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« D’un retournement l’autre », de Frédéric Lordon, est une lecture estivale que je voudrais partager pour la rentrée. Elle est à lire en toute saison, et plus particulièrement maintenant alors qu’une nouvelle crise financière sévit (et de préférence avant de glisser un bulletin dans l’urne en mai 2012). Cette comédie sérieuse sur la crise financière, comme énoncé en première de couverture, parue au Seuil, est un trésor d’indignation qui condense deux ans de crise économique qui nous fait rire jaune.


Peu de personnages en fin de compte. Un président, un premier ministre, quelques conseillers, un trader et des banquiers, suffisent à incarner une dramaturgie dont nous sommes tous les dindons. Pour décor, quelques lieux de pouvoir qui régissent notre société livrée au capitalisme financier. On imagine que l’auteur parle de la France tant le président est petit, égotique et agité par son propre verbe, mais ce pourrait être ailleurs ou une comparaison hâtive de ma part … ;-)

 

La pièce est écrite en alexandrin et quatre actes. Assez pour démonter les ressors de l’histoire récente de la crise financière de 2008, ses causes et ses conséquences. Le choix de sauver les banques sans réformer le système, pour ensuite faire payer l’addition au peuple. La décision de réarmer les financiers/spéculateurs qui avaient failli, à coup de montagne de dette publique sans contrepartie, pour que ceux-ci réanimés viennent après exiger leur lot de sacrifices et de rigueur, pour que l’upper-class puise continuer de se gaver… C’est une synthèse rapide et imparfaite de ce que Frédéric Lordon dit si bien en 127 pages.

 

L’auteur, économiste, ne fait pas que dénoncer le cynisme d’une élite dévouée au dieu finance, il émet aussi quelques propositions. Deux entre autre, me semblent être des solutions à mettre en œuvre dans les meilleurs délais. Favoriser le financement du déficit par l’emprunt public auprès d’investisseurs citoyens et non du marché financier international. Et l’achat de la dette nationale par la banque centrale.

 

A l’heure où le poids de la dette publique des USA et d’Europe - alourdie pour une bonne part des mauvaise créances privées « socialisées » - fait vaciller les bourses mondiales (grosses baisses en août), l’opuscule de Lordon fait déciller le regard. La dérégulation financière a failli, les Etats ont sauvé les coupables voraces et voilà que ceux-ci se font de nouveau maîtres des politiques. Ils plaident l’orthodoxie à leur seul avantage, telle une science infuse qui leur serait toujours favorable. Jusqu’à quand ? Jusqu’au prochain choc systémique qui va enfin mettre à plat un système financier démesuré par rapport à l’économie réelle, devenu fou et hors de contrôle. L’autre option serait un soulèvement des peuples. J’y crois moins, mais d’un retournement l’autre, l’un peut en cacher un autre et après celui des marchés, venir celui des peuples.

 

Tag(s) : #Politique

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