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Avant l’élection de François Hollande, entre les deux tours, j’avais lu des propos d’Arnaud Montebourg qui m’avait alerté, l’impétrant proposait de faire du Colbert. Ainsi, le 2 mai Montebourg déclarait au micro de France Inter qu’il était pour un «modèle industriel de tendance colbertiste» avec «plus de puissance publique et moins de libéralisme»… «Nous voulons faire un modèle industriel de tendance colbertiste... (où) la puissance publique a un rôle dans l'économie et intervient. Comme (avec) Colbert, un grand ministre de Louis XIV. C’est ça ce que nous voulons faire».


Maintenant que l’impétrant est devenu « ministre du Redressement productif » du premier gouvernement Ayrault/Hollande, Arnaud Montebourg poursuit son sillon colbertiste. Ce dimanche 20 mai, il a déclaré au JDD  « ma vision est colbertiste, au sens où Colbert était un entrepreneur public, avec des moyens publics, qui soutenait le secteur privé dans le but exclusif de le faire croître et embellir. Nous avons besoin d’entrepreneurs pour assurer la prospérité du pays… ».

 

Avant d’analyser plus avant ce que propose Arnaud Montebourg, un ministre qui aime le verbe et l’histoire, militant de la dé-mondialisation à la tête d’un ministère qui doit gérer la mondialisation, revenons à Colbert. Qui était-il et qu’a-t-il fait ?  

 

Jean Batiste Colbert a été contrôleur général des finances de Louis XIV – cumul des postes de ministre de l'économie, du budget et des finances. L'homme s’est beaucoup enrichi a son poste « de développeur de l’économie France », pour financer les guerres et les fastes de Versailles, alors qu’il était avare des deniers de l'Etat. Il a adoucit la taille (impôt des roturiers) et profondément restructuré et modernisé l’économie française. Ministre « industriel », il engage des programmes de grandes manufactures pour exporter plus et importer moins. Ce superintendant « dirigiste » occupé à faire du mécano économique, négligera l’agriculture. Sa principale « arme » pour développer l’économie française fut le recours au protectionnisme (augmentation des droits de douanes aux frontières) lié à une farouche volonté d’entrepreneur/marchand qui investit pour le compte du Royaume/Etat.

 

De quelle part du programme de Colbert, Montebourg veut-il être l’héritier ? L’avocat qui est ministre du Redressement productif se veut-il dirigiste et/ou centralisateur ? Veut-il nationaliser de nouvelles capacités production industrielle ? Comment pourra-t-il réhabiliter le protectionnisme, interdit au sein de l’Union Européenne et dont la mise en œuvre ne peut se concevoir qu’à l’échelle de l’Europe ? Nos principaux concurrents industriels ne sont pas chinois ou indiens, mais des industriels européens ! Peut-il être autre chose qu’un ministre de la parole ampoulée (et populiste) qui essaye de combler les voies d’eau du navire France ?

 

Je vois assez mal ce que le Colbert du 17ème pourrait apporter à l’économie française du 21ème siècle, si ce n’est traduire la volonté politique « d’industrialiser » le pays mais sans les mêmes moyens que Colbert ! Comme les finances publiques ne permettent pas (plus) de nationaliser des usines, on peut penser que Montebourg tentera de se faire « entendre » comme Etat actionnaires des grandes entreprises publiques pour que celles-ci réorientent leur stratégie/commandes pour vivifier le tissu économique national. De par sa culture politique, Montebourg essayera aussi d’influencer en ce sens les grandes entreprises privées du CAC40. Toutefois, l’effet d’entrainement aura ses limites et il ne s’agit pas de figer l’économie avec la préservation de monopoles/oligopoles, ni de fermer les frontières du pays au sein de l’UE.  

 

Populiste, le ministre du redressement nous promet « un appel à tous les Français de bonne volonté pour qu’ils nous apportent leurs idées. La reconstruction de notre appareil productif est une grande cause nationale… ». Plus classique politique, il nous annonce une multitude de soutiens, « recherche et développement, financement, fiscalité, réglementation, prix de l’énergie » que va inventer son administration. La création de la « banque publique d’investissement, bras armé du redressement productif » qui sera alimentée par la création du livret épargne-industrie, semble l’arme nouvelle majeure, dans la panoplie du ministre. Un outil important mais aux moyens financiers limités…

 

Le ministre néo-colbertiste de Hollande ne me rassure pas, mais ne m’inquiète pas encore. Je jugerai sur pièce, sur la priorité qui sera donnée aux PME/PMI/ETI notamment, sur la décentralisation du développement économique alors que l’Etat doit se muer régulateur qui légifère moins, alors qu’il oriente et soutient… A voir comment le ministre du verbe saura se faire pragmatique, comment il pourra dépasser sa culture de la haute administration et des grands groupes pour s’ancrer dans la réalité… Je relève que jusqu’à présent, c’est la consanguinité de corps et/ou de classe qui a permis à l’administration de s’acoquiner avec les grands groupes du CAC40 au détriment des PME/PMI/ETI. Montebourg pourra-t-il renverser ce travers français ? Un travers très colbertiste selon moi…

 

 

 

Tag(s) : #Politique

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