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C’est bien dommage que notre ami Alain Rey ne reviendra pas demain, avec son mot de la fin, vers 08h55 sur Inter. Sa chronique était à l’occasion d’un mot lié à l’actualité, la chance d’en rappeler sa valeur exacte, ses origines, ses modifications d’usage et de sens, au cours du temps. Un éclairage différent sur la langue contemporaine médiatisée, reprise dans un contexte de durée, au lieu de la laisser passer en instantané, sans la comprendre, sans la relier...

Sous prétexte d’une baisse d’audience, sa dernière chronique aura eu lieu le 29 juin 2006. Je ne vais pas entamer un coup de gueule vain contre la direction d’Inter, décidée à nous priver du décorticage des vocables de la langue française… Il faudra continuer avec les contresens, les à-peu-près, les préjugés, … de mots que ne seront plus traduits, mis en relation avec leur histoire, leurs significations et réalités changeantes.

 

Ne pas trop déplorer et modestement, avec Le Robert Dictionnaire historique de la langue français, sous la direction du même Alain Rey, essayer de maintenir allumée une petite flamme, de temps à autre. Et ce soir, j’ai envie de parler de « la rupture ».

 

La rupture remonte au 14ème siècle, où elle servait de substantif d’action à rompre, au latin impérial ruptura « fracture, fait de casser »… Le mot est resté rare jusqu’au 16ème siècle, où il conserve son sens initial. Le mot sera aussi employé dans le contexte martial, à propos de l’opération ouvrant une brèche dans le dispositif de l’ennemi. Avec le développement des sciences et des techniques, il exprimera au 18ème le sens de séparation brutale sous l’effet d’une force trop intense, le fameux point de rupture en mécanique. En médecine, il exprime la déchirure musculaire d’un organe (par voie naturelle, par opposée à celle créée par un instrument tranchant) à partir du 17ème.

 

La définition du mot rupture ne serait complète sans parler de son sens figuré utilisé en amour, pour désigner la désunion, la séparation entre des personnes, et ce dès le 17ème siècle. A croire que ce sens est celui qui prédomine au 21ème siècle, car une petite recherche sur Google vous donne 7 résultats « sentimentaux » sur 10, pour une requête concernant le mot « rupture ». Peut être faudra t il convoquer les psychanalystes pour faire l’analyse des candidats à la Présidentielle, mais j’en connais un qui a été indubitablement marqué par sa séparation d’avec Cécilia ;-) …

 

Ce billet ne serait complet sans aborder le sens politique, qui remonte à 1601, où la rupture valait pour la dissolution d’une assemblée. Au fil du temps, il s’est chargé de « faire cesser brusquement un état existant » (rupture diplomatique). Enfin, le mot indique une opposition tranchée, un changement brusque entre les éléments d’un ensemble et interrompant leur continuité.

 

Sans doute est-ce ce dernier sens que retient Nicolas S., parmi les définitions possibles du mot « rupture ». Est il autorisé à l’employer, sous une autre forme que démagogique ? Comment un Ministre d’Etat, numéro 2 du Gouvernement peut il vendre sa soupe électorale sur le thème de l’opposition à la politique menée jusque là ? A-t-il changé de camp, joue t il contre son camp, ou encore est il en désaccord avec la politique menée jusqu’à lors ? La continuité de l’état, du service public, des habitudes, des responsables politiques… autant de lourdeurs dont est chargée la France, si bien qu’aucun présidentiable n’arrivera marquer de véritable rupture.

 

On ne fracture, ni on ne casse la République, il faudra se contenter du réformisme. Y arriver serait déjà beaucoup … 

 

 

Tag(s) : #heloim.sinclair

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