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J’espère que le corps des Ponts me pardonnera si je cite le corps des Mines pour introduire cet article :Se défier du ton d’assurance,  qu’il est si facile de prendre et si dangereux d’écouter”, de Charles Coquebert, dans le Journal des mines n°1 Vendémiaire An III (1794).

En effet, si nous ne sommes plus en 1794 mais en 2005, on peut s’interroger sur les influences qui ont pesé sur le rapport écrit par Jean ORSELLI du Conseil général des ponts et chaussées, étude sur la « Recherche et développement sur les économies d'énergie et les substitutions entre énergies dans les bâtiments ».

Vous conviendrez que c’est un sujet sérieux et éminemment stratégique, et qu’un rapport produit par le corps des Ponts qui noyaute le ministère du logement, mérite attention pour considérer les choix qui s’offre à nous, à l’heure de l’effet de serre et de la tendance haussière du coût de l’énergie.

Cette étude sur les technologies énergétiques des bâtiments, dresse un état des consommations d'énergie pour le chauffage, la production d'eau chaude sanitaire, l'électricité spécifique et les services des bâtiments, et présente une identification des types d'usagers, un bref historique des évaluations des politiques énergétiques de 1973 à 2004, …

Jusque là, on est dans le concret du passé, tout va bien. C’est à partir du traitement des techniques existantes et des actions à long terme que les travaux se perdent à partir d’hypothèses biaisées et discutables. D’où mon interrogation sur la véracité des prospectives et des conclusions qui en sont tirées.

 

Le cas de la production d’eau chaude sanitaire

L’auteur confesse que c’est un domaine pratiquement en déshérence du point de vue de la politique de l’énergie, malgré son importance. Il n’existe aucun « texte officiel » auquel on puisse se référer.

Aussi, il utilise comme seule source un ouvrage de référence daté de 10 ans (Recknagel - Manuel pratique du génie climatique édition 1995) pour tracer des perspectives liminaires. Ce qui lui vaut de torpiller à plusieurs reprises l’eau chaude solaire, sans aucune prospective sur le coût futur des équipements avec l’effet de masse, la standardisation dans le neuf, … Par ailleurs, il en profite pour remettre en cause l’avantage fiscal à cet équipement. Ha, la haute fonction publique française, si fière de son savoir arrogant qu’elle voudrait pouvoir politique !

Regardons les choses de prêt, puisque le sujet me touche concernant le solaire.  Voici les hypothèses de calcul prospectif sur lesquelles s’appuie l’auteur : pétrole à 20 $ le baril, coût de l’argent de 10 % / an, et investissement pour un chauffe-eau solaire de près de 6900 €. Rappelons qu’aujourd’hui, le pétrole est à plus de 60 $, le coût de l’argent inférieur à 4,5 %, et l’investissement est proche de 1500 à 2000 euros (aides déduites). Investissement que l’on pourra considérer comme identique pour le futur, avec un marché de masse et sans aide. Compte tenu des erreurs d’hypothèses sur le solaire, j’en viens à douter des hypothèses pour les autres technologies…

Donc, tout fière de son calcul, Jean ORSELLI écrit : « Le chauffe-eau solaire est une aberration économique…. le chauffe-eau solaire ne deviendra jamais compétitif, quelle que soit l’augmentation des prix de l’énergie. On ne peut que s’interroger sur l’engouement, déjà ancien, des décideurs (de tous pays) pour le chauffe-eau solaire. Malgré des subventions croissantes, il s’est néanmoins peu développé. Le dernier avatar des aides en France, l’avoir fiscal de 40 % en 2005, démontre bien le caractère anti-économique de cette technologie… ».

Toute chose égale par ailleurs, la lutte contre l’effet de serre et pour l’efficacité énergétique à un coût, et les compétitions entre technologies sont inévitables.

J’invite notre éminent retraité ingénieur du corps des Ponts, à consulter les travaux effectués dans le cadre de la mise en place de la réglementation thermique 2005. Il pourra, y découvrir des calculs sur le coût relatif de chaque technologie pour atteindre les objectifs, compte tenu des contraintes de mise en oeuvre. Et si de sa retraite, il allait sur le terrain rencontrer la profession de l’immobilier, elle témoignerait qu’une des principales limites à la diffusion des technologies efficaces, c’est la compétence de la main d’œuvre... Bref, cela permettrait d’émailler de réalité le prochain rapport.

Tag(s) : #Solar Buzz

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