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Cette semaine, l’énergie est d’une actualité électrique. Je ne parle pas du scandale d’Henri Proglio, qui cumule encore les fonctions à la tête d’EDF et de Véolia Environnement (à défaut du cumul des rémunérations auquel il a du renoncer). Pas plus que de l’augmentation de 45 % du salaire du patron de notre électricien national (de 1,1 million d’euros par an à 1,6) à l’occasion de l’arrivée du bon Henri pote de Sarko. Ce serait populiste mesquin à l’heure où le salaire minimum ne progresse que de 0,5 % en 2010. Tout ça, c’est de l’écume des jours à la cour Sarkozy, mélange des intérêts publics/privés, gratification de l’oligarchie et mépris du peuple, … Tout ça était écrit au menu du Fouquet’s en mai 2007.

 

Ma chronique énergétique est consacrée au solaire en Allemagne, où le gouvernement va renforcer la baisse du « tarif solaire » de 15 % au 1er juillet prochain. Traverser le Rhin ensuite, et revenir sur la réforme du tarif solaire que le gouvernement français souhaite « rétroactif ». Et terminer par l’augmentation du prix de l’électricité en France qui affleure lentement, dans un futur proche.

 

L’Allemagne, championne du monde du photovoltaïque - avec près de 50% du marché mondial en 2009 estimé à un peu plus de 6 GW – renforce la baisse de son tarif d’achat de l’électricité solaire. Moins 15 % au 1er juillet 2010, après une baisse de 9 % au 1er janvier dernier. La réduction sera même portée à 25 % pour les parcs au sol afin d’éviter les conflits d’usage des terres agricoles. Cette baisse est une conséquence logique d’un marché qui accélère (1,5 GW attendus en 2009, 3 GW réalisés) sous l’effet de la baisse des coûts (moins 37 % en un an).

bsw solar pv ausbau 0909

Avec près de 8,5 GW de photovoltaïque installés à fin 2009, l’Allemagne demeure le 1er pays solaire mondial. Et si son industrie est malmenée dans sa 1ère place par l’industrie chinoise subventionnée, le secteur photovoltaïque allemand est un puissant employeur (plus de 50 000 emplois directs), qui exporte pour plus de 6 milliards d’euros de produits par an. Il est poussé par le gouvernement à plus de concentration et d’innovation. Si cette baisse va impacter le marché allemand 2010 qui devrait passer sous l’étiage des 2 GW, bousculer les indices boursiers des sociétés solaires dans l’immédiat, la baisse du soutien public va accélérer la compétitivité.

bsw solar gridparity 0909Les fondamentaux sont bons, même si le parcours de la courbe d’apprentissage n’est pas garanti sans heurt. L’objectif est plus que jamais que l’électricité solaire atteigne la parité réseau outre Rhin d’ici 2013. Rappelons-nous qu’à l’aube des années 2000, l’on installait y moins de 100 MW par an, pour un coût qui semblait prohibitif, sauf pour quelques visionnaires. A court terme (2013 c’est demain), l’électricité solaire sera plus compétitive que celle délivrée par le réseau en Allemagne, alors que le marché mondial aura dépassé les 10 GW par an, à la poursuite d’une courbe d’apprentissage d’un rêve solaire global. Un rêve en grande partie inspiré par l’Allemagne.

 


La France aussi a baissé son tarif d’achat de l’électricité solaire, la semaine dernière. Une baisse légitime donc, où l’on aurait pu avoir le courage de remettre en cause le tarif de 58 c€/kWh, qui est en dehors de toute logique économique. Là où le bas blesse, c’est que le gouvernement voudrait une baisse rétroactive, pour remettre en cause après coup le cadre administratif proposé aux acteurs du marché.


Ecrire en janvier 2010 une nouvelle règle qui s’appliquerait à partir de novembre 2009, sans même énoncer clairement cette règle, voilà ce que propose le ministère de JL Borloo. On nage en pleine novation juridique sujette à recours, avec pour seule motivation de sabrer dans les 3 GW de demandes d’un contrat d’achat, déposées dans les 6 dernières semaines de 2009.


Un sabre aveugle qui vise les « spéculateurs » - dont des entreprises comme EDF EN - et frappe du même coup les entreprises responsables. Sans transparence et sans concertation avec le secteur, le gouvernement écrit sa politique solaire à la marge de la légalité.


Je comprends la nécessité d’intervenir - il en va de 38 milliards d’euros sur 20 ans - mais ce n’est pas une façon de faire ! Ces manières insécurisent un secteur émergent, font douter banquiers et fragilisent des PME et PMI qui s’investissent pour créer un secteur solaire en France. L’Etat jacobin n’est pourtant pas sans moyen pour réguler ce flux de demandes avec efficacité. S’il s’agit de lutter contre les hangars solaires alibis qui sont de véritables centrales solaires sur pilotis, la non délivrance du permis de construire effacerait ces projets « virtuels » et l’on verrait les 3 GW de projets fondre comme neige au soleil. Resterait les projets viables, qui s’inscrivent dans une logique de verdissement du bâtiment, et quelques projets d’opportunistes pour dire vrai. Mais ce serait plus équitable que d’écrire la règle après coup !

 


C’est Libération qui a vendu la mèche cette semaine. Le gouvernement envisage que les tarifs réglementés de l’électricité soient plus élevés lorsque la consommation est forte, afin d’inciter les foyers à réduire leur demande durant ces périodes. Régulation de la consommation par un signal prix, une mesure « grenello-compatible » certes, mais socialement douloureuse pour ceux qui chauffent leur épave thermique avec des grilles pains. Une spécificité française issue de l’électricité atomique, qui va devenir une véritable bombe sociale d’ici 10 ans avec la précarité de l’effet joule. Imaginez le parc immobilier vétuste chauffé à l’électricité…


Aussi, l’avant-projet de loi dit «de réforme du marché de l’électricité» doit être regardé avec attention, car il n’est pas sans conséquences pour le pouvoir d’achat des français. Il va transcrire la fin programmée des tarifs régulés de l’électricité, qui va se traduire par l’augmentation du prix de l’électricité en France par simple ajustement sur les prix moyens du marché européen. C’est la dilution complète du pseudo-avantage compétitif du nucléaire français dans le marché européen.


Sortir de la dérive atom’cratique pour entrer dans celle du libéralisme du prix de l’électricité, verdir la production et adapter la distribution, prendre en compte le coût des gaz à effet de serre, renouveler les infrastructures, financer le démantèlement des plus vieilles centrales nucléaire, tenter de prolonger la vie de celles qui le peuvent, faire face aux tensions sur l’approvisionnement en matières fossiles et fissiles, … la facture qui va flamber. Face à la conjonction de tous ces facteurs, la loi «de réforme du marché de l’électricité» ne pourra guère nous préserver de l’inflation du coût de l’électricité. Au mieux retardera-t-elle une hausse inéluctable, qui va entre doubler et tripler le coût de l’électricité d’ici 10 ans. Cette évolution du coût de l‘électricité ne doit pas rester un sujet clandestin pour initiés. C’est un sujet de société important, surtout en France qui a longtemps vécu enfermé dans son mythe atom’cratique.


Il faut dépasser l’écume des jours à la cour Sarkozy. Le salaire de Proglio est un bien petit sujet économique et social, face au colossal défi du coût de l’électricité d’ici 10 ans en France. Un défi qu’il faut mettre en pleine lumière pour ne pas subir le fait du roi.

Tag(s) : #chronique de la semaine

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