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Comme tout le monde, je ne sais quels seront les résultats de l’élection législative de dimanche en Allemagne. Mais pour ceux qui s’intéressent à l’actualité au-delà des frontières franchouillardes, l’élection allemande est intéressante à plus d’un titre.

Sur le lancement même de cette élection, on peut saluer le courage politique et le respect de la démocratie de Gerhard Schröder. Il l’a avancé à la suite de la défaite de son parti politique dans un de ses bastions historiques, la Westphalie si je ne m’abuse. Election régionale perdue, doutant de la confiance du peuple allemand pour diriger les affaires du pays, il y convoqué plus tôt que prévu le suffrage des électeurs, pour ne pas nuire à l’intérêt général. Belle leçon, que l’on ferait bien de méditer et mûrir en France, alors qu’après élections régionales et européennes, sans compter le référendum, à chaque fois le parti en place a pris sa claque !!! et au jeu de chaises musicales, les mêmes restent en place.

Passons, tout cela c’est du passé, et comme il faut attendre 20 mois perdus pour rebattre les cartes, revenons au vote outre Rhin, qui aura des conséquences dans toute l’Europe.

Si Angela Merkel, qui tient la corde depuis des mois l’emportait, ce serait un bel exemple pour le féminisme européen. Par voix démocratique, alors que ce peuple germain cantonne les femmes dans la règle des 3K (église, enfants, cuisine), il élirait à la Chancellerie une femme. Beau paradoxe, mais qui pourrait susciter des vocations dans les partis européens misogynes. En dehors de cette victoire symbolique, la politique qui sera menée dépendra de la marge de manœuvre majoritaire. Absolue, et l’on verra le libéralisme rhénan déferler, relative et ce sera la coalition et les arrangements.

Quelle sera la part du vote ex-communiste ? Les allemands sont contaminés, un peu comme les français avec la LCR, LO ou le PC, par l’extrême gauche. Là-bas, c’est le PDS (sorte de nouvelle gauche rassemblant ex communistes et autres). Si le taux pourra monter au dela de 30 % dans les ex-Länders de l’Est, il pourrait aussi dépasser les 8 % dans ceux de l’ouest. Il n’y a donc pas que les « frustrés de l’Est » (dixit Edmond Stöber, l’allier bavarois de Merkel) qui protestent contre le cours libéral des choses. Ont-ils raison ? Là n’est pas la question, c’est la dynamique sociale paneuropéenne qui est intéressante dans sa tendance. Et en l’occurrence, avec la proportionnelle, l’extrême gauche allemande risque de prendre « la majorité absolue de gouvernance » à la droite allemande, comme aux socio-démocrates.

Elle y sera aidée par l’autre extrême, de droite cette fois. Il ne faut pas croire les allemands complètement vaccinés par les horreurs du IIIème Reich, comme nous avons le FN en France, ils ont leurs néonazillons qui ont fondé un parti politique. Et s’il prospère sur le mécontentement à l’Est, il grappille aussi des voix à l’ouest. Bref, en dehors des modérés et aux deux bords, les partis d’extrêmes font leur beurre du mécontentement social... Est-ce un syndrome européen ?  

Ces nouveaux arbitres (à gauche surtout), seront les trublions de la majorité, comme l’avait été les Verts en leur temps (et qui restent important dans l’échiquier politique allemand). Cela gage que l’écologie, valeur transcendantale de l’Allemagne depuis l’après guerre, ne sera pas sacrifiée sur l’hôtel des législatives, même si Merkel l’écornerait volontier.

Gerhard Schröder est en train de refaire le coup des dernières législatives, où relégué dans les sondages d’intention de votes, il reprend du terrain et des votes dans les dernières semaines. Mais, même s’il refaisait son retard sur Merkel, il est peu probable qu’il gagne une majorité absolue. La coalition serait de centre gauche, mais cela changerait-il grand-chose au parfum des mesures ?

Donc au final, l’Allemagne, par goût du consensus et par respect démocratique, sera sans doute conduite par une coalition socio-démocrate à tendance libérale teintée écologique. Une sorte de ni-ni à l’Allemande. Au fond, elle sera dans la ligne actuelle européenne qui ménage la chèvre et le chou, avec comme préoccupations principales le développement économique, le chômage et le vieillissement de la population, tout en voulant rester dans la compétition économique internationale.

La bonne nouvelle, c’est que passé ces élections, les affaires européennes vont enfin pouvoir avancer. Car, Tony Blair en charge de l’Europe depuis juillet attend désespérément le résultat du 18 septembre, pour avoir un interlocuteur allemand crédible et adapter sa stratégie. C’est ainsi et je le déplore, mais avec un calendrier électoral asynchrone dans les pays européens, on est obligé d’attendre une élection cruciale dans un pays important, pour commencer à discuter et décider à 25. Et pour info, après l’Allemagne, il faudra attendre les italiens au printemps, avec en ligne de mire les français un an après. Vous voudriez un système plus efficace au niveau des 25, avec une Présidence qui serve à quelque chose même si elle ne dure que six mois ? Synchronisons nos élections nationales autant que faire se peut. Un vœu pieux sans doute. L’Europe attend l’Allemagne, mais surtout un projet.

Tag(s) : #heloim.sinclair

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