance opérationnelle et programmatique, pour refonder son projet politique. L’UMP va verdir son discours et sa politique pour ne pas décrocher avec cette tendance de fond. Le remaniement devrait élargir l’ouverture vers l’écologie, s’il se trouve un écolo-Sarko-compatible.
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