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Samedi 23 février, l’émission CO2 Mon amour est revenue sur la question du coût du risque nucléaire en France, suite à l’étude de l’IRSN qui chiffre un accident de 120 à 430 milliards d’euros, avec la chronique de Nathalie Fontrel. L’occasion pour la journaliste spécialiste des questions environnementales à France Inter, de relier cette information au rapport de la Cour des Comptes paru début 2012 sur les coûts de la filière nucléaire.


La vénérable institution de la rue de Cambon faisait ce constat : le système d’assurance mis sur pied pour les risques liés au nucléaire civil est très insuffisant, les règles actuelles ne permettent pas de couvrir les dommages d’un accident, même d’ampleur limitée.

 

Et de rappeler que GreenPeace analyse cette couverture du risque essentiellement par l’Etat comme une subvention au secteur du nucléaire civile, car elle évite à l’exploitant des coûts d’assurance faramineux. Actuellement, le montant maximum de la responsabilité d’EDF est de « 91, 5 millions d’euros par accident survenant sur une installation nucléaire », il est « limité à 22, 9 millions lorsque l’accident concerne une installation à risque réduit ou le transport de substance nucléaire ». Au-delà de cette somme, la charge financière incombe à l’État pour un montant maximum de 345 millions d’euros. L’ONG demande de mettre en place un régime de responsabilité illimitée comme en Suède et en Allemagne, et d’étendre la responsabilité des exploitants aux fournisseurs du nucléaire.

 

Si l’on intégrait la couverture du risque économique d’un accident nucléaire dans le coût du MWh électronucléaire, l’électricité nucléaire deviendrait chère, très chère… Etre assuré pour quelques millions d’euros quand le risque est évalué en centaines de milliards, est une mauvaise pratique de gestion nationale.

 

Le Débat National sur la Transition Energétique (DNTE pour les intimes) va-t-il permettre de changer les choses sur ce point? J’en doute, ou alors à la marge, car nous sommes en atomcratie, ne l’oublions pas ! Le MEDEF et la CGT sauront s’allier pour convaincre le gouvernement que cela plomberait l’économie française en renchérissant « artificiellement » le prix de l’électricité nucléaire. Pouvoir d’achat des français et défense de l’industrie électro-intensive, serviront d’étendards pour plaider le statuquo. Argument imparable pour un gouvernement d’un pays sans croissance économique… Cette mesure juste et nécessaire sera sans nul doute remise à plus tard, repoussée sine die et nous continuerons de faire les autruches sur la couverture du risque d’accident nucléaire…

 

Peut-être l’atteinte à la libre concurrence entre filières énergétiques pourrait ouvrir un angle de contentieux juridique, pour que les filières lésées par cette subvention déguisée au nucléaire civil puissent ester auprès d’une autorité européenne afin de mettre à fin à leur préjudice. Des décennies de procédure avec un bataillon de juristes, sans assurance sur l’issue pratique de la saisine…

 

 

L’atomcratie est chez elle en France, elle mettra sous le tapis cette question d’assurance du risque ! Elle est tellement sûre d’elle-même qu’elle se rebiffe face à l’objectif présidentiel de réduire la part de l’électricité nucléaire de 75 à 50% d’ici à 2025. Son problème est qu’avec une consommation d’électricité qui va stagner avec la progression de l’efficacité énergétique, baisser la part du nucléaire dans le bouquet énergétique revient à fermer des centrales. Ainsi, dans tout Paris l’atomcratie se répand pour dire que « fermer une seule centrale, ce sera Gandrange puissance 4 ! ». Nous n’avons pas fini d’entendre ce chantage à l’emploi de la part d’une filière électronucléaire qui défend ses intérêts particuliers contre l’intérêt général.

 

Tag(s) : #France atom’cratique

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