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L’accord EELV-PS a mis en lumière la problématique du nucléaire en France. C’est nouveau que cette problématique soit autant présente dans les médias hexagonaux, alors que la France avait choisi et entretenait sa dépendance à l’atome depuis trente ans, sans que cela ne soit un sujet de discussion au-delà d’un cercle d’experts et de militants (pro et contre). Il était hors de question de critiquer/questionner cette fierté atomique nationale, sans être considéré comme un traitre à la patrie. L’atomcratie avait blindé son jeu, à gauche, à droite, au niveau syndical, politique et médiatique, de l’administration... La question du nucléaire civil, de ses risques et de ses coûts, ne se posait tout simplement pas sur la place publique. Avec le changement climatique, la planète entière était censée se couvrir de centrales atomiques, nous français champions du monde du nucléaire allions rafler la mise, le pays devait servir de vitrine technologique atomique, EPR, 4ème génération, MOX…, jusqu’à la fusion avec ITER. Hors de question de laisser une place significative au développement de technologies vertes alternatives, quand on a du nucléaire, les énergies renouvelables sont un luxe dont on peut se passer…

 

Et puis il y a eu la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne qui a décidé de sortir du nucléaire civil, suivie de l’Italie et des Suisses. Et certains en France ont commencé a douté, à droite mais surtout à gauche, que la doxa atomique devait être la pensée unique pour écrire la politique du pays. 2012 n’est pas 1981, le PS a besoin des voix écologistes pour gagner. Par ailleurs les modèles énergétiques verts (énergies renouvelables et efficacité) sont à fort potentiel économique et social (emplois, balance commerciale, sécurité énergétique…), ce modèle énergétique vert s’incarne réglementairement dans l’embryon de politique énergétique européenne. Aussi, l’accord PS-EELV rééquilibre la politique énergétique française et donc bouscule le secteur nucléaire. Le sol se dérobe sous les pieds de l’atomcratie, son hégémonie hors de tout cadre démocratique depuis trente ans est remise en cause.

 

Hollande n’est pas un mou, ni un écologiste radical. Il propose d’arrêter la fuite en avant dans laquelle l’atomcratie nous enfermait jusqu’à présent. Sa synthèse énergétique permettra un développement massif de l’électricité renouvelable (éolien et solaire) sans que la France renonce dès à présent et totalement au nucléaire. S’il laisse finir l’EPR de Flamanville, Hollande s’engage à faire baisser la part d’électricité nucléaire de 75 à 50% d’ici à 2025. Il sera toujours temps, en 2017, 2022, d’ajuster le tir d’une trajectoire de sortie du risque nucléaire à moyen/long terme. Concrètement, cet engagement se précise dans l’accord PS-EELV par la fermeture de 24 réacteurs d’ici à 2025.

 

Cela fait tanguer l’atomcratie, qui n’a qu'un mot pour qualifier l'accord PS-EE-LV : "un saut dans l'inconnu". Le secteur nucléaire goûte fort peu cet accord politique, qui propose au français d’exercer enfin un choix démocratique en matière d’énergie. Faire baisser la part d’électricité nucléaire de 75 à 50% d’ici à 2025 enfin de la place aux énergies renouvelables, serait une « hérésie hollandaise » pour le lobby de l’atome et l’UMP, qui ont là un combat commun. Tous les maillons socialistes de l’atomcratie sont mobilisés/activés pour calmer les ardeurs vertes du candidat. Ainsi, Bernard Cazeneuve, maire de Cherbourg-Octeville près du site d'Areva de la Hague, par ailleurs porte-parole de François Hollande a été approché par Areva. Celle-ci lui a fait part «des conséquences économiques, sociales, industrielles, environnementales très graves, qui conduiraient aussi à la disparition du leadership de la France dans le nucléaire civil», à propos du renoncement au MOX, épine sensible entre ELV et le PS. Roussely, l’ancien président d’EDF qui a été missionné par Nicolas Sarkozy pour réaliser un rapport sur « l’avenir de la filière française du nucléaire civil », rapport resté classé secret défense, a été envoyé comme émissaire auprès de Hollande…

 

L’atomcratie a sorti l’artillerie lourde pour faire comprendre aux médias, qu’elle déteste l'indépendance de la presse. Henri Proglio qui n'a pas apprécié un article de «La Tribune», qui affirmait que d’aucuns à EDF pensaient qu’il faudrait  abandonner le réacteur EPR, a demandé à l’entreprise qu’il dirige annule ses commandes d’espace publicitaire jusqu’à la fin 2011 dans «La Tribune». Ce journal est puni pour l’exemple, trop d’indépendance et d’esprit critique contre le nucléaire et les choix stratégiques d’EDF, et l’on vous ferme le robinet publicitaire.

 

L’atomcratie est passée en mode lobby défensif. Hollande et sa synthèse énergétique, c’est une atteinte à ses intérêts. Le lobby du nucléaire va passer tout son temps d’ici à mai 2012, à décrédibiliser cette proposition d’une baisse d’1/3 de sa contribution au mix électrique français. L’atomcratie est gourmande, elle ne veut pas se contenter d’une base à 50% du mix, elle a la culture de l’hégémonie. Cette position outrancière va sans doute la décrédibiliser, enfin, je l’espère.

 

 

Tag(s) : #France atom’cratique

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