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La cour des comptes doit remettre un rapport d’investigation sur les coûts de la filière nucléaire civile, le 31 janvier prochain. Son enquête en amont et en aval de la filière, jette une lumière crue sur la faiblesse économique de la production d’électricité nucléaire. D’après plusieurs fuites dans la presse (La Tribune, Les Echos, …), la cour des comptes n’a pas pu éclaircir les gigantesques incertitudes sur le coût du démantèlement des centrales françaises, ni sur celui de la gestion à très long terme des déchets. Les évaluations opérées par EDF lui paraissent farfelues, ce qui permet à l’électricien de passer des provisions insignifiantes au regard des potentiels coûts à couvrir.

Les sages de la rue Cambon ne sont pas tendre avec EDF, dont ils remettent en cause le mode de calcul des charges de démantèlement évaluées par EDF à 22,2 milliards d’euros avec 262 millions d'euros par réacteur de 900 mégawatts.

En langage technocratique cela donne, ces chiffres « doivent être regardés avec précaution, l'expérience en la matière, tant d'EDF [centrales de première génération] que du CEA ou d'Areva, ayant montré que les devis ont très généralement tendance à augmenter quand les opérations se précisent, d'autant plus que les comparaisons internationales donnent des résultats très généralement supérieurs aux estimations d'EDF »… L'actuelle méthode pour le calcul de ses provisions de démantèlement « ne permet pas un suivi suffisamment précis des évolutions de ces provisions ».

L’expérience internationale en matière de démantèlement de réacteur nucléaire est balbutiante, toutefois, elle montre un coût compris dans une fourchette de 670 millions à 1,2 milliards d’euros par réacteur. Et comme ce coût dépend du niveau de contamination de la cuve et des structures, contamination qui va augmenter avec l’augmentation de la durée d’exploitation des centrales (+10 à 20 ans espère EDF), les 262 millions d’euros / réacteur d’EDF paraissent bien insignifiants. La facture pour démanteler le parc français pourrait passer de 22,2 milliards  d’euros à plus de 100 milliards. Soit une sacrée augmentation à venir sur le prix du kWh, surtout qu’EDF n’a pas réellement mis de fric de côté pour payer les 22 premiers milliards d’euros de démantèlement…

Pour la gestion à long terme des déchets nucléaires, nos crânes d’œuf d’EDF, d’AREVA et du CEA sont tout aussi légers que pour évaluer les coûts de démantèlement du parc. Ils sont épinglés par la cour des comptes sur le projet de stockage souterrain prévu à Bure dans la Meuse, qui voit son coût dériver. La facture finale pourrait osciller entre 15 et 35 milliards d'euros. L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) et les exploitants doivent remettre un nouveau chiffrage fin 2012. Ça promet…

Grâce aux fuites sur ce rapport de la cour des comptes, on sait que l’on ne sait pas le montant des dépenses pour déconstruire le parc des centrales nucléaires et gérer les déchets. Les apôtres et gardiens de l’atomcratie cultivent l’opacité et leurs experts sont des adeptes du calcul magique qui fait valser les milliards. C’est peut-être une paille pour des gens qui vivent de et pour le nucléaire, mais dépenser 37 milliards d’euros (22 + 15 de Bure) ou 137 (102 + 35), pour démanteler le parc et construire le site d’enfouissement des déchets à Bure, ce n’est pas du tout la même chose. C’est le pouvoir d’achat des français qui est menacé, avec des augmentations significatives du prix de l’électricité à venir. RdV le 31 janvier, avec le rapport final officiel, pour voir si la cour des comptes évalue les augmentations du kWh nucléaire à venir.


Quand on constate que les coûts de la sûreté peuvent eux aussi peser sur le prix du kWh, alors que le rapport de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur les travaux à effectuer sur le parc français pour tirer les leçons de Fukushima n’est pas pris en compte par la cour des comptes, mais va nécessiter 10 à 15 milliards de nouveaux investissements par EDF, on peut légitimement s’interroger sur la compétitivité du kWh nucléaire.  Seule certitude, la facture va flamber, les français vont passer à la caisse, et nous allons perdre en compétitivité relative !!!


La transparence qui avance peu à peu sur la filière nucléaire française est une bonne chose pour que nous puissions opérer des choix démocratiques sur l’énergie. Coûteuse et dangereuse, l’électricité tout nucléaire en France devient d’un coup beaucoup plus difficile à faire passer par l’atom’cratie. D’un côté nous avons une électricité nucléaire dont le prix va mécaniquement augmenter, parcourir la courbe d’apprentissage du nucléaire va nous coûter de plus en plus cher. De l’autre nous avons l’électricité renouvelables (éolien, photovoltaïque, cogénération biomasse…) dont le coût baisse régulièrement avec une courbe d’apprentissage vertueuse, ce sera toujours moins cher.
 

Tag(s) : #France atom’cratique

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