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Ce 20 décembre 2010, s’est tenue à Bercy au Ministère des Finances, la première réunion plénière de la concertation sur le photovoltaïque, coprésidée par Jean-Michel Charpin et Claude Trink. Plus d’une cinquantaine de représentants d’organisations directement concernées par le développement du solaire se sont réunis en conclave, autour des deux haut-fonctionnaires. Les parties prenantes du développement du photovoltaïque en France étaient chauffées à blanc par le décret suspension/purge du 9 décembre. Mais la concertation n’est pas sensée aborder (et encore moins soigner) le cas d’une filière plongée dans un coma artificiel. Elle n’est là que pour « éclairer » l’avenir, pas pour corriger l’arbitrage politique déjà opéré, même s’il est douloureux ou mortifère. D’ailleurs, le niveau politique était cruellement absent de la réunion, personne des cabinets ministériels, justes des fonctionnaires représentants leur administration. Parfois, la France est surréaliste… ;-(((


La concertation doit se conclure le 11 février 2011, avec une réunion de synthèse sur le projet de rapport écrit par JM.Charpin et C.Trink, après 3 autres réunions plénières (12, 17 et 24 janvier), l’analyse des contributions, et les multiples échanges bilatéraux. Si le timing pourrait faire penser à une opération commando pour « sauver le soldat solaire », ma main à couper que le rapport est déjà pré-écrit, et que la concertation n’est qu’un habillage. Deux doigts de sucre pour faire passer la potion amère ;-(((


J’en veux pour preuve une concertation étriquée qui refuse de revenir sur les objectifs arrêtés en 2007 à propos de la place du photovoltaïque en France d’ici 2020. Elle a un périmètre limité à la régulation des nouveaux tarifs, elle n’est pas là pour conduire un aggiornamento de la politique solaire française. Ainsi, la suspension des tarifs d’achat de l’électricité solaire, est une menace qui planera sur le secteur au sortir de la concertation. Sans remise à jour de la programmation pluriannuelle d’investissement concernant le photovoltaïque, le gouvernement pourra toujours utiliser à discrétion le bouton du « stop&go ». De quoi effrayer n’importe quel entrepreneur ou investisseur…

 

La concertation vise en priorité à réguler les tarifs (objectif prioritaire des deux premières réunions), avec un volume de marché limité et segmenté (résidentiel, grande toiture, centrales au sol). Elle n’abordera qu’en second lieu le développement de la filière. Ainsi, la logique comptable prime jusque dans l’agenda, l’émergence d’une éco-filière solaire n’est qu’un effet secondaire d’une dépense que l’on cherche à comprimer…   

 

La feuille de route de la concertation, écrite à l’encre invisible par le gouvernement Sarkozy pour Jean-Michel Charpin et Claude Trink, est de mettre sous l'étouffoir la filière photovoltaïque française, sans que cela n’émeuve trop les français. L’objectif est de cantonner le développement de la filière, au moins jusqu'en mai 2012. Nous sommes revenus au temps ante-Grenelle de l’Environnement, où l’électricité solaire était considérée comme une utopie luxueuse. Il est hors de question que la France suive l’Allemagne dans sa course au solaire, avec un objectif minimal de 52 000 MW installés en 2020. Droit dans ses bottes, le gouvernement Fillon ne lâchera rien des 5 400 MW qu’il pose en plafond pour la filière d’ici 2020, quitte à priver la France d’une industrie solaire pour le 21ème siècle. C’est triste mais c’est comme cela … ;-(((

 

Le seul coup de théâtre de cette réunion de concertation, a été la révélation sur le portefeuille d’EDF-EN. Son PDG, M. Mouratoglou a du avouer 980 GW sur un total de 1300 MW dans la file d’attente de RTE. Cette file d’attente « nouvelle », qui vient abonder celle d’ERDF qui totalisait elle-même 3500 MW avant le décret, et où EDF EN doit avoir directement 3 à 400 MW. Complétée de la myriade de filiales et coquilles d’EDF pour dominer le marché solaire français (EDF ENR, Everbat, …), l’électricien national joue ainsi un rôle primordial dans la distribution des « spéculateurs » désignés par le gouvernement. Peser pour un tiers de la bulle solaire, ça fait mauvais genre pour EDF alors que le gouvernement n’a pas jouer son rôle d’actionnaire de l’entreprise publique. Le pire, c’est que ce sont des PME et PMI qui vont payer l’addition sociale de l’appétence solaire de l’électricien national. Une appétence motivée par le gain et l’avidité, et avec un brin de machiavélisme, par l’implosion du système !

 

 

Pour conclure, reconnaître qu’avec le décret de suspension du tarif d’achat de l’électricité solaire, le gouvernement a frappé sans discernement. PME et PMI éco-entrepreneurs vont souffrir, voire faire faillite, tandis que le pipeline d’ED EN est lui aussi vidé. EDF EN fera surement un « profit warning » dans son information financière à la fin décembre, à propos de son activité solaire française, les employées des petites entreprises solaires iront eux pointer au pôle emploi… Vous avez parlé d’équité ?

 

 

 

P.S : le photovoltaïque semble géré en France comme au temps du Gosplan russe, par un comité étatique pour la planification déconnecté de la réalité. Pour faire un parallèle, si nous gérions les télécommunications comme l’électricité, nous continuerions de promouvoir le Minitel à l’heure de Google et de l’IPhone, parce que le Gosplan français l’a prévu !!! Autant faire un, puis deux EPR, engager un pilote d’Atméa (réacteur nucléaire de moyenne puissance), plutôt que de donner leur chance aux énergies renouvelables. Le Gosplan électrique français n’a pas réellement intégré les nouvelles technologies de l’énergie. Et avec son arrogance, notre haute fonction publique atom’cratique voudrait avoir raison devant le reste du monde !!!

 

Tag(s) : #Solar Buzz

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