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Audrey Garric, journaliste au Monde.fr où elle tient un blog/rubrique « chroniques d’une économie sociale et durable » de bonne facture que je lis régulièrement (également disponible sur FB). Elle a fait récemment un billet sur la cartographie du lobby nucléaire français par GreenPeace (Facenuke), et à la suite un autre article sur les réactions « houleuses » de certains pointés par l’ONG écologiste.

Avec son billet sur Facenuke, la journaliste n’a pas peur de faire échos dans le monde.fr à des travaux indispensables à la démocratie pour écrire la politique énergétique française. Ainsi, elle cite Karine Gavand, chargée des questions politiques chez Greenpeace : « Cet outil permet de prendre conscience que le secteur du nucléaire est plus qu'un lobby : il fonctionne comme une sorte d'Etat dans l'EtatIl s'est autonomisé et renforcé depuis sa construction dans les années 1970. Il se régénère en recyclant les retraités et formant la relève »..

Facenuke permet de savoir comment /par qui le nucléaire s’impose en France, avec un puissant et grand réseau d’influence. Alors que l’atomcratie préfère l’ombre à la lumière, une bonne photo de famille du lobby nucléaire est essentielle pour comprendre le jeu des acteurs et leurs multiples connexions. Depuis les années soixante-dix, l’atomcratie originelle a façonné/organisé/tissé un immense réseau d’influence au plus haut niveau de l’Etat, de l’administration, de la recherche, des grandes entreprises publiques et privées, des banques, des partis politiques… Aux commandes et aux manettes, des générations d’ingénieurs sortis des grands corps (Ecole des Mines, Polytechnique, X-Ponts et chaussées) en cheville avec leurs camarades sortis de l’ENA, ont imposé le tout nucléaire aux français. Tous adeptes du dogme atomique, « ce qui est bon pour le secteur nucléaire serait bon pour la France », ils veillent au grain pour préserver la position acquise. Avec eux, le pays est devenu complètement dépendant du nucléaire sans pouvoir nous prémunir d’un accident/catastrophe, alors que l’atomcratie s’ingénie à faire avorter toutes les tentatives de diversification énergétique depuis 30 ans. Cette « politique » n’a jamais goûté la démocratie, secret défense et réseaux occultes, la place du nucléaire ne se discute pas à l’Assemblée Nationale et le peuple n’a pendant 30 ans jamais eu voix au chapitre. L’atomcratie est un Etat dans l’Etat qui préfère l’hégémonie dans l’ombre au contraignant exercice démocratique…

La cartographie de Facenuke mise en ligne est bien, mais il manque le réseau nucléaire du PS alors que celui de l’UMP apparaît. A l’aube d’une alternance, il serait bien d’identifier clairement au PS et au PC, les purs et durs de l’atomcratie, car ils sont nombreux et s’activent/s’activeront à démonter l’accord PS-EELV sur l’énergie. Ainsi, il faut télécharger la base de données du réseau social Facenuke pour trier sous excel L.

 

Les réactions dues à cette mise en lumière de l’atomcratie sont ahurissantes. Ainsi, Audrey Garric reprend celle de l’association Sauvons Le Climat, qui a pété les plombs et mélange allègrement terrorisme, fatwa et intégristes contre le nucléaire : « la démarche rappelle celle des intégristes d’Al-Qaida qui lancent des fatwas contre les 'mauvais' musulmans, les juifs et les infidèles. Si des kamikazes obéissent à ces fatwas les intégristes disent qu’ils n’y sont pour rien. Si parmi les lecteurs de cette 'dénonciation' faite auprès de la mouvance anti-nucléaire, l’un passait à l’acte, bien sûr, Greenpeace ne se sentirait nullement responsable ! ». Que GreenPeace jette une lumière crue sur les liens et atomes crochus de l’organisation SLC avec le lobby nucléaire n’est pas un appel au meurtre, juste un élément d’information pour apprécier le positionnement de SLC.

 

Donc, l’atomcratie est mise en lumière avec Facenuke et elle est aussi mise en échec une nouvelle fois avec l’EPR. C’est Le Canard Enchaîné du 18 avril qui nous révèle que le chantier de Flamanville va de nouveau subir du retard et des surcoûts conséquents. Une bête histoire de colliers, qui va coûter une blinde à EDF sans que l’on puisse connaître le report du calendrier de livraisonJ Le journal satirique nous rapporte qu’EDF s’est aperçu devoir changer des centaines de milliers de colliers en plastique qui fixent les kilomètres de câbles de la centrale en construction. Leur durée de vie est insuffisante, il faut donc tous les changer par des colliers en inox, à raison d’un collier tous les quarante centimètres de câbles. C’est ballot, faire et défaire pour refaire J. Cet échec industriel de l’EPR pourrait nous amuser s’il ne coûtait pas si cher… L’atomcratie française réalise l’exploit de faire « un concorde du nucléaire » alors que les caisses sont vides et qu’on ne sait pas si l’avion volera un jour. C’est dire si elle est puissante…

 

Tag(s) : #France atom’cratique

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