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L’effet papillon se confirme en Tunisie. Qu’un jeune se suicide à Sidi Bouzid, petite ville rurale aux confins du pays, et cet évènement a été l’étincelle qui déclencha une contestation incendiaire jusqu’à Tunis. Déjà trois semaines que des émeutes se propagent dans toutes les villes de Tunisie - dans les rues, les universités, les lycées, les tribunaux – et sur internet.

 

Précarité sociale, chômage de la jeunesse y compris parmi les diplômés, corruption généralisée, prévarication des clans qui contrôlent le pays, censure, parti unique,… la soft-dictature de Ben Ali est en train d’imploser. La dynamique démographique est au cœur de cette « révolte sociale », car la jeunesse veut changer de régime pour réformer le système qui lui obère l’avenir.

 

Bochra Beljaj Hamida, avocate et figure de proue de la lutte pour la démocratisation de la Tunisie, porte un regard lucide sur ce qui est en train de se passer. L’ascenseur social en panne et c’est le pacte social tunisien qui s’est rompu. Le régime est à bout de souffle. Jusqu’à présent, les tunisiens avaient abandonné leur citoyenneté et leurs droits politiques, en échange des bienfaits de la croissance économique. Hors, les fruits de l’enrichissement du pays sont détournés, accaparés, mal répartis... Aussi, la crise économique a accéléré le déclenchement d’une révolte sociale, qui remet en cause le « système » de Ben Ali et de son gouvernement. Les tunisiens – jeunes et vieux - sont fatigués d’un pays tenu par quelques familles.

 

Alors que la rue tunisienne défile et défie le pouvoir en place, ce dernier devient de plus en plus répressif. Violence et détentions, assaut d’universités, tabassage d’avocats et de journalistes, contrôle des médias et des sites web accessibles, piratage institutionnel d’internet, …, le gouvernement de Ben Ali est sur tout les fronts pour combattre la révolte sociale.

 

 

L’Europe et la France détournent les yeux, tandis que le gouvernement américain d’Obama, convoque l’ambassadeur tunisien à Washington pour lui demander des comptes. La France et l’Europe sont dans m’embarra, car la Tunisie était jusqu’à présent promu comme modèle économique pour le Maghreb, récompensée par une inclusion dans la sphère de libre-échange, bon partenaire pour lutter contre l’immigration et le terrorisme. L’autoritarisme du pays aux mains de Ben Ali, permettait de donner des gages de stabilité aux investisseurs extérieurs…


Ainsi, à l’automne 2009, l’on pouvait entendre l’ancien ministre UMP, député membre du groupe parlementaire d’amitié franco-tunisienne, Eric Raoult, calé son discours sur la rhétorique officielle du régime de Ben Ali. Pour l’UMP Eric Raoult, la liberté d’expression n’est pas adaptée à la Tunisie, au nom de la stabilité économique... Revoir ce reportage, c’est entendre la position officieuse de la diplomatie française – du gouvernement et du parlement - à l’endroit de la soft-dictature tunisienne. Laissez faire pour faire des affaires… Les valeurs démocratiques ne sont malheureusement pas quottées en bourse et s’accommodent mal à la sauce bakchich…


 

 

 

L’Europe et la France ne peuvent rester muettes face à la révolte de la jeunesse du Maghreb (Tunisie et Algérie en ce moment). Les chiffres sont têtus et nous devons tenir compte de la pression démographique qui sera toujours plus forte que les régimes autoritaires. Cette jeunesse a besoin d’un espoir pour son avenir. Nous devons de toute urgence demander à Ben Ali de lever le pied sur la répression.

 

L’Europe doit rappeler le pouvoir tunisien à ses devoirs, car le contrat d’association liant l’Union Européenne à la Tunisie prévoit dans son article 98 le respect des Droits de l’Homme. Il faut faire respecter la clause de progrès démocratique dans le partenariat, être intransigeants sur la corruption. Sinon, cette jeunesse finira par déborder, dans la révolte sociale, le terrorisme ou encore l’extrémisme religieux, une autre partie préférant l’immigration. Nous devons arrêter de soutenir sans conditions l’autoritarisme des pouvoirs en place au nom d’une vaine stabilité, car ce soutien mène à l’explosion sur la rive sud de la méditerranée. Les évènements de ce début janvier 2011 doivent être entendus comme des alertes. Ces bouffées de révolte doivent nous inciter à revoir notre politique euro-(franco)-méditerranéenne.

 

Tag(s) : #Politique

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