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J’en ai pris conscience alors que je venais de passer vingt neuf ans. Quel age devrais je fêter à mon prochain anniversaire ? Question imbécile me direz vous, car après vingt neuf, c’est simple et mathématique, irréfutable : trente.

J’y souscris volontiers, c’est vrai. Mais la vérité est souvent plus complexe. On est toujours le fils ou la fille de quelqu’uns, et ce, depuis la nuit des temps. C’est l’histoire de l’humanité, du vivant, depuis les premières bactéries, les cellules qui ont évoluées, avant et après que l’hominien ne se relève, invente des langages et des religions, se transcende dans et par l’art, l’amour, … Et si je connais et j’aime mes parents biologiques immédiats, je sais aussi que je suis le fils d’Abel et Lucy, et que j’ai plus de trois cent cinquante mille ans.

C’est fou ça, on se réveille un jour comme les autres, on réfléchit en prenant un café, et la peur de l’age vous submerge. Pas de vieillir, non, pensez, un, trois, ou sept ans de plus ne comptent guère, quand on a trois cent cinquante mille ans et tout juste trente ans. 

 
Avoir trente ans et trois cent cinquante mille ans, ça change quoi ?

Rien ou presque. On a les problèmes et les joies d’un trentenaire qui se cherche souvent, et se trouve quelques fois. Et puis les autres, les plus anciens, les éternels. Vivre oui, mais pour quoi faire ? Qui est l’autre, et que faire ensemble ? Naître pour mourir, et dans l’intervalle ? …

 
Ce qui change, c’est d’avoir trente ans aujourd’hui, dans une civilisation contemporaine qui se développe en dimensions virtuelles de plus en plus prégnantes, et qui se saccage un peu plus tous les jours dans sa chair réelle. Il est l’heure où l’humanité, enfin la partie égoïste, celle des pays les plus « avancés », s’emploie systématiquement à détruire son seul habitat originel. Avoir fait toute cette longue route pour en arriver là. Englué dans les conservatismes, berné par la télé et les fausses promesses que l’on nous sert à tout va, sans jamais aborder réellement les problèmes qui nous touchent au fond. La maison brûle dit le pompier pyromane...

Je ne comprends pas que notre civilisation européenne, depuis toujours riche d’histoire, de productions conceptuelles, d’échanges avec les autres civilisations, reste figée dans ses archaïsmes, perdue dans le flot et le vacarme du monde. Les jeunes dans l’insouciance et la douleur, les aînées dans l’immobilisme de leur confort et leur satiété débordante. 

 
Je ne suis pas responsable du passé d’avant moi, aucune peine à porter de ce côté-là. Je m’en souviens, c’est tout. Holocauste, génocides, croisades, esclavage,… l’héritage de l’humanité irrigue mes influx nerveux et cristallise dans la connaissance. Je ne fais que continuer le chemin inexploré de mes prédécesseurs, sans pouvoir embrasser leur présent que j’ignore, et qui me manque terriblement.

Ma responsabilité, celle de tous mes contemporains, ne porte que sur le présent et les présents à venir. Le monde est global, c’est un système complexe. La complexité est souvent une excuse commode, pour ne rien dire, pour ne rien faire, pour ne pas s’engager, pour feindre la disparition des valeurs. Ecran de fumée pour rester avachit, et ne pas regarder le monde dans les yeux, comme on évite un miroir.


Bien sur, il y a la réalité, ce fameux principe de réalité. Le smic à moins de mille euros, le taux de chômage, les papys boomers occidentaux égoïstes, les lobbys, l’administration, les économies, l’une réelle et l’autre virtuelle, le commerce équitable ou non… Mais la réalité n’est pas un état de fait, une image, elle est ce qu’on fait de la matière du présent. Pour l’homme individuellement comme collectivement, la réalité est la somme des actes et le produit des rêves. Et si la réalité du monde ne nous convient pas, il n’y a d’autres solutions que d’essayer de la changer, à son échelle, dans sa sphère d’influence, au quotidien.

 
J’ai trois cent cinquante mille ans d’espoir et d’évolution derrière moi, et à cause de cela, je ne peux me résigner. Même dans un monde absurde et dégénéré, fabriquer du sens et agir restent essentiels.

 
Trentenaire joyeux et insouciant, vraiment ? Pour partie oui, car il a bien fallu développer des anticorps comportementaux pour s’élever dans le monde anxiogène. Et même si la guerre est restée cantonnée à nos frontières, pour ne se déverser que par intrusion, en bandes images-sons scénarisées et brute d’images télé. Il y a (eu) le reste : sida, chômage, Tchernobyl, violence, pollution, écroulement du communisme, impasse du capitalisme quand la spéculation devient virtuelle pour une misère par trop réelle, …

Il a fallu faire avec, sans culpabiliser, décrypter et comprendre le présent avec les outils de l’apprentissage, de l’enseignement, de l’expérience, des désillusions, des questionnements, … Alors, insouciant, oui, pour partie, tandis que tant d’autres restent inconscients.


Reconnaître que je n’aurais jamais assez de temps pour épuiser mes rêves, pour aller au bout de tous mes projets et idées, pour aimer les femmes et les hommes que le hasard et la chance auront mis sur ma route. Mais ce n’est pas grave que ce temps vienne à manquer. Il y a le présent, ici et maintenant, dense, vital. Ce temps, c’est la vie. Il s’agit de l’habiter, de la meilleure manière qu’il soit.

Tag(s) : #heloim.sinclair

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