Partager l'article ! La cour des comptes fait tomber le mythe de l’énergie nucléaire bon marché: J’avais fait un billet sur les fuites du rapport de la cou ...


"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser
d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

J’avais fait un billet sur les fuites du rapport de la cour des comptes sur les coûts de la filière nucléaire civile, il y a deux semaines. Aujourd’hui 31 janvier, le rapport est officiellement publié et les fuites sont confirmées. Le nucléaire est une fuite en avant, avec une opacité financière entretenue qui va nous conduire à remplir un gouffre financier. Le chiffrage des coûts du démantèlement et de gestion des déchets à longs terme fait débat entre les sages de la rue de Cambon et EDF. Les provisions d’EDF semblent dérisoires, alors que le coût est certainement mal évalué pour être minoré et ne tient pas compte du retour d’expériences à l'international.
La cour des comptes fait tomber le mythe d'une électricité nucléaire bon marché.
Sans tenir comptes des impécisions sur les provisions pour démantèlement, gestion des déchets et des investissements "post-Fukushima" demandés par
l'ASN, elle évalue le coût courant économique du MWh nucléaire à 49,5 €, au lieu du coût comptable d'EDF évalué à 33,4 €. Cette différence est essentiellement due au coût
du capital des investissements dans la construction du parc nucélaire, qu'EDF n'intègre pas. Ce coût
courant économique du MWh nucléaire pourrait passer à 57 €, avec les provisions et investissements pointés plus haut, selon la méthode du coût courant économique. Voilà pour le coût de
l'existant, et le futur est encore moins bon en terme de compétitivité. Le nouvel EPR, censé produire de l'électricité à 45 € le MWh la produira entre 70 et 90 €/MWh. Nous sommes loins des 35
€/MWh aujourd'hui facturés aux français dans le cadre des tarifs régulés. La "rente" nucléaire dont on nous a rabattu les oreilles pendant des décennies, s'avère être un dumping organisé pour
imposer le choix de l'atomcratie. Ce dumping va peu à peu cesser et le prix de l'électricité nucléaire va augmenter de façon significative.
La clé de la compétitivité du kWh nucléaire pour EDF réside dans la durée d’exploitation des centrales existantes, alors que le coût de l’EPR est prohibitif pour remplacer des centrales qui seraient mises à l’arrêt définitif. C’est le président de la cour des comptes, M. Didier Migaud qui le dit dans le Monde : « D'ici à la fin de 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront quarante ans de fonctionnement. Dans l'hypothèse d'une durée de vie de quarante ans et d'un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel [74 % de la production d'électricité], il faudrait donc un effort considérable d'investissement à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. Cela signifie qu'à travers l'absence de décision d'investissement, une décision implicite a été prise qui nous engage déjà: prolonger nos centrales au-delà de quarante ans, ou faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d'autres sources d'énergie, ce qui suppose des investissements complémentaires ».
L’atomcratie française a tendu son piège politique : étendre la durée d’exploitation de nos vieilles centrales pour bénéficier d’une électricité relativement bon marché avec une tendance haussière de son prix, ou payer dès maintenant les investissements en énergies alternatives pour pallier, ainsi que les provisions pour une démantèlement mal/pas assez financé d’ici 2022. La cour des comptes met ce piège en lumière !!! De cette clarté, un débat démocratique sur les choix énergétiques de la France doit pouvoir s’opérer… Remplacer nos vieilles centrales nucléaires va coûter très cher, ne faudrait il pas mieux investir d'avantage dans les énergies renouvelables plutôt qu'être dépendant du tout nucléaire ?
La Cour a vérifié que les charges futures (démantèlement et gestion des déchets irradiés) sont bien intégrées dans les comptes d’EDF. Elle a constaté une sous-estimation de ces charges. Toutefois, elle montre sur la base d’hypothèses conservatrices, une « faible » sensibilité du coût global du kWh d’électricité nucléaire à la répercussion d’une hausse « importante » de ces charges. L’augmentation des charges de maintenance et de sécurité va aussi peser sur le prix de revient.
Le coût de démantèlement des 58 réacteurs est estimé dans les comptes d’EDF à hauteur de 18,4 milliards d’euros à fin 2010. Un doublement du devis de démantèlement entraînerait une hausse de 5 % des coûts de production selon la cour des comptes. Hypothèse conservatrice alors que ces coûts pourraient être multipliés par trois, quatre ou cinq selon les retours d’expérience à l’international. Cela augmenterait d’autant les coûts de production… A la lecture du rapport de la cour des comptes, pour temporiser, la ministre de l’Environnement souhaite un audit sur ces coûts de démantèlement.
La charge de gestion et stockage des déchets estimée à 28,4 milliards à fin 2010 est elle aussi, jugée "fragile" par la cour des comptes. Celle-ci estime qu’un doublement de la facture initiale entraînerait une hausse de 1 % des coûts de production de l'électricité nucléaire.
Il faut par ailleurs tenir compte des coûts de maintenance et d’extension de la durée d’exploitation selon les normes post-Fukushima qui renchériraient "de l'ordre de 10 %" le coût du MWh nucléaire.
Nous avons donc un mur d’augmentation du coût de l’électricité nucléaire, sans prendre en compte le coût des risques. Avec la loi sur le marché de l’électricité (loi NOME), au 1er janvier 2012, le tarif de l'accès régulé au nucléaire d'EDF (Arenh) est passé de 40 à 42 €/MWh. Ce tarif est censé représenter le prix de revient pour EDF, qui doit partager sa production électronucléaire avec ses concurrents. C’est donc à ce prix qu’il faut appliquer les augmentations précédemment identifiées par la cour des comptes. 15, 20, 22, 25%, voire plus… Une seule certitude, le coût de production d’électricité nucléaire, même en étendant la durée d’exploitation des centrales existantes et sans lancer de nouveau chantier d’EPR, atteindra bientôt 50 €/MWh, et pourrait monter avec l’explosion des coûts réels de démantèlement, à 52 voire 55 €/MWh. Avec des coûts de production d’électricité avec l’EPR bien plus élevés encore (70 à 90 €/MWh), on peut légitimement se demander comment l’atomcratie va pouvoir faire perdurer le mythe d’une énergie compétitive (en l’absence d’accident et sans assumer ni assurer les risques). Rappelons qu’avant la loi NOME, le coût du MWh d’électricité nucléaire était estimé à 35 € le MWh…
Je suis d’accord avec Eva Joly, candidate écologiste à la présidentielle, après le "mythe de l'indépendance énergétique" et celui "de la technologie sûre", avec ce rapport "c'est le mythe du nucléaire énergie pas chère qui s'effondre". J
Commentaires