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Très bon article de Daniel Vernet sur le problème hongrois, publié sur Slate.fr. Avec Viktor Orban et son parti conservateur le Fidesz, la Hongrie est en train de dériver vers une dictature plus ou moins soft. Avec ses élus, Orban maitrise les deux tiers des sièges au Parlement de Budapest, le Premier ministre peut ainsi faire ce qu’il veut, comme modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir en étant minoritaire dans les urnes, faire voter des lois liberticides, étouffer les médias contestataires, mater l’opposition… Tout cela viole les valeurs communes humanistes et démocrates de l’Union Européenne, mais pour le moment, l’Europe « laisse faire » Viktor Orban qui se drape dans le suffrage universel pour défier ses pairs et les institutions européennes. Il joue à fond la corde nationaliste, ressuscite la grande Hongrie perdu de 1920, fait un mauvais sort aux roms…


L’Europe est-elle trop occupée par la crise financière qui occupe son agenda politique depuis des mois, pour s’attaquer au cas hongrois ? Le Conseil européens des chefs d’Etat et de gouvernement regarde ailleurs, comme si cela ne le concernait pas, il n’a pas à s’auto-saisir pour juger/sanctionner un de ses membres. La Commission Européenne a haussé un peu le ton récemment, à propos de l’indépendance de la Banque centrale hongroise. Le Parlement Européen va étudier si la nouvelle législation hongroise pouvait enfreindre les principes fondamentaux de l’Union, mais le PPE, le Parti Populaire Européen (conservateur, qui abrite entre autre l’UMP et le Fidesz, plus grand parti du PE) reste muet et maintient Viktor Orban à sa position de vice-président du PPE.

Un de ses membres est en train de dériver vers une dictature, et l’Union européenne semble désarmée, presque indifférente à cette dérive. Rien ne semble pressé pour intervenir en Hongrie. Les hongrois ont élus des représentants d’un parti autoritaire, ils peuvent mariner dans leur jus nationaliste et perdre des libertés fondamentales quelques mois/années de plus, l’Europe se hâte doucement pour leur venir en aide… Faudra-t-il un pogrom dans une lointaine banlieue de Budapest pour créer un électrochoc collectif à Bruxelles et dans les capitales des Etats membres ? Pourtant, comme le rappelle Daniel Vernet, les textes donnent une base juridique pour s’attaquer au cas hongrois et ne pas laisser dériver plus longtemps la politique décidée à Budapest : « le traité de Lisbonne, dans son article 7, prévoit le cas où un pays membre enfreindrait les principes fondamentaux de l’Union. Le contrevenant pourrait voir son droit de vote suspendu dans les enceintes européennes ».


La vigie démocratique de l’Europe va étudier la question. Espérons que les travaux des parlementaires européens avancent vite pour mettre en branle la Commission afin qu’elle constate les infractions aux règles de l’Etat de droit et au respect des valeurs démocratiques. Alors, le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement pourra sortir de son sommeil démocratique, pour aborder le cas Organ. 1 an, 2 ou 3 ans, d’avantage, combien de temps va prendre toute cette lourde et longue procédure communautaire alors que la volonté politique est absente ?

Tout cela est très inquiétant. Cette dérive de la Hongrie avec un laisser faire implicite de l’Europe, tant elle se hâte lentement pour arrêter/empêcher une politique populiste et extrême droitière chez un de ses membres, est de très mauvais augure. Cela démontre aux citoyens européens que le respects des valeurs communes est moins urgent que la crise financière, l’UE a ses priorités  ! Toutefois, à ne pas vouloir traiter ces deux problèmes de front avec une même volonté politique, l’Europe risque fort de se trouver dépasser par une crise qui s’installe et fragilisera d’avantage économiquement et socialement ses membres, ce qui induira une progression des mouvements populistes et extrêmes droitiers chez ses membres, cycle pervers d’une Europe contaminée par la peste brune qui prospère sur le mal être. Il me semble urgent d’éviter que cette peste brune se propage de la Hongrie vers le reste de l’Europe, l’histoire nous enseigne que l’Europe a déjà été un terrain propice à ces maux… Il faut mettre les points sur les i à Viktor Organ, lui faire une leçon de droit communautaire et le mettre sous surveillance. Il faut que l’Europe fasse preuve d’un sursaut démocratique pour ne pas désespérer ceux qui croient en ses valeurs… L’inertie à traiter le problème hongrois doit s’effacer, et je pense qu’il faille plus compter sur Berlin que sur Paris pour aller de l’avant.

Le cas hongrois est un marqueur politique de notre époque. En 2000, quand les conservateurs autrichiens s’étaient alliés au parti populiste et xénophobe de Jörg Haider, l’Europe s’était émue, l’Autriche avait été montrée du doigt au sein de la communauté. En 2012, une politique liberticide et discriminante peut se mettre en place en Hongrie, sans susciter de vagues d’indignation à Bruxelles ni dans les chancelleries européennes. Notre société, en une dizaine d'année a vu progresser son degré d’acceptation de l’inacceptable, l’Europe se perd elle-même en oubliant son passé et ses valeurs.

Tag(s) : #Europe

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