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Cela relevait du secret défense de polichinelle, la réunion du Conseil de politique nucléaire prévue en mars, a été avancée au lundi 21 février. Le Monde daté du 22 revient sur les principales décisions de ce CPN, qui a réuni Sarkozy, Fillon, Besson, Lauvergeon, Proglio…


Relevé de décisions du Conseil de Politique Nucléaire après les arbitrages du gouvernement :

  •  Filialiser l’activité minière d’Areva
  •  Négocier un contrat d'approvisionnement en uranium à long terme entre Areva et EDF
  •  Ouvrir le projet de réacteur de moyenne puissance ATMEA-1, développé par Areva et Mitsubishi avec GDFSuez, à EDF et aux "autres acteurs intéressés"
  •  Mettre à l’étude le projet de construction en France d’ATMEA-1
  •  Mettre en place une cellule de coordination « export » avec EDF en chef de file
  •  Coopérer avec la Chine, dans le cadre d'un "partenariat global", pour la mise au point d'un réacteur nucléaire de moyenne puissance (1 000 mégawatts) de 3e génération

 

Quelques commentaires sur ces décisions.

 

La filialisation de l’activité minière d’Areva, vise dans un premier temps à définir la valorisation de cette activité dans le bilan du groupe. En effet, alors que des rapprochements capitalistiques étaient imaginés entre Areva et EDF pour le développement de cette activité, le point d’achoppement infranchissable était sa valorisation financière. EdF voulait « rentrer » dans cette branche d’Areva au meilleur prix, tandis qu’Anne Lauvergeon faisait monter les enchères pour décourager l’électricien national. Ainsi, la filialisation est une première étape du mécano…

 

Etablir un contrat d'approvisionnement en uranium à long terme entre Areva et EDF, est la suite naturelle de la décision de filialisation. Talon d’Achille du nucléaire, l’approvisionnement en minerai non renouvelable et de plus en plus convoité, pose la question de soutenabilité à oyen terme de la filière électronucléaire française. Rareté et compétition internationale pour l’accès au yellow cake, feront jouer à la hausse son prix. A défaut de pouvoir mettre la main directement sur les mines d’Areva, EDF va tenter de négocier un contrat avantageux pour alimenter ses centrales nucléaires.

 

Le choix d’ouvrir le projet ATMEA 1 à EDF, et celui de mettre à l’étude sa construction en France, sonnent comme un aveu de l’échec de l’EPR (trop gros, trop compliqué à construire, trop cher, …). GDFSuez, qui était derrière Areva sur ce nouveau type de réacteur, aura sans doute profité de cette ouverture à EDF, pour négocier un accès « régulé » à la production d’électricité nucléaire d’EDF à prix préférentiel. Cela me semble la condition du deal. Ce que l’on ne sait pas, c’est si le projet d’ATMEA-1 remplacera le projet d’EPR à Penly, dont GDFSuez s’était retiré en septembre dernier, tandis que la construction de l’EPR à Flamanville explose les délais et les budgets…

 

Mettre EDF comme chef de file pour exporter le savoir faire français en matière de construction et d’exploitation de centrales nucléaires, est dans la logique de « grand champion national ». Toutefois, je tique sur le « partenariat global » avec la Chine. L’accès au marché chinois ne se fera pas sans transferts technologiques. Ainsi, la France envisage pour le bénéfice d’EDF, de donner le savoir-faire français au chinois, sur une technologie sensible. Cela aura pour conséquence de « fabriquer » un nouveau concurrent sur le marché international, où l’offre chinoise viendra en compétition avec l’offre française. Ainsi, le bilan de l’opération en termes d’emploi et de création de valeur en France est sans doute discutable, mais que ne faut-il faire pour gonfler le chiffre d’affaire d’EDF… Question perfide pour ce partenariat global avec la Chine, que vont faire les français pour contrer la Chine, qui profite de ses immenses ressources financières pour préempter des quantités de minerai d’uranium sans commune mesure avec ses besoins actuels ?

 

Le président Nicolas Sarkozy discutera certainement de ce partenariat global avec le président chinois Hu Jintao fin mars en Chine, à l'occasion du séminaire du G20 organisé à Pékin. Au moins du volet « transfert technologique », celui du minerai risquerait de fâché le président Hu Jintao ;-).

 

 

MAJ du 22/02/1 - 15h08 - Le site du Monde nous informe que le décret de construction de la centrale nucléaire EPR de Penly devrait être signé fin mars. Sous Sarkozy, ce sont donc deux EPR et un Atmea qui devraient être initiés, soit plus de 4 GW de nouvelles capacités nucléaires. Qui a dit qu'on devait respecté l'objectif de 23 % d'EnR d'ici 2020 ? ;-(((

 

Tag(s) : #France atom’cratique

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