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Ça ne fait pas les gros titres des journaux, tout juste 50 articles/pages/billets pointés par Google actu ce 26 décembre, alors que la Hongrie organise une dictature médiatique molle et va prendre d’ici quelques jours, la Présidence de l’Union européenne pour six mois. Bien plus proche que la Côte d’Ivoire, bien plus sournois qu’un bourrage d’urnes, le cas hongrois fait honte à l’Europe et à ses valeurs démocratiques. Et le pire, c’est que cela n’indigne point trop les chancelleries des Etats membres, ni la Commission européenne, alors que les députés européens sont repartis dans leurs pénates pour la trêve des confiseurs… Il n’y a guère que quelques sentinelles de l’Europe qui s’alarment de la dérive totalitaire de la Hongrie.

 

Voici les faits : dans la nuit du 20 au 21 décembre, la nouvelle loi sur les médias adoptée par le Parlement hongrois, va soumettre l’ensemble des médias (écrits, audiovisuels et internet) au contrôle du parti conservateur majoritaire, le Fidesz. Ainsi, le premier ministre Viktor Orban, va devenir le premier censeur d’Europe en même temps qu’il prendra la présidence tournante de l‘Union. Doté d’une nouvelle arme législative, Viktor Orban pourra exiger des médias qu’ils  « corrigent » les informations considérées manquantes « d’objectivité politique », et le cas échéant, les sanctionner par de lourdes amendes (de 89.000 à 700.000 euros) pour des articles ou émissions considérés comme renégats. Pire, l’autorité nationale hongroise pourra exiger que les médias soumettent leurs articles et émissions a priori, avant publication ou diffusions. Elle aura un droit de perquisition sans qu’aucun autre délit de lèse-gouvernement ne soit identifié, et pourra violer en toute impunité le secret des sources.

 

Selon Jean Quatremer, qui suit l’actualité européenne pour Libération, au 23 décembre, l’Allemagne était le seul Etat membre à avoir vivement réagi : « l’Union européenne a un noyau de valeurs communes auxquelles appartiennent l’indépendance et le pluralisme de la presse », a déclaré Markus Löning, le représentant pour les droits de l’homme dans le gouvernement d’Angela Merkel. Si la Commission européenne est désespérément silencieuse, le Parlement européen sauve l’honneur des institutions communautaires, avec Guy Verhofstadt, président du groupe libéral et démocrate et Daniel Cohn-Bendit, président du groupe Vert au PE, qui ont réagi : « le temps de la Pravda, c’est terminé ! Cette nouvelle loi est inacceptable », a lancé Verhofstadt. Il s’agit « d’une mise sous tutelle de la presse intolérable pour un pays membre de l’UE. Cette nouvelle loi, clairement répressive, est en contradiction totale avec le traité européen, la Charte des droits fondamentaux et la Convention européenne des droits de l’homme », a surenchéri Cohn-Bendit.

 

Viktor Orban est un conservateur populiste, qui profite de son écrasante majorité dans son parlement national, pour organiser une dictature molle en Hongrie, au sein de l’Union Européenne, et pas seulement dans les médias. Musellement de l’opposition et mise au pas de la justice, sont deux autres versants de son gouvernement autoritaire. Avec les médias entravés et bâillonnés, Viktor Orban ne compte pas être importuné par ceux qui ne sont pas d’accord avec ses idées.

 

Cette loi « contre l’indépendance éditoriale des médias » doit entrer en vigueur le 1er janvier, le jour-même la Hongrie prendra la présidence tournante de l’Union européenne. C’est indigne de l’Europe. Après une présidence belge privée de gouvernement, les six mois qu’inaugure Budapest sont de bien mauvais alois pour la légitimité européenne à prôner et incarner les droits de l’homme à la face du monde.

 

Bien entendu,  Viktor Orban n’a pas encore égalé le chef du PCF hongrois de 1956, qui approuva l'écrasement de la révolution par l'URSS qui fit plus de 3 000 morts. C’est un homme totalitaire modéré qui use des moyens de son temps. Point de chars ni d’hommes en arme pour mâter le peuple, mais une organisation répressive de l’espace médiatique national pour réduire le libre arbitre et fausser le jeu démocrate. C’est moins sanglant et bien plus efficace, pour contrôler la population…

 

Je relève que les blogueurs européens s’organisent plus vite que les gouvernements. Le site bloggingportal.eu a lancé l’initiative “European blog action against censorship in hungary”. L’idée est simple : relayer l’indignation des blogueurs contre la censure hongroise et le faire savoir directement au service presse de la présidence hongroise du l’UE : press.beu@kum.hu. Ce billet y participe, pour faire vivre la citoyenneté européenne et pour rappeler à Viktor Orban, qu'être un chef de gouvernement d'un Etat européen oblige à des devoirs et des réserves.

 

 

 

P.S. : je souhaite très vivement que Nicolas Sarkozy sorte de sa silencieuse retraite marocaine où il passe ses vacances, pour s’indigner des mesures liberticides du parti hongrois de Viktor Orban. Pour le moins, il se doit de réagir avant le 1er janvier.

PS.S. : le PPE, Parti Populaire Européen au Parlement européen, va-t-il oser condamner la loi hongroise sur les médias ?

 

Tag(s) : #Europe

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