
"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières
Cachez ces morts que l’on ne saurait voir. A l’heure de la civilisation de l’image, particulièrement dans un pays où l’on lit moins de 1 livre par an et par habitant (Da Vinci Code et Harry Potter compris), le gouvernement Bush demande pour les morts de Katrina, la même dignité (entendez discrétion) que pour ceux de l’Irak. En clair, ne pas montrer de cadavres dans les médias, qu’ils soient tombés sous des balles dans le désert, ou noyés et boueux en Louisiane.
C’est le syndrome de l’irresponsabilité, avec une intention manichéenne. L’équipe de GWB n’assume pas, et essaye d’influencer les médias pour cacher thanatos, pour que les citoyens ne puissent réaliser le lien de cause à effet.
Sur les networks américains, on n’a presque jamais vu les obsèques de ces milliers de boys tombés en Irak, pour ne pas démoraliser les compatriotes, et faire refluer le sentiment patriotique (déjà que l’armée peine à recruter).
C’est le même schème pour les décédés de Katrina. Un chiffre, 1000 ou 10 000 morts, n’aura jamais le même effet que des images cadavériques. Nous sommes bien là dans la manipulation des masses, par autocensure journalistique et/ou pression politique.
Et dire qu’il faudra attendre Hollywood, pour un jour voir ces heures douloureuses et mettre en lumière les responsabilités de l’équipe de GWB. Au moins, l’industrie cinématographique américaine a-t-elle une certaine conscience…
Au fait, depuis que Chirac est à l’hôpital, on ne le voit plus, on ne sait même pas s’il parle encore … Là aussi, omission des images, mais c’est une autre histoire qui vaudra sans doute un autre article.
Bon week-end,
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