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On ne fête pas l’anniversaire d’une catastrophe, on s’en souvient, avec de la compassion pour les victimes. 11/03/11, la côte Nord-Est du Japon était ravagée par un tsunami et la centrale nucléaire du Fukushima partait en bibine. Inondation, perte du contrôle des réacteurs sans leur source froide, explosions, fusion partielle ou totale des cœurs des quatre réacteurs, rejets radioactifs dans l’air et l’eau… L’enchaînement « réputé impossible » s’est produit. Le pays à la pointe de l’innovation technologique et de la qualité, a démontré par l’exemple que le nucléaire civil pouvait devenir incontrôlable. 1 an après cette catastrophe nucléaire, les ingénieurs sont toujours à l’œuvre pour tenter de maîtriser le monstre sortie de son antre. Des dizaines de milliards de dollars seront nécessaires pour « sécuriser » le site de la centrale, cela prendra des années. La contamination des sols condamne l’agriculture locale et empoisonne ceux qui sont restés…

Le nucléaire civil est une énergie politique, qui a besoin de la double adhésion des gouvernements et des populations, comme le souligne l’éditorial du Monde daté du 11 mars 2012. L’onde de choc politique de la catastrophe de Fukushima a atteint l’Allemagne, l’Italie et la Suisse. Ces trois pays ont décidé démocratiquement de sortir du nucléaire civil. Il est temps faire entrer la question de l’option nucléaire dans la sphère démocratique en française, après 40 ans de politique énergétique confisquée par l’atomcratie.  

L’atomcratie française, c’est l’alliance pluri-décennale de l’administration et de grands groupes forgée par le corps de Mines, encouragée/relayée/couverte par des élus de droite et de gauche, qui est hors de contrôle démocratique et qui a imposé aux français d’être les plus nucléarisés au monde. L'atomcratie française nous explique aujourd’hui qu’elle va tenir compte du retour d’expérience de Fukushima. Par conséquent, il est hors de question pour elle de remettre en cause l’option nucléaire pour l’électricité du pays. Même abaisser la part du nucléaire dans le mix électrique est pour elle un crime de lèse-majesté. Pas touche au grisbi, faudrait que ça pète en France pour ébranler cet Etat dans l’Etat qui nous prépare un avenir radioactif.

L’atomcratie française a beaucoup de points communs avec l’atomcratie japonaise, mise en accusation depuis la catastrophe. Opacité du secteur nucléaire, manque d’indépendance des autorités de contrôle, mansuétude de l’administration, complicité d’une part de la classe politique achetée d’une façon ou d’une autre, contrôle des médias avec l’achat de publicité…, sont des traits communs plus ou moins saillants.

En France, l’autorité de sureté nucléaire s’est un peu revigorée, un coin de voile a été levé sur l’économie du nucléaire par la cour des comptes, le coût de l’électricité nucléaire va augmenter…, mais l’atomcratie veille au grain. Elle utilise ses relais au PS et dans les syndicats pour adoucir Hollande dans son verdissement, alors qu’elle est très satisfaite de son meilleur avocat en la personne de Sarkozy

Une pincée d’énergies renouvelables pour se peindre en vert, et surtout prolonger au maximum la durée d’exploitation de nos vieilles centrales, construire quelques EPR et autres ATMEA et pomper l’argent public pour préparer l’avenir avec des centrales de 3ème et 4ème génération.  C’est la politique énergétique pour la France défendue par l’atomcratie. Elle est reprise à la lettre par Sarkozy et est écornée/amendée par Hollande, qui propose une baisse programmée de la part du nucléaire à 50% du mix électrique en 2025.

  

Pour conclure ce billet et dépasser le « pour ou contre » le nucléaire, je propose à François Hollande une mesure fédérative forte, symboliquement ancrée à gauche, qui pourra réconcilier les syndicats et les écologistes sur la question du nucléaire, qui renforcera la sûreté des français: en finir avec l’esclavage des sous-traitants du nucléaire en France.

Je vous incite à aller visiter le site « ma zone contrôlée… va mal ! » tenu par un groupe de salariésmilitants sous-traitants de l’industrie nucléaire française. Ces soutiers du nucléaire osent prendre la parole, au risque de perdre leur emploi précaire pour lancer l’alerte sur les dérives managériales du nucléaire. La sous-traitance prend de telles proportions - 80% de la maintenance des installations avec jusqu’à 8 niveaux d’entreprises différentes entre le donneur d’ordre et l’entreprise qui exécute - qu’elle fragilise la sûreté des installations. Ces sous-traitants sont payés au niveau du SMIC, certains parcourent 45000 Km par an par leurs propres moyens. Ils sont considérés comme de la viande à radiations et se prennent 80% des doses, alors qu’ils n’ont pas le même suivi médical que leurs collègues d’EDF et d’AREVA. Ils perdent leur emploi au gré des marchés et de leur niveau de contamination... Leur revendication d’en finir avec cet esclavage moderne me semble légitime, on doit les entendre avant même d’engager le débat sur la politique énergétique.

Je ne plaide pas pour « nationaliser » l’énergie en France. Mais l’amélioration des conditions de travail des sous-traitant du nucléaire ne peut être ignorée par l’atomcratie et les français. Les cols blancs du corps des mines doivent ouvrir les yeux et revoir le modèle social d’exploitation du nucléaire, où les cols bleus qui n’ont pas la chance d’être employés par EDF et AREVA sont sacrifiés sur l’autel de la compétitivité à l’encontre de la sûreté des français.

 

Tag(s) : #France atom’cratique

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