
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Nicolas S. est un démagogue provocateur, qui reste fier de son dérapage sur la justice « qui démissionne » parce qu’une majorité de français pensent comme lui, regardons les faits.
Dans son édition du week-end, Le Monde publie fort à propos, une partie du rapport de l'Inspection Générale des Services Judiciaires sur le tribunal de Bobigny, celui-la même qu’a visé Nicolas S.
On s’éloigne de la réalité tronquée des statistiques, du discours démagogique pour s’approcher d’une image très précise de l’action publique judiciaire, dans la lumière crue du manque de moyens et de la surcharge d’affaires à traiter. Ce Tribunal est loin d'être laxiste, les magistrats du ministère publique traitent toutes les affaires, en dépit de ses difficultés, la justice est loin de démissionner, au contraire : les magistrats y affichent une productivité répressive extraordinaire.
Simplement, un tribunal de banlieue, c’est un peu comme l’école, un territoire longtemps relégué des priorités budgétaires et des ors de la République. Il est « composé de magistrats de peu d'expérience dont la qualité et la motivation ne sont pas en cause, souffre d'un sous-effectif chronique, de la rotation rapide de ses membres et d'un encadrement insuffisant ». Les magistrats y traitent deux fois plus de dossiers que leurs collègues parisiens.
La vérité, c’est que malgré « une charge de travail trop importante, une réponse pénale est apportée à chaque acte de délinquance ». Voilà donc le candidat Nicolas S. pris en flagrant délit de populisme et de mensonge, déformant la réalité statistique pour masqué l’échec relatif de sa politique répressive.
Une question me démange toutefois, à propos de Nicolas S., Ministre d’Etat et candidat présidentiel de son état. Oui, car je me rappelle un peu, beaucoup, de mes cours d’éducation civique, de l’axiome démocratique : la séparation des pouvoirs. Nicolas S arrivé au 55 Fbd Saint Honoré, que ferait il de ses pouvoirs à la tête de l’exécutif ? Voudra-t-il réaliser une « rupture constitutionnelle » pour modifier la séparation essentielle et consubstantielle de notre République ?
Etre un Chef d’Etat, ce n’est pas gouverner avec les sondages, même si 77 % des Français considèrent que « la justice n’est pas assez sévère avec les jeunes délinquants » (sondage Ifop publié par le Figaro). Le Président est le gardien de la Constitution. Les propos du futur candidat de l’UMP, s’ils « renforcent sa crédibilité » (dixit le Figaro, entendu pour crédibilité électorale), ils le décrédibilisent pour une fonction de Président.
Un élu ne doit pas, effectivement, conduire son action en fonction des sondages. Il doit répondre aux attentes de ses concitoyens. Que dire si ces attentes sont relayées par des sondages ? Il devrait s'en détourner ? Non, bien sûr.
Les fonctionnaires de l'Inspection du minstère de la justice sont-ils prets à écrire dans un rapport (qui sera public) que l'action de leurs collègues est vraiment insuffisante? Alors que ces collègues sont aussi issus des mêmes corps qu'eux ? Non bien sûr.
Le citoyen a-t-il la possibilté de se faire entendre dans ce pays? autrement qu'en votant ? Faut-il une nouvelle vague du FN comme en 2002 pour que le ventre mou des anti-Sarko comprenne que la France d'en bas (voilà une expression qui a perdu de son aura) attend que les élus fasse ce qu'ils promettent? Et que prromettent-ils tous d'abord? Que l'on pourra désormais circuler librement nous et nos enfants dans les écoles, et nos voitures dans la rue, et nos logements dans les banlieues...Bref, les gens veulent de la sécurité et non du laxisme. Je suis désolé de le dire, mais l'angélisme perdra ceux qui continuent d'y croire.
Il faut prendre ce sujet au sérieux et, sans démagogie, s'assurer que Justice passe. A défaut, ce que certains appellent désormais "les groupements ethniques homogènes", feront bientôt trembler dans le 93.