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Une intervention en multidiffusion le dernier dimanche de janvier, huit chaînes de télé mobilisées et une armada de journalistes, éditorialistes et commentateurs, pour passer au crible la parole présidentielle. Résultat : le président presque candidat est un menteur officieusement en campagne qui joue le tout pour le tout, sans convaincre.

Retour sur une intervention surréaliste, où un président candidat officiel du bout des lèvres et pour plus tard, annonce des mesures virtuelles applicables après l’élection présidentielle pour afficher son courage. Ce pas encore candidat qui a enrôlé la Chancelière allemande pour des meetings de campagne à venir, a pris l’Allemagne en modèle pour proposer aux français un plan de rigueur qui ne dit pas son nom. Augmentation de la TVA et baisse des charges patronales, retour de la taxe de bourse, accords de compétitivité, augmentation du droit à construire, les propositions sont hétéroclites, imprécises et improbables, soumises aux votes des parlementaires. Elles sont censées marquer les esprits, et démontrer le courage d’un président qui risque d’avantage d’impopularité pour le bien du pays... Un pari risqué.

 

Libération et Le Monde font une analyse croisée des mensonges et approximations des arguments du président. Il a fait de l’intox devant les français pour mieux passer en force ses improbables mesures. Ces justifications mensongères, fragilisées de fait, risquent de se propager à l’Assemblée Nationale jusque dans sa propre majorité…

Le plus amusant est que Sarkozy se dédit lui-même de plus en plus vite. Il y a trois mois, il était contre l’augmentation de la TVA, solution « trop facile et injuste », maintenant, il y voit le saint grâle de la compétitivité, feignant de découvrir le problème de l’industrie française après quatre ans et huit mois de mandat. Hier soir, dans la même intervention, il a réussi à dire que cette hausse de TVA ne provoquerait pas de hausse des prix mais qu’elle serait mise en place seulement en octobre pour permettre aux français d’anticiper la hausse des prix. Mentir plus vite que Sarkozy, ça va être difficile pour les candidats à la présidentielle J

 

 

 

Nos exonérons déjà les entreprises de charges patronales sur les bas et moyens salaires (de 1 à 1,6 fois le smic) pour environ 30 milliards d’euros par an. Allons y gaiement pour ajouter une nouvelle exonération jusqu’à 2,6 fois le smic pour une quinzaine de milliards supplémentaires !!! Notre système de protection sociale risque de ne pas s’en remettre et il n’est pas dit que la compétitivité de l’offre industrielle française s’améliore… La ponction dans le pouvoir d’achat des français serait franche, avec des risques récessifs alors que les créations d’emplois sont hypothétiques et que l’on ne sait pas où iraient les marges dégagées par les entreprises.  Difficile à vendre comme mesure bâclée, surtout en fin de mandat, après avoir reculé en 2007 sur la mise en place de la TVA sociale et renié en octobre 2011 le recours à l’augmentation de la TVA.

Les accords de compétitivité sont une annonce de Sarkozy qui a le poids du vent. Demander aux partenaires sociaux de négocier sous deux mois la primauté du contrat sur le droit, sous peine de légiférer à un moment où il n’y aura plus de sessions parlementaires, c’est une provocation gratuite à l’endroit des syndicats qui n’aboutira au mieux qu’en septembre/octobre, si Sarkozy était réélu avec une majorité UMP à l’AN, soit une probabilité assez faible… A-t-on conscience au Château du potentiel de déflagration de ce genre d’annonce dans les usines ? Que vont penser les salariés de PMI et PME sans représentation syndicale, du risque de régression sociale négociée entreprise par entreprise ?

Pour conclure ce billet, quelques mots sur l’augmentation du droit à construire comme solution à la crise du logement. Je ne sais pas comment le lobby des promoteurs immobiliers a réussi à vendre la mesure, mais outre que cela va « bloquer » les transactions foncières et le lancement de programmes immobiliers jusqu’au l’automne, il n’est démontré nulle part que cela va avoir une influence quelconque à la baisse sur le prix des logements, même si cela pouvait renforcer l’offre à moyen terme. Dans un marché déséquilibré entre offre et demande, avoir le droit de construire plus va le cas échéant permettre de vendre plus, sans répercuter le gain d’échelle sur le prix du foncier. Un cadeau à Bouygues, Nexity, Kaufman & Broad, Icade, Cogedim et autres ? Tout compte fait, ça fait peu d’électeurs potentiels parmi les bénéficiaires…   

 

Le coup de poker de Sarkozy ce dimanche 29 janvier, me semble être un coup d’épée dans l’eau. Rendez-vous d’ici une semaine, pour voir si les sondages si redressent ou continuent leur plongée.

Peut-on croire que le président agit en tant que président, quand ses annonces sont des mesures improbables et surtout révocables selon le résultat du 6 mai 2012 ? En dehors de les décider aujourd’hui, elles n’ont aucune matérialité politique. Elles vont en sus échauffer l’Assemblée Nationale dans les semaines à venir, en donnant du grain à moudre à l’opposition…


Tag(s) : #Elections 2012

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