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« Une certaine idée de l’Europe », de George Steiner chez Actes Sud

Fiche de lecture


George Steiner commence son opuscule sur l’Europe, pour une carte étrange et non sans un sens subtil de la provocation  : les cafés caractérisent l’Europe. C’est son 1er axiome.

Au-delà de cette carte des cafés qui dessine les contours de l’Europe occidentale, pour lui le paysage est ici à échelle humaine. Née des capacités pédestres, l’Europe a la sensibilité et la pensée qui vont à pieds... C’est son 2nd axiome.

Ce cheminement entraîne le lecteur par les rues et sur les places, qui sont partout des (r)appels de l’histoire et de la culture, des commémorations de la mort et du génie. A contre courant des USA où l’histoire compte pour de la blague, où l’amnésie créative est la condition d’une promesse d’horizons illimités, la mémoire européenne est quotidienne. C’est son 3ème axiome.

Justement, George Steiner nous rappelle une autre vérité historique fondamentale : l’Europe a un double héritage, elle a été enfantée par la fusion du judaïsme et de l’hellénisme. Etre européen, c’est avoir tenté de concilier la praxis de la cité de Socrate et de celle d’Isaïe. La singularité de l’humanisme européen est de rechercher le compromis entre les idéaux attiques et hébraïques. C’est là son 4ème axiome.

Enfin, l’Europe ne serait pas l’Europe sans cette conscience de soi, individuelle et sociale, ainsi que du sens de la fin qu’elle a elle-même mise en œuvre dans ses chairs. C’est cette singularité qui constitue son 5ème et final axiome.

 
A partir de ces cinq idées, George Steiner nous invite à regarder le présent, en proie au fondamentalisme renaissant. Il y voit une injonction pour l’Europe, à élaborer et promulguer un humanisme laïque, où la dignité de l’homme serait réinventée à la source de son passé : découverte de la sagesse, savoir désintéressé, création de beauté. Ce serait pour l’Europe une occasion de faire naître une contre révolution industrielle, dans un contexte de décroissance matérielle pour notre survivance écologique. Un vieux rêve dégradé, évanoui avec l’écroulement du mur en 89 a laissé la place à un système unipolaire, qui devient une autre forme de tyrannie barbare. C’est en Europe seulement, que nous pourrions revenir à la conviction qu’une vie qui n’est pas soumise à l’examen ne vaut pas la peine d’être vécue. C’est en Europe, que nous devons à nouveau rêver.

Tag(s) : #Europe

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