
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Mstislav Rostropovitch est mort ce 27 avril, un résistant disparaît. Slava, un homme qui avait su se lever contre un système, grâce à son art en ne renonçant jamais à la liberté, fut-ce au prix de l’exil.
Rostropovitch jouant à Berlin, ce soir historique et spontané du 9 novembre 1989, c’est une image totémique pour toute une génération. Slava, jouant humblement sur un tabouret de fortune alors que le mur tombait, c’est de l’émotion pure, un condensé d’essence de liberté.
La victoire de l’art et de la révolte, contre l’histoire que d’aucuns croyaient figée, c’est le fil rouge existentiel de Rostropovitch. Cultivant l’humanité avec excellence, au violoncelle comme dans ses engagements, Slava a autant participé à l’écriture de belles pages de l’histoire de la musique, qu’il a marqué le panthéon contemporain des hérauts du possible.
Une question/réflexion, notre époque arrive-t-elle encore à produire des hommes et des femmes de la même trempe que Rostropovitch ? Je sais, ça fait vieux con/réac comme question, mais c’est sincère. Notre époque a besoin d’autres hérauts comme Slava, qui cultivent la révolte douce et pacifique, à la pointe de l’archet comme du pinceau ou du crayon. Plus que jamais, travailler à faire gagner la liberté.
Ciao l'artiste, vos 80 ans n'auront pas été vécus pour rien. Merci.
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